vendredi 27 juillet 2018

La télé rend définitivement fou - Bruno Masure


La télé rend définitivement fou

Bruno Masure
 


Bonjour à toutes et à tous,
 
Aujourd'hui, je vous présente un petit roman, paru il y a quelques années, un roman déjanté, absurde et au vitriol, qui étrille le monde de la télévision et du journalisme, écrit par quelqu'un qui connaît très bien les coulisses de la profession, car il a animé le journal télévisé entre 1984 et 1997  sur TF1 et France 2, M. Bruno Masure. 

Je vous présente donc le roman de Bruno Masure, La télé rend définitivement fou.


A. Caractéristiques du livre


Titre =  La télé rend (définitivement) fou
Auteures = Bruno Masure
Edition - Collection = Chiflet & Cie

Nombre de pages = 179 pages

Date de première parution =  2015
 
Note pour le livre = 15 / 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième couverture 
Accablé, Michel Drucker ne cesser d'enterrer ses nombreux amis : Christophe Barbier, étranglé par son écharpe rouge sur son Vélib', Nicolas Canteloup, asphyxié par le gros micro de Jean-Jacques Bourdin, Laurent Ruquier, étouffé par son propre rire. Sans oublier, pêle-mêle, les disparitions (funestes) d'Eric Zemmour, Robert Ménard, Fleur Pellerin, Jean-Pierre Elkabbach et Alain Duhamel, arrachés à notre affection dans des conditions aussi dramatiques.

François Hollande vend France 2 à Lagardère afin de boucler son budget et, pour capter le vote des "seniors", nostalgiques de la RTF, envoie Léon Zitrone et Guy Lux au Panthéon, mais l'hommage vire à la cata…

Et pendant ce temps, un groupe de profs rétrogrades (et donc anti-télé) enlève le responsable d'une chaîne privée pour oublier le malheureux à regarder 24 heures sur 24 des programmes aussi insipides que consternants


C. Mon avis sur le livre
D'ordinaire, je suis relativement méfiant vis-à-vis des livres écrits par des animateurs de télévision ou des acteurs...mais ce livre fait partie de ceux qui font de cette méfiance un simple souvenir.

J'ai adoré l'écriture au vitriol de Bruno Masure, qui n'hésite pas à égratigner ses (anciens) collègues et patrons de la télévision, en faisant ressortir, de par sa prose, le miroir aux alouettes que constitue ce monde des médias, qu'il accuse notamment de privilégier l'info-spectacle à l'info-vérité ou encore (à juste titre) de privilégier les télé-réalités aux émissions culturelles. J'ai aussi beaucoup aimé le fait qu'il n'hésite pas à s'égratigner lui-même en se mettant en scène comme un homme aigri, au caractère de cochon.

Le roman fourmille de bonnes idées narratives, comme l'enlèvement par le groupe de profs et leurs revendications (un peu parodiques, il faut le reconnaître) et la torture par le visionnement d'émissions vides de sens ou encore les différents rappels biographiques des grands noms de la télévision aujourd'hui un peu oubliés par les jeunes générations tels Léon Zitrone, Guy Lux ou encore Pierre Sabbagh.

Néanmoins, j'ai trouvé le procédé des enterrements de personnalités un peu répétitif, notamment à cause de la répétition des mêmes mots et les mêmes mises en scène à chaque enterrement, qui rendent le procédé un peu lassant à la longue.

Néanmoins, cela reste un excellent roman, très drôle à lire, que je conseille à ceux qui aiment se moquer du monde des médias.
 
D. Quelques bons passages du livre

Avec une popularité au plus bas, au niveau de l'intellect des candidats de télé-réalité, il attend depuis des mois un providentiel rebond mais, comme sœur Anne, il ne voit rien venir.  (pp. 19-20)

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Et Philippe Bouvard ? Il n'a toujours pas refermé son parapluie ? Manifestement, être réac' et misogyne, ça conserve !  (p. 20)
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Il présent le premier journal télévisé en 1949. À cette époque, vu le manque de crédits, le JT n'est pas diffusé en période de vacances scolaires. Pourquoi ne pas envisager de revenir à ce calendrier ? Cela ferait des vacances, sinon aux téléspectateurs du moins aux responsables politiques qui ne seraient pas obligés d'alimenter la boîte à cons quand les Français sont sur les plages.  (p. 27)

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Payée pour parler pour ne rien dire, elle aurait pu faire une belle carrière politique.  (p. 28)

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Monstre froid, dénué d'humour, presque aussi arrogant que Zlatan Ibrahimovic - dont il arborait d'ailleurs le même catogan ridicule -, le boss était réputé pour son manque de sensibilité, voire d'humanité. Comparé à lui, le PDG de la 6, Nicolas de Tavernost, c'était l'abbé Pierre… (p. 32)

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Quand on pense à toutes les émissions racoleuses diffusées depuis dix ans par TF1 ou les chaînes de son groupe, TMC, HD1 et NT1, franchement, je rigole, ricanait le petit bedonnant à lunettes. L'Ile de la Tentation, Nice People, La Ferme Célébrités, Secret Story, Mon incroyable fiancé, L'amour est aveugle, Qui veut épouser mon fils ? Le Bachelor… et j'en passe. Ah oui, n'en déplaise à Monsieur Le Lay, TF1 a tout montré à la télévision. Ce n'est plus une "télé poubelle", c'est un conteneur !  (p. 42)
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Il y a presque autant de bourdes involontaires, de contresens ou d'inexactitudes dans un journal télévisé que d'oublis "phobiques" sur la déclaration de revenus de Thomas Thévenoud !  (p. 44)
 
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Réunie au Fouquet's pour le traditionnel déjeuner des "nominés" pour la 35e Cérémonie des 7 d'Or, la grande famille des médias ne boudait pas son plaisir. Ces êtres narcissiques se méprisent souvent, se détestent parfois, se jalousent toujours mais aiment cependant se retrouver entre eux, tant ils partagent l'exaltante sensation de faire partie d'une élite. (p. 63)
 
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Tous les spécialistes de la zoologie le confirment : les gens de télé ont un comportement inverse de celui des bonobos : ils baisent entre eux, tous sexes confondus, mais pas du tout pour résoudre les conflits au sein du groupe ! Au contraire…   (p. 63)
 
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Moi, je me souviens de la sortie de l'inénarrable chef-d'œuvre de Bernard-Henri Lévy Le jour et la nuit. Pressentant un super bide, BHL avait agité - jour et nuit - ses réseaux dans les rédactions. Et ils sont redoutables, crois-moi ! Résultat, quelle que soit la chaîne, pas un "critique" n'a osé dire franchement à l'antenne que ce film au comique involontaire était le nanar du XXe siècle. Bernard, roi du nanar…   (p. 103)
 
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En 1987, Pierre Desproges dénonçait déjà une "tornade de mièvrerie audiovisuelle". Le pauvre ferait du mille tours/minute dans sa tombe s'il avait idée du spectacle qui s'offre désormais aux téléspectateurs, notamment en fin d'après-midi. Ces "anges" de la téléréalité recyclés jusqu'à plus soif, caricatures de bimbos et de maîtres-nageurs, seins en avant et fesses en arrière pour les unes, tatouages et coiffure de footeux pour les autres, partageant, outre la vulgarité, un plaisir commun du massacre de la langue française.  (p. 106)
 
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Aux yeux de l'opinion, les journalistes apparaissent comme une caste d'intouchables, unie comme les doigts de la main à une autre caste, celle des dirigeants politiques, ce qui contribue à leur rejet par un nombre croissant de citoyens. Pourquoi la presse pratique-t-elle si douloureusement l'autocritique, alors qu'elle n'a de cesse de dénoncer les erreurs et bavures de (mauvais) médecins, flics ou enseignants ? Comme les chats, les journalistes détestent qu'on leur mette le museau dans leur pipi ! (p. 112)

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L'info est un "produit", à vendre comme tout produit. La finalité première des télévisions privées n'est-elle pas de gagner de l'argent ? En réalité, derrière des discours moralisants et normatifs, se cache une volonté délibérée de gonfler les parts de marché de la chaîne en scotchant la ménagère devant son téléviseur des heures entières et en agitant, à grand renfort de pseudo-"experts", supputations, peurs et fantasmes. Une télévisions dont bavardage et remplissage sont les deux mamelles.  (p. 114)
 
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Quand je pense que cet ahuri de … (nom d'un homme politique actuel) exigeait que l'on réserve des postes dans les télés aux journalistes de droite ! Proposition idiote ! Quelles que soient leurs opinions, ils font ce qu'on attend d'eux. Du moment qu'on les soigne bien, qu'on les valorise et qu'on les nourrit.  (p. 143)

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Regardez maintenant, à la présidentielle, les gens votent pour celui qui parle le mieux, qui semble le plus sympa, qui a le plus beau chien ou la femme la plus cool…Et pas pour celui ou celle qui défend le meilleur projet pour le pays. À ce petit jeu, de Gaulle serait retourné à Colombey en 1965. Pas de taille à lutter face aux dents blanches de Lecanuet !....  (p. 158)
 
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