mardi 8 mai 2018

Noire n'est pas mon métier - Ouvrage collectif


Noire n'est pas mon métier

Collectif
 


Bonjour à toutes et à tous,
 
En ce 8 mai plus qu'ensoleillé (en Normandie en tout cas), je vous présente un livre collectif qui est dans les pleins feux de l'actualité : le recueil de 16 actrices et réalisatrices noires qui, à l'initiative d'Aïssa Maïga, dénoncent le racisme et le sexisme dans le milieu du cinéma et de la télévision.

Je vous présente donc le recueil de témoignages Noire n'est pas mon métier.


A. Caractéristiques du livre


Titre =  Noire n'est pas mon métier
Auteures = Nadège Beausson-Diagne / Mata Gabin / Maïmouna Gueye / Eye Haïdara / Rachel Khan / Aïssa Maïga / Sara Martins / Marie-Philomène Nga / Sabina Pakora / Firmine Richard / Sonia Rolland / Magaajyia Silberfeld / Shirley Souagnon / Assa Sylla / Karidja Touré / France Zobda.
Edition - Collection = Seuil

Nombre de pages = 118 pages

Date de première parution =  2018
 
Note pour le livre = 16/ 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième de couverture
Stéréotypes, racisme et diversité : 16 actrices témoignent.


C. Mon avis sur le livre
Je me suis précipité sur ce livre quand j'ai vu que des actrices que j'aimais beaucoup (Nadège Beausson-Diagne et Firmine Richard en tête) apportaient leurs témoignages...et ce que j'ai lu m'a sidéré.

Certes, je savais qu'il pouvait y avoir du racisme et du sexisme dans les milieux artistiques...mais je n'aurais jamais imaginé que ce fût à ce point-là. Ce livre est, purement et simplement, un constat alarmant de certaines pratiques dans les milieux artistiques, notamment lors des castings où certaines de ces actrices sont reléguées dans les rôles de "Noires de service", sans oublier l'accent exagéré et stéréotypé qui va avec...

Ce cri d'alarme était donc nécessaire pour nous rendre compte de tout le progrès qu'il y a encore à accomplir pour intégrer réellement ces actrices noires, en dehors des stéréotypes dans lesquels on souhaite parfois les enfermer.

Un conseil : si vous aimez ces actrices, lisez ce livre !


D. Quelques bons passages du livre

(Aïssa Maïga) : Qui pourrait se réjouir du rejet de ses semblables ? Qui aimerait avoir la sensation curieuse d'être l'un des alibis d'une société qui cherche à se rassurer en laissant une place dérisoire à l'altérité ?   (p. 7)

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(Aïssa Maïga) : Cette bataille, nous la menons ici et maintenant sur le terrain artistique, culturel, avec l'idée que chaque génération s'élève en apportant sa contribution à la suivante. Nous y sommes parfois acculées : ne pas résister, ne pas développer une conscience militante, citoyenne, humaine, pour s'élever contre l'injustice serait tout simplement s'effondrer moralement et psychiquement.  (p. 9)
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(Aïssa Maïga) : Ce livre-manifeste est un véritable plaidoyer pour le vivre ensemble mais aussi un coup de gueule à mes yeux indispensable pour que ceux et celles qui arrivent derrière nous puissent évoluer dans un monde plus ouvert, plus juste, plus inclusif.  (p. 13)

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(Nadège Beausson-Diagne) : Malheureusement, j'allais au cours de ces vingt-cinq années comprendre que j'étais noire avant d'être moi.
Pour ne pas sombrer dans une rage de tous les jours ou un désespoir infini, quand vous êtes une actrice noire en France, il faut une énergie à déplacer les montagnes, un entourage de qualité supérieure et un psy disposé à vous recevoir à toute heure.  (p. 14)

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(Nadège Beausson-Diagne) : Je suis attentive aux mots, aux textes que je joue. Je n'hésite pas à changer et réécrire des scènes parce que, souvent, je me demande ce qui se passe dans la tête de certains auteurs. Ont-ils peur que le spectateur, frappé soudainement d'amnésie, oublie que je suis noire et se sentent-ils obligés, avec subtilité, de le repréciser. (p. 17)

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(Nadège Beausson-Diagne) : Dans un premier temps, je ne sais pas ce qui est le plus grave : être traitée de "bamboula" par l'un de mes employeurs ou voir la tête de crétin de celui qui me l'annonce, décontracté, voire souriant, une tasse de thé à la main. Je ne dis plus un mot parce qu'ils restent coincés dans la colère de ma gorge.  (p. 19)
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(Mata Gabin) : On est dans le hall, le Poulpe (ndlr. pseudonyme d'un acteur dont elle se refuse à dire le nom) se pavane, les acteurs l'entourent, "je ne savais pas que tu connaissais cette comédienne black", dit une voix. Je frissonne, je ne suis pas black, je suis noire, on est en France, bordel.  (p. 29)
 
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(Maïmouna Gueye) : Aujourd'hui, je me suis pardonné d'avoir été imprudente. Je suis désolée de vous informer que je ne suis pas un sujet d'obsessions sexuelles fantasmagoriques. Je ne suis pas à dévorer, je suis juste une comédienne noire désireuse de faire son métier. Souffrez que cela puisse exister.   (p. 34)
 
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(Maïmouna Gueye) : Peut-on être libre alors que ce métier qui se dit humain, familial, ne reconnaît pas ses enfants quand ils sont différents ?  (p. 35)
 
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(Eye Haïdara) : Je suis naïve et c'est un choix.
Je suis née en France, je suis française, les classiques font partie de ma culture. Mais j'ai conscience que, quand j'interprète un personnage de Corneille, de Racine ou de Molière, cela brouille l'écoute des spectateurs, cela la noie. Car on se demande toujours pourquoi je suis là. Il faut sans cesse le justifier. Ma présence devient alors un acte politique. Même si ce n'est pas la volonté du metteur en scène, son choix devient un geste militant. (p. 39)
 
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(Eye Haïdara) : Notre présence ne doit pas être vue comme un acte de revendication. Un acteur n'a qu'une seule vocation, celle de jouer. Les revendications, les actes politiques sont dans les sujets, les choix, les textes que nous défendons.  (p. 42)
 
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(Eye Haïdara) : J'ai souvent entendu : "Il n'y a que des rôles clichés pour les Noirs et les Arabes...Il faut qu'on écrive pour nous !". Je ne veux pas être dans cet état d'esprit. Je n'ai aucune envie de tomber dans la démarche inverse et de reformer un ghetto. Ca ne me ressemble pas, je ne souhaite pas aller à la guerre, je n'ai pas d'ennemis. Je veux juste qu'on arrête de nous regarder er de faire comme si on avait déjà parlé alors qu'on  n'a pas ouvert la bouche.  (p. 42)

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(Rachel Khan) : Je sais bien que ce métier est difficile, alors je me plie à ses exigences, faisant tous les efforts possibles pour décrocher les rôles. Je commence à être spécialiste de la pute maintenant et, professionnelle, je fais le maximum pour servir le scénario. Cependant, il reste des choses sur lesquelles je n'ai pas de prise. Trop noire pour certains, pas assez pour d'autres. Pourtant, moi je me pensais vraiment au milieu. On pourrait demander à Einstein si la théorie de la relativité s'applique aux peaux. Je ne savais pas que mon taux de mélanine pouvait changer totalement l'histoire d'un film. Enfin, je le savais dans la vraie histoire, mais pas au cinéma.   (p. 50)
 
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(Rachel Khan) : Grâce au cinéma, je sais maintenant qu'il y a des métiers, des sentiments, des histoires pour lesquels je ne serais pas faite, qui ne me concerneraient pas. Grâce au cinéma, je sais désormais que je suis noire donc pas crédible en avocate, moi qui me la suis tapée, la rue Soufflot, pendant des années.  (p. 54)
 

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(Aïssa Maïga) : C'est bien plus tard que j'ai décidé de devenir actrice. Vouloir être comédienne. Raconter. Hurler au monde les émotions enfouies. Les rêves arrachés. Les larmes endossées pour soi, pour d'autres, tous les autres. Actrice. Evidence incontournable, devenue aussi nécessaire que respirer ou rêver. Jouer la comédie, projeter la possibilité d'un autre monde où la vie n'est pas trop triste ni trop laide et les salauds pas trop nombreux - et de toute façon nous sommes plus forts qu'eux.  (p. 59)
 
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(Aïssa Maïga) : Je trouve que l'on ne peut décidément pas me demander d'ingurgiter les principes humanistes de l'antiracisme, les pensées du siècle dit des Lumières, les textes du théâtre classique français, liberté-égalité-fraternité et me demander de supporter dans broncher le goût âcre d'une subtile mais réelle relégation raciale.  (p. 61)
 
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(Aïssa Maïga) : Ce public au nom duquel on efface de l'histoire les acteurs à la peau sombre est celui que je corise dans le métro, dans la rue, dans les cafés. Si les gens ne s'enfuient pas en courant en me voyant, alors pourquoi le feraient-ils en m'apercevant sur une affiche de cinéma ? (p. 62)
 
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(Sara Martins) : C'est fou comme une présence noire au théâtre doit obligatoirement "avoir" ou "donner du sens". Je me suis vu refuser le rôle de Lady McBeth parce que ce personnage était l'incarnation du mal, il ne peut être interprété par une femme noire sans risquer de rendre la pièce manichéenne, voire raciste. L'enfer est pavé de bonnes intentions.  (pp. 66-67)

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(Sara Martins) : Comme me l'avait fait remarquer un directeur de casting un jour "En tant que femme noire dans ce métier, il faut être soit Whoopi Goldberg (drôle, au physique de faire-valoir), soit Halle Berry (mais la Halle Berry d'Opération Espadon, qui sort de l'eau ruisselante en deux-pièces, pas celle, oscarisée, d'À l'ombre de la haine)".  (p. 68)
 
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(Marie-Philomène Nga) : Ici, en France, il y a tant de choses à dire sur les difficultés et le parcours d'une femme noire et actrice. La plupart des rôles de mamans africains qui m'ont été donné d'interpréter sont du même type que celui de Nafissatou, à croire que la femme noire ne porte que des boubous et des sandales (lorsqu'on ne l'affuble pas de tenues improbables), qu'elle ne peut être que malienne ou sénégalaise, ne parle pas correctement français ou alors avec un fort accent à la Michel Leeb, habite un HLM insalubre avec un fils délinquant ! Ce n'est pas du tout en adéquation avec la diversité des femmes noires ou africaines dans la société française.  (p. 75)
 

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(Sabine Pakora) : Est-ce que le public rit de mot, se moque de moi, de mon image, à travers ces personnages, ou est-ce qu'il rit avec moi en reconnaissant mes compétences d'actrice ?  (p. 79)
 
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(Sabine Pakora) : Nous ne sommes pas que des primo-arrivants, migrants en difficulté, mères de famille affublées de tripotées d'enfants, il y a, parmi cette minorité non blanche, des avocats, des ingénieurs, des scientifiques, des directeurs d'entreprise, des artistes, pourtant la plupart des scénarios ne les incluent pas. À l'écran, être noir est perçu comme un handicap...davantage que dans la société et dans la vie quotidienne. Pourquoi le cinéma français intègre-t-il si difficilement cette évolution ? Pourquoi est-on toujours perçu comme un être pittoresque dépeint par l'anthropologie du XXe siècle.   (p. 80)
 
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(Firmine Richard) : Dans Huit femmes, le film de François Ozon, je suis une gouvernante, mais ce n'est pas un sous-rôle. D'ailleurs, la pièce avait déjà été montée avec une autre distribution : exclusivement des femmes blanches. Quand il me choisit pour être aux côtés de Catherine Deneuve, Fanny Ardant, Isabelle Huppert ou Danielle Darrieux, François Ozon me considère comme une comédienne française. C'est un acte symbolique, une étape importante.  (p. 85)
 
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(Firmine Richard) : Je n'accepte pas qu'on me demande de gommer mon accent : c'est ce qui fait ma différence, ce qui me fait telle que je suis, on ne peut pas l'effacer. Ce serait remettre en cause mon identité. On ne fait pas grief à un Marseillais de ses intonations qui font partie de sa personnalité. Je dois dire que la seule personne qui m'ait demandé si je forçais mon accent était une femme noire. Quelle aliénation !  (p. 85)

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(Sonia Rolland) : Tantôt catin, tantôt maîtresse, souvent dénudée, je découvrais avec découragement que le cinéma, comme la plupart des hommes de ce métier ont une vision peu reluisante de ma condition de femme, mais surtout de femme "exotique".  (p. 89)
 
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(Shirley Souagnon) : C'est mon travail qui m'a donné une couleur. Je tiens à remercier tous ceux qui m'ont obligée petit à petit à en prendre conscience ! C'est cela, entre autres, qui nourrit mon écriture aujourd'hui. Alors merci.  (p. 96)
 

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(Karidja Touré) : Si on veut que ça avance, chacun peut prendre sa part : les cinéastes, le milieu de la publicité, les médias...C'est toute une chaîne de responsabilités. Chaque maillon compte.  (p. 106)
 
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