mardi 27 mars 2018

Le roi, Donald Duck et les vacances du dessinateur - Patrick Roegiers


Le roi, Donald Duck et les vacances du dessinateur

Patrick Roegiers
 


Bonjour à toutes et à tous,
 
En cette fin du mois de mars, je vous présente le dernier roman de Patrick Roegiers, qui met en scène le roi Léopold III et le "père de Tintin", Hergé dans une rencontre fictive sur les bords du Lac Léman, côté suisse. Un roman assez décontenançant qui interroge sur le fait que la vie ne serait en fait qu'un vaste film...

Je vous présente donc le roman Le roi, Donald Duck et les vacances du dessinateur de Patrick Roegiers.


A. Caractéristiques du livre


Titre =  Le roi, Donald Duck et les vacances du dessinateur
Auteur = Patrick Roegiers
Edition - Collection = Grasset
Date de première parution =  2018
 
Note pour le livre = 13/ 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième de couverture
Hergé, le père de Tintin, et Léopold, le roi des Belges, se rencontrent au bord du lac Léman, en juillet 1948. L'un est en dépression, l'autre est en exil. Ils sont les protagonistes d'un film où ils jouent leur propre personnage et qui se tourne à mesure que le roman s'écrit.

La distribution comprend Marlene Dietrich, Humphrey Bogart et Ava Gardner notamment, mais aussi Tex Avery, Walt Disney et Harold Lloyd. Le film est dans le roman, le roman est dans le film.


C. Mon avis sur le livre
J'aime beaucoup les romans de Patrick Roegiers d'ordinaire, mais là, j'avoue que je ne sais pas quoi penser...

L'écrivain met en scène le roi de Belges Léopold III qui, sur les bords du Lac Léman, aurait rencontré Hergé, le père de Tintin, avec lequel il se serait lié d'amitié, avec un postulat de départ relativement intéressant : celui de transposer les évènements de la vraie vie comme s'il s'agissait d'un scénario de film. Malheureusement, les moments que l'on peut qualifier de réels et les moments d'allégations purement fictionnelles sont mélangés de telle manière qu'au bout d'un moment, la lecture du roman devient vraiment confuse. C'est vraiment dommage !

J'ai également envie de déplorer le fait que Patrick Roegiers qui, d'ordinaire, a une écriture plutôt ironique et incisive, semble l'avoir abandonnée dans ce récit, ce qui est plutôt dommage.

Néanmoins, je garde comme point positif les multiples insertions (bien qu'elles soient digressives) sur le monde du cinéma, celui de la bande-dessinée, ainsi que les références sur les vies du roi Léopold III et d'Hergé, qui nous permettent d'en apprendre plus sur ces deux personnages.

En bref, je pense que les habitués de Patrick Roegiers pourraient être quelque peu déçus de ce roman, mais il a le mérite de poser une question relativement métaphysique : sommes-nous maîtres de notre vie ou la vie est-elle juste un vaste rôle de cinéma ?

D. Quelques bons passages du livre

Ce livre, conçu et réalisé comme un film, est une œuvre de fiction. Toute ressemblance avec des personnes, des évènements et des situations réelles ou ayant existé, n'est donc pas fortuite, mais tout à fait volontaire. L'imaginaire dépasse la réalité. Seul ce qu'on invente est vrai. Les coïncidences agrémentent l'Histoire et la rendent beaucoup plus amusante.  (Avertissement)

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En Suisse, tout était typiquement suisse. C'était un pays à part. Un pays de carton-pâte. Un pays de carte postale. Un pays miniature comme on l'admirait à Ballenberg où était décrite une Suisse de fantaisie créée à une échelle rétrécie. Un pays pittoresque dont les dépliants vantaient les charmes et dont les guides touristiques ne savaient plus comment louer les mérites. La Suisse était irréprochable. La Suisse était cernée de montagnes et si elles disparaissaient, la Suisse cesserait d'exister. Si la Suisse n'existait pas, il faudrait l'inventer. La Suisse n'existait pas, c'est pour cela qu'on y était bien.  (p. 22)
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Deux êtres qui ont tout en commun n'ont rien à se dire. Les personnages qui sont différents sont plus passionnants. Nombre de films et de romans reposent sur ce credo. Le bon et le méchant, le brave et le salaud, le traître et le vertueux, le fourbe et le valeureux, le banquier riche et le pauvre diable sans le sou.  (p. 40)

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Il en avait assez ! Il était fatigué des bons sentiments de son héros, candide et vertueux, épris de justice, prêt à défendre la veuve et l'orphelin, qui affrontait les éléments et vivait mille aventures, mais n'avait ni femme ni enfants, ni foyer où rentrer. Il n'avait plus envie de lui donner vie. Il ne prenait plus plaisir à l'inventer. Le créer n'était plus une joie. Il n'avait plus soif d'inconnu. Les tribulations de Tintin l'épuisaient. Il ne croyait plus à l'héroïsme de son héros.  (p. 51)
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- Et vous avez déjà été heureux ?
- Non. J'ai été roi toute ma vie.   (p. 106)

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Une émeraude  étincelait à son index. Elle avait des bagues à chaque doigt, ce qui indiquait qu'elle était vieille fille et qu'aucun jeunot ne voulait d'elle car une jeune femme mariée ne porte que son alliance.  (p. 119)

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Léopold jouait-il un rôle ? Le jeu n'est pas une imitation de la vie. Jouer, c'est vivre. Sa vie ressemblait à un film. C'était un acteur-roi. Sa personnalité l'aidait grandement. Tout se doublait dans l'existence. L'unité simple n'existait pas. Il ne faisait pas d'effort. Il était parfait dans le rôle. Son visage était le sien. Il n'en avait pas d'autre. Il était le personnage. (p. 161)
 
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On n'est pas forcé de réussir pour être roi. Bien naître suffit. Qu'y faire ?  Il n'avait pas décidé de régner. Le roi ne s'appartient pas. Il appartient au pays. Son opinion ne comptait pas. Ses pensées n'étaient que du vent. Il était victime des circonstances.  (p. 163)
 
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Son nom de plume était un blanc-seing. Il se retranchait derrière lui. Tintin était innocent. Il n'avait rien fait. Il était blanc comme neige. Son cœur était pur. Son corps était inviolable. [...] C'était un redresseur de torts. Avec lui, tout rentrait dans l'ordre.  (p. 209)
 
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Il y avait deux reines lorsqu'elle se regardait dans la glace. Celle qui se voyait de face, parfaite sous tous les angles, dont elle était la réplique idéale, et celle, gardienne de son image, qui se croyait une reine de l'écran, mais qui ne se voyait pas. Dans son dos, on la surnommait "la reine des glaces". De quel côté devait-elle donc se tourner ?  (p. 224)
 
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(Parlant de ses ministres) Il les traitait de tous les noms. De rigolos irresponsables et de poux politiques, de ronchons acariâtres et de larbins obséquieux, de moules flasques et de vaniteux incapables, de paranoïaques ventrus et de blattes difformes, d'épais crétins et de couillons décérébrés, de flatteurs serviles et de caciques bedonnants, de courbeurs d'échine et de crânes plats, de salonnards gesticulants et de bavards ventripotents, de traîne-savates et de nains de jardin, de pisse-froid aux bajoues flasques et de pantins creux, de culs gercés et d'avortons demeurés, de peigne-culs dégarnis et de faire-valoir égrotants, de va-nu-pieds mal chaussés et de faux-culs déculottés et, faute de mieux, il concluait d'un mot :  

- Ce sont tous des CONS !   (p. 232)

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Hergé n'aimait pas beaucoup la musique. Il avait passé une nuit au violon et avait mis des mois à s'en remettre.  (p. 259)
 
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Le bonheur est une réalité qu'on invente. Il n'existe pas par lui-même.  (p. 275)
 

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Le passé est un étrange pays.  (p. 278)
 

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Chaque évènement faisait partie du livre en train de s'achever, du film qui arrivait à terme. C'était le dernier tour de manivelle. La parenthèse se refermait. L'aventure se terminait. Il ne manquait plus que les lecteurs ou les spectateurs selon que l'on avait regardé un film ou lu un roman. Ou les deux en même temps puisque c'était la particularité de ce livre.  (p. 281)
 

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Tout était filmable.
Tout était publiable.
Tout était oubliable.   (p. 282)
 

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1 commentaire:

  1. Allez, je te souhaite d'être plus séduit par tes futures lectures belges !

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