samedi 4 août 2018

Artana ! Artana ! - Didier Daeninckx


Artana ! Artana !

Didier Daeninckx
 


Bonjour à toutes et à tous,
 
Aujourd'hui, un roman plus récent, par rapport aux dernières publications, puisque ce roman est sorti au mois de mai dernier. Ce roman nous plonge dans une ville de banlieue parisienne, gangrénée par la misère, la criminalité (petite comme grande) et les magouilles politiques tout au long d'une enquête sur le meurtre en Thaïlande d'un de ses ressortissants.

Je vous présente donc le roman de Didier Daeninckx, Artana ! Artana !


A. Caractéristiques du livre


Titre =  Artana ! Artana !
Auteures = Didier Daeninckx
Edition - Collection = Gallimard

Nombre de pages = 198 pages

Date de première parution =  2018
 
Note pour le livre = 13 / 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième couverture 
Eric Ketezer est vétérinaire en Normandie, mais il a passé sa jeunesse à Courvilliers, un ancien fief communiste de la périphérie parisienne. De retour dans sa cité natale pour enquêter sur le décès du frère de l'une de ses amies, il découvre l'état de déliquescence de la ville. L'économie est dominée par le trafic de drogue qui s'organise au sein même de l'équipe municipale : on a découvert des centaines de kilos de cannabis dans le centre technique de la mairie, dirigée par un délinquant notoire. Une impunité inexplicable règne, couvrant les actes de népotisme, les faux emplois, les pots-de-vin, les abus de biens sociaux en tout genre. Pendant ce temps, la ville part à vau-l'eau, les équipements municipaux sont détériorés, les ascenseurs ne fonctionnent pas plus que le ramassage des poubelles, les rats pullulent, le maire a été élu grâce au travail efficace des dealers et des islamistes qui ont labouré le terrain en distribuant menaces et récompenses…


C. Mon avis sur le livre
Ce qui m'attirais dans le résumé de ce livre, c'est cette dénonciation de la déliquescence (fictive ou non, chacun s'en fera juge) des villes de la banlieue et j'avoue ne pas avoir été déçu sur ce plan-là. En effet, l'auteur n'y va pas de main morte dans la description de cette mort annoncée de la banlieue, partagée entre la misère, la petite délinquance et la délinquance municipale qui gère les villes à coup de chantages et de magouilles, laissant les habitants dans le dénuement le plus total.

J'ai eu aussi, à la lecture du roman, eu la surprise de voir une enquête sur la mort d'un jeune homme (qui est en fait un prétexte pour faire s'aventurer le héros dans sa ville natale), mais j'ai été plutôt déçu de cette enquête qui, certes, tient en haleine tout au long du roman, mais qui finit de manière un peu brutale et dirais-je même peut-être un peu bâclée.

En résumé, un assez bon roman, même si ce n'est pas le meilleur que j'ai lu  au cours de ces derniers mois, qui vaut plus par cette dénonciation de la déliquescence des banlieues que par l'enquête policière qui sous-tend cette dénonciation.
 
D. Quelques bons passages du livre

Mon téléphone posé sur le siège passager se met à sonner alors que je contourne les étangs par la chaussée de l'Andelle. Je prends la communication en voyant sur l'écran que l'appel émane d'un numéro inconnu, à l'étranger, sans me douter que ce simple effleurement de la touche de mon smartphone, du bout de l'index, va bousculer mon existence.  (p. 21)

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La Cité du Fougeron de Courvilliers, coincée entre le cimetière et les tours de Courtillières, figure dans la liste des utopies architecturales édifiées à la fin du miracle économique des Trente Glorieuses, quand on pensait que le béton brut recelait des vertus révolutionnaires, que la maîtrise de l'espace conduisait à celle du temps.  (p. 28)
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Mais on sait depuis longtemps qu'il n'est pas nécessaire que l'or soit sur la table pour que le crime survienne. Le rêve de l'or suffit.  (p. 35)

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Remontant la rue autrefois la plus animée du quartier et aujourd'hui jalonnée de coiffeurs, d'agences immobilières, de sandwicheries, de kebabs, d'épiceries exotiques, d'agences de transfert de fonds, de cabines téléphoniques bricolées, je mets plusieurs minutes à prendre conscience de ce qui a changé plus profondément encore que le décor : le délabrement des corps.  (p. 63)

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Je suis le mouvement, marchant tête baissée, n'émergeant de mes sombres pensées que pour lire les noms gravés dans la pierre, à droite, à gauche. L'histoire de la ville est là par strates. Les vieilles familles maraîchères près de l'entrée, les de Herse, les Merlan, les Montfort, les Mazurier, les Rouillon, puis viennent les capitaines d'industrie qui ont fait fortune sur la peine de la multitude, les Crabot, les Babkert, les Desmet, les Delagrange, arrivent ensuite les Italiens et les Espagnols, les Ponti, les Rossi, les Pena, les Martinez ou les Zavatero, tous portés par les vagues d'exil, échoués en masse sur les berges du canal Saint-Denis, tout comme les Slimani, les Bouziane, les Abdaoui qui ont fait de Courvilliers une cité peuplée d'autant de Kabyles que Béjaïa. Quelques étoiles de David rappellent les heures sombres au cours desquelles des dizaines d'habitants de la ville ont payé de leur vie le simple fait d'être nés.  (p. 68)

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Les cercueils, c'est eux qui les fabriquent. Avec leurs mots, Ca ne leur suffit pas de pourrir la vie des vivants, il faut en plus qu'ils s'attaquent aux morts…   (p. 74)
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Une heure plus tard, je redescends dans le bureau, le calepin ouvert à la lettre "K", la mienne, avec la liste de tous ces proches que l'âge, la maladie, le désespoir ont décimés en si peu d'années. Pas une page de l'abécédaire sans ces traits redoublés, à l'encre noire, rayant des amis, des connaissances du monde des vivants. […] Je me laisse tomber sur le canapé des heures plus tard, épuisé par un travail qui s'apparente dans mon esprit à une exhumation.  (p. 93)
 
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La vie est beaucoup plus simple quand on se ment à soi-même... Beaucoup plus simple. En fait, la ville pourrissait sur pied. La mauvaise herbe poussait entre les pavés et on se disait que c'étaient des espaces verts...Les usines fermaient les unes après les autres, les commerces suivaient, et tout ceux qui avaient un peu de fric déménageaient en pressentant la catastrophe. Pendant le règne du Commandeur, Courvilliers a perdu plus de dix mille habitants. Des quartiers ont été littéralement abandonnés tout au long de ces deux décennies quand Montreuil faisait l'exact contraire en attirant les Parisiens, les fameux bobos, pris à la gorge par l'augmentation des loyers et du foncier. À Courvilliers, ils ont créé le ghetto, de manière délibérée...Du logement social à tire-larigot pour maîtriser la sociologie électorale, un abandon du parc privé qui s'est transformé pour partie en terrain de jeux des marchands de sommeil.   (p. 101)
 
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Pour assurer son pouvoir, le Commandeur a appliqué la règle d'or de tous les politiciens aguerris : s'entourer de médiocres. Avant, ce n'étaient pas des flèches, mais leur dévouement à la cause commune, à la promesse sociale, compensait leur sectarisme. Ils étaient de bonne foi, même dans l'erreur. Les nouveaux ont les défauts des anciens sans avoir hérité d'aucune de leurs qualités. (p. 101)
 
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Sa première phrase disait tout : "Quand je suis arrivée à Auschwitz à l'âge de dix-sept ans, j'ai compris que Dieu n'existait pas, après j'ai fait semblant."  (p. 109)
 
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L'après-midi je sillonne la ville sans but précis, et mes pas me portent vers l'ancien quartier espagnol où les vaincus de la guerre civile ont trouvé refuge par milliers, après la victoire du général Franco, trois quarts de siècle plus tôt. Au cours des décennies suivantes, les exilés de Valence, de Barcelone, de Salamanque ont peu à peu cédé leurs masures édifiées dans l'ombre des murs d'usines à des réfugiés poussés par d'autres guerres, d'autres misères. Algériens, Portugais, puis Maliens avant que Turcs et Pakistanais n'ajoutent leur récit de leurs déchirements à la longue histoire des convulsions du monde.  (p. 121)
 
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Avant de pouvoir passer aux choses sérieuses, je l'écoute me dresser l'interminable liste des doléances des locataires de la cité Gagarine.
- Elle porte le nom du premier homme dans l'espace, mais nous on est traités comme les derniers de l'espèce !  (p. 133)

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Au conseil municipal, c'est la recette du quatre-quarts, mais au lieu de mélanger du sucre, du beurre, de la farine et du lait, là ce serait plutôt un quart de gens honnêtes, de bonne volonté, un quart d'incapables, un quart d'ambitieux  dont le but est "d'arriver à arriver", et un quart de corrompus.  (p. 165)
 
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Si on accepte de regarder les choses en face, ça veut dire que la came fait vivre ici, des dizaines et des dizaines de milliers d'individus. C'est le premier employeur du département après la plate-forme aéroportuaire de Roissy ! L'herbe a servi d'amortisseur social. Elle a été utilisée comme anesthésie locale. Sans elle, les cités brûleraient en permanence ! Tout le monde y trouve son avantage.  (p. 175)

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