vendredi 10 août 2018

Mais qu'est-ce qu'on va faire de toi ? - Michel Drucker


Mais qu'est-ce qu'on va faire de toi ?

Michel Drucker
 


Bonjour à toutes et à tous,
 
Aujourd'hui, un livre, certes pas très récent (2007), mais qui est devenu une sorte de classique des autobiographies, grâce à la personnalité universellement reconnue de son auteur, mais aussi grâce à une adaptation très réussie pour la télévision. Cet auteur s'appelle Michel Drucker, un des derniers grands animateurs de télévision encore en vie.

Je vous présente donc Mais qu'est-ce qu'on va faire de toi ? dont le titre a été inspiré par une phrase qu'Abraham Drucker, le père de Michel ne cessait de dire à son fils, cancre à l'école mais surdoué en ce qui concerne l'histoire sportive.


A. Caractéristiques du livre


Titre =  Mais qu'est-ce qu'on va faire de toi ?
Auteures = Michel Drucker
Edition - Collection = Robert Laffont

Nombre de pages = 312 pages

Date de première parution =  2007
 
Note pour le livre = 17 / 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième de couverture
Chaque soir, de la fenêtre de sa chambre, le petit Michel regarde passer le train Granville-Paris en rêvant du jour où il montera dedans, échappant à sa Normandie natale. Cancre dans une famille où l'excellence scolaire est un devoir sacré, il la fuit très jeune, à dix-sept ans, avec pour seul bagage la rage de se soustraire au reproche paternel : "Mais qu'est-ce qu'on va faire de toi ?"

La suite de l'histoire est celle d'une exceptionnelle réussite : Michel Drucker est à la fois la mémoire du petit écran, l'ami des stars, le confident des politiques et l'animateur le plus populaires de la télévision française. Il a débuté au temps de l'ORTF du Général avec les grands pionniers : Desgraupes, Zitrone, de Caunes... Et il continue de régner sur celle d'aujourd'hui, indétrônable souverain des émissions de variétés, de "Champs-Elysées" à "Vivement dimanche". Depuis plus de quarante ans, on connaît son visage, son ton inimitable, son humour, sa gentillesse; il fait partie de la famille.


C. Mon avis sur le livre
J'apprécie beaucoup Michel Drucker en tant qu'animateur et ayant déjà vu le téléfilm tiré du livre, j'avais très envie, et ce depuis longtemps, de lire ce dernier et verdict : ce livre est absolument magnifique.

À travers l'écriture de Michel Drucker et Jean-François Kervéan, on ressent bien à la fois toute la souffrance qu'a représenté cette enfance de cancre au milieu d'une famille brillante, souffrance accentuée par les reproches permanents de son père. Néanmoins, on sent également tout l'amour que M. Drucker ressent pour ses parents et ses frères, et en particulier pour Jean, son frère disparu il y a 15 ans.

Au-delà de cette vie bien remplie, les anecdotes sur le métier et sur sa vie privée, parfois drôlissimes (mais que M. Drucker a déjà très souvent raconté sur les plateaux de télévision) rendent ce livre très agréable et nous replonge dans un passé que, je l'avoue volontiers, j'aurais aimé pouvoir vivre : les débuts de la télévision, les légendes de la télévision tels Zitrone, Guy Lux, Pierre Sabbagh, Catherine Langeais…, l'âge d'or des émissions de variétés avec notamment Champs-Elysées...et j'en passe.

De plus, l'alternance entre des évènements extrêmement drôles et des passages bien plus sérieux font de ce livre un savant mélange et véritable page-turner.

En bref, ce livre est vraiment à recommander à tous les fans de Michel Drucker et à ceux qui veulent se remémorer un véritable âge d'or de la télévision.


D. Quelques bons passages du livre

Vire : Le nom, rien que le nom de cette ville évoque pour moi une certaine nostalgie et un mal d'être. Ce malaise qui a accompagné ma jeunesse m'étreint encore parfois aujourd'hui. […] Mes quinze premières années m'ont paru une éternité.  (p. 13)

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Dès qu'il s'agit de sport, ma mémoire fonctionne à merveille, j'imprime le nom de tous les joueurs du Stade de Reims et du Racing Club de Paris, le palmarès de Fausto Coppi, de Jean Robic et de Jacques Anquetil. Les stars de la radio sont mes compagnons : André Bourillon sur Radio-Luxembourg, Georges Briquet, plus tard Fernand Choisel et Jacques Forestier, les deux ténors d'Europe 1.  (p. 31)
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Ce n'est pas que papa ait été mal intentionné - je l'aimais autant qu'il m'aimait -, il était juste épuisant. Il me crevait. Il a failli m'épuiser pour la vie.  (p. 34)

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Je suis né en arrivant à la télévision à vingt ans. Elle aura été mon bac, mon université, mon agrégation, une école de vie et enfin une profession.  (p. 47)

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De huit à dix-huit ans, j'ai survécu sans rien apprendre sauf ce qu'on ne trouve pas dans les livres : j'ai appris les gens. Les autres. Les rapports humains. J'ai toujours aimé entendre, voir, comprendre. À l'abstraction des études, je préfère l'expérience du terrain. Pour apprendre, je dois rencontrer quelqu'un, j'ai besoin d'un visage, d'une image, d'une parole. Mon goût des autres est venu de là, tout de suite.  (p. 47)

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J'ai enfin rencontré des pédagogues, des hommes éclectiques, capables de tout faire de tout expliquer simplement. Ils s'appelaient Zitrone, de Caunes, Tchernia, l'équipe de "Cinq colonnes à la une"...Si j'avais eu sur les estrades de mon enfance des André Castelot et des Alain Decaux […] je serais devenu un crack. Mais l'étincelle n'a pas eu lieu.  (pp. 49-50)
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C'est l'image qui m'a donné envie de lire. J'ai besoin de voir, d'être emporté. Par l'image, je sens vivre le monde, je suis vivant.  (p. 50)
 
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Léon Zitrone, Guy Lux, quelques autres encore n'avaient pas de véritable lien affectif avec ceux à qui  ils devaient leur célébrité. Aujourd'hui, je constate le même phénomène avec la nouvelle génération d'animateurs dont le détachement me laisse parfois songeur.  (p. 71)
 
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Bientôt, je vais découvrir l'autre vie de la plus grosse star de la télé. Lui, monstre sacré dans la journée, dont la voix de centaure nous terrorise, n'est plus le même en privé. Lui, si exigeant, si colérique le jour, devient le soir un homme soumis à sa femme qui ne le considère absolument pas comme une vedette. Lui, cassant avec les sans-grade, souvent obséquieux avec les puissants, se fait tout petit dans son foyer, ou plutôt celui de Mme Zitrone.   (p. 78)
 
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Devant sa femme, Léon rasait les murs, et je trouvais plutôt sain qu'un homme si redouté et difficile dans le travail soit traité ainsi chez lui. Mme Zitrone en a vengé beaucoup !  (p. 79)
 
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La télévision donne l'expérience terrifiante de sa propre image. Longtemps, je me suis vu comme ma propre marionnette.  (p. 105)
 
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Les grands s'estiment trop pour se haïr, ce sont en général les petits qui se jalousent.  (p. 107)

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Si l'insuccès crée des doutes, le succès en génère autant - peut-être même davantage. Ce vent qui vous pousse, combien de temps va-t-il souffler ? Pourquoi vous ? Comment rester dans la vérité ? Qui vous donne votre poids ? Il faut pouvoir compter sur la garde rapprochée d'une famille et sur des amis sûrs. L'inquiétude ne disparaît jamais, elle est même probablement la première énergie de mon métier si étrange.  (p. 115)
 
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L'animateur n'est pas un créateur. Il ne laissera rien, sinon in flot d'images qui un jour seront recyclées. Il passe les plats, steward sur un vol où les stars sont ses passagers. Certes, son influence, sa notoriété sont réelles et sa vie peut parfois paraître semblable à celle des grands artistes, mais que pèse une présentatrice du journal télévisé ou un animateur d'émission de variétés face à Romy Schneider et Philippe Noiret dans Le Vieux Fusil ?   (p. 116)
 
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La télé voyeuse, celle qui lorgne par le trou de la serrure, celle qui fait son beurre de la détresse morale, de la misère sexuelle, celle qui filme les désœuvrés de la télé-réalité comme des rats de laboratoire, ne sera jamais la mienne.  (p. 118)
 
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Michèle Arnaud : "N'oubliez jamais qu'une émission n'est pas forcément bonne parce qu'elle a eu du succès".  
[…]
Si tel était le cas, cela signifierait que La Danse des canards est une meilleure chanson que Les feuilles mortes, que Les Charlots en Espagne valent mieux que La Liste de Schindler. Que Camping dépasse de loin La Pianiste de Polanski. Ou que les tabloïds sont des journaux plus importants que Le Monde ou Le Nouvel Observateur.  (pp. 120-121)
 
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Quand je m'échine sur les pentes du Ventoux, parfois me revient aux oreilles la voix éméchée de ce cher Antoine Blondin, un jour où je lui faisais part de mon désir de me mettre au vélo :
- "Tu sais, mon p'tit gars, tu vas voir ce qu'ils endurent les coureurs. Tu verras, toi qui présentes des chanteurs bidons, tu ne monteras pas le Tourmalet en play-back."  (p. 147)
 
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Je fais de la télévision pour rendre les gens heureux. Le public, ceux qui travaillent à mes côtés, et les invités.  (p. 173)

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Le public ne sait pas que derrière les paillettes et le maquillage se cachent parfois des batteries d'anxiolytiques, des hospitalisations discrètes, des ulcères et des crises, des errances… des malaises cardiaques avant cinquante ans. Dans notre métier, quand la voiture dérape, on est vite au fond du ravin.  (p. 188)
 
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La vérité de ce métier, c'est qu'il distille goutte à goutte un narcissisme euphorisant qui peut vous faire croire que vous êtes irremplaçable.  (p. 188)

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Je sais parfaitement  que je rejoindrai moi aussi le cimetière de l'audiovisuel où je retrouverai un certain nombre de "vedettes" qui se croyaient indispensables. Dans nos métiers personnes ne l'est. La seule vraie vedette de la télé, c'est la télé.  (p. 189)
 
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Les écrivains, les journalistes, les artistes, laissent des écrits, dont certains vous accompagneront toute votre vie. Les acteurs laissent une trace sur la pellicule. L'homme de télévision ne laisse rien, sinon des archives qui font la fortune de quelques producteurs passés maîtres dans l'art du recyclage et des best of.   (p. 215)
 
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Ne comptez pas sur moi pour mettre des noms sur quelques déceptions. Je ne voudrais pas ôter leurs illusions à des millions de gens qui ont le droit de rêver en pensant qu'une idole est un modèle. Je voudrais juste dire que le talent n'excuse pas tout, et que dans "monstres sacrés", il y a "monstres". (p. 228)
 
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Je reste profondément attaché au service public parce qu'il est l'unique alternative à cette autre télévision qui ne peut s'adresser aux téléspectateurs qu'en termes de consommateurs. Les patrons des chaînes privées ont un impératif et un seul : faire rentrer la pub, gagner de l'argent. Cette télévision-là n'a aucun état d'âme, chaque soir, il faut faire la caisse. C'est sa fonction.  (p. 263)

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Bien entendu, mon hypocondrie fait la joie de mon entourage tant familial que professionnel qui considère avec une belle unanimité, sans oser me le dire, que le spécialiste que je devrais consulter en priorité c'est… un psychiatre.  (p. 275)
 
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Si la coutume veut dire que la vérité sort de la bouche des enfants, les marques les plus drôles et les plus pertinentes viennent souvent de l'homme de la rue.  (p. 287)

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Voilà quelques années, par une fin d'été, dans un avion, j'avas à mes côtés deux jeunes filles de dix-huit ans, belles comme le jour, dont la silhouette présumait qu'elles venaient d'être élues "Miss T-shirt mouillé au camping des Flots Bleus". Le string fluo qui dépassait de leur jean, leur absence de soutien-gorge laissaient deviner qu'elles n'avaient pas non plus été élevées par le capitaine Royal (ndlr. père de Ségolène) et qu'elles ne lisaient pas la messe en latin.  (p. 288)
 
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Force est de constater que présentateurs et journalistes ressemblent de plus en plus à des gravures de mode, je l'ai déjà dit, mais ma crainte, au fond, c'est qu'à l'heure d'aujourd'hui, je ne suis pas certain que la génération Léon Zitrone, Guy Lux et Pierre Bellemare aurait pu s'imposer de la même façon. (p. 296)
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Privilège de l'âge contre celui de la jeunesse. Je ne suis pas sûr que les jeunes loups qui galopent dans notre rétroviseur auront la chance de s'inscrire dans la durée. La première ride ne leur sera-t-elle pas fatale, dans ce nouveau monde ? La pression toujours plus grande, la multiplication de la concurrence empêchent bien des décideurs de prospecter en profondeur parmi les talents nouveaux. C'est dommage. (p. 297)
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Souvent, je me dis que si Internet et les portables avaient existé sous l'Occupation, la Gestapo aurait gagné beaucoup de temps. Le devoir de mémoire dans notre pays reste aussi un devoir de vigilance. La jalousie, l'envie, la malveillance demeurent des poisons violents.  (p. 297)

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