samedi 17 mars 2018

La liseuse - Paul Fournel


La liseuse

Paul Fournel
 


Bonjour à toutes et à tous,
 
En ce 17 mars glacial, je vous présente un roman que j'avais déjà lu il y a quelques années et que j'ai eu subitement très envie de relire et ce que je peux dire, c'est que je ne regrette pas mon choix.

Je vous présente donc le roman La liseuse de Paul Fournel.


A. Caractéristiques du livre


Titre =  La liseuse
Auteur = Paul Fournel
Edition - Collection = Folio  (P.O.L pour l'édition en grand format)
Date de première parution =  2012
 
Note pour le livre = 17/ 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième de couverture
Robert Dubois, éditeur de la vieille garde, se voit remettre une liseuse par une stagiaire. Quelque chose couve qui pourrait être une révolution et cette perspective le fait sourire. 


C. Mon avis sur le livre
Comme dit dans l'introduction, j'avais déjà lu ce roman il y a quatre ans et il m'avait déjà fait forte impression...et cette relecture m'a fait également le même effet.

Dans ce petit roman, le monde de l'édition y est croqué avec un style excellent, notamment de par son ironie mordante et ses personnages, parfois caricaturaux, mais particulièrement attachants, en particulier le vieil éditeur réfractaire à l'évolution. Tout y passe : le vieil éditeur bougon qui refuse d'évoluer en ne voulant qu'une édition de qualité, au détriment des chiffres, le directeur d'édition qui est l'exact contraire, les stagiaires surchargés de travail et les auteurs entre ceux qui écrivent sans cesse le même style de roman et le primo-romancier très intimidé lors des présentations de son livre...Une certaine vérité sur le monde de l'édition à prendre avec humour.

Un très beau roman que je recommande à ceux qui s'intéressent au monde de l'édition et qui en ont encore quelque illusion.


D. Quelques bons passages du livre

Depuis des lunes, je ne lis plus, je relis. La même vieille bouillie dont on fait des "nouveautés", des saisons, des rentrées "littéraires", des succès, des bides, des bides. Du papier qu'on recycle, des camions qui partent le matin et qui rentrent le soir, bourrés de nouveautés déjà hors d'âge.   (p. 12)

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Métiers du livre - la machine à fabriquer mille Gaston Gallimard par an pour mieux les broyer ensuite ?  (p. 13)
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Les intellectuels détestent qu'on mange de la cervelle sous leur nez et la cervelle au déjeuner est une grave faute de goût de la part d'un éditeur.  (p. 28)

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- En général, voyez-vous, c'est après que l'on sait si le livre a fait 15000, même quand on connaît les noms. Ce sont les acheteurs qu'il faudrait connaître.
- Il suffit de faire une étude de marché préalable.
- Vous savez combien coûte une étude du marché, Messieu Meunier ?  Ne cherchez pas. Trois fois le prix du livre. Alors on a pris la fâcheuse habitude de faire des livres pour voir comment marchent les livres. Cela se nomme l'édition et il se trouve que c'est mon métier.  (p. 31)
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Tu vois, petit con, dit-elle, c'est facile de dire non en trois secondes à un auteur, facile de se moquer même de son travail, mais il faut que tu saches comme c'est long et comme c'est emmerdant de faire un livre. Même un mauvais. Surtout un mauvais.  (p. 33)

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Nous avons vidé les livres de ce qu'il y avait dedans pour en vendre davantage et nous n'en vendons plus. Tout est de notre faute.  (p. 35)
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Lire en marchant n'est jamais recommandé de toute façon. Il faut vraiment être plongé dans un texte exceptionnel pour prendre le risque. La lecture du poème, en revanche, s'en accommode beaucoup mieux, entre deux vers on peut lever l'œil pour guetter le passage des poteaux et réverbères. (p. 63)
 
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J'en veux à ce métier de m'avoir tant et tant empêché de lire l'essentiel, de lire des auteurs bâtis, des textes solidement fondés, au profit d'ébauches, de profits, de perspectives, de choses en devenir. Au profit de l'informe. Au nom d'un futur que je ne verrai pas, et qui, sans doute, clamera  que je me suis trompé dans mes choix, trompé sur les textes, trompé sur les femmes et les hommes. C'est le rôle du futur.  (p. 79)
 
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Pendant toutes les années "Apostrophes" je n'ai entendu que cette question magique : "Je passe quand chez Pivot ?" Passer à l'émission donnait aux auteurs leur certificat d'écritude. Ils devenaient enfin écrivains à la face du monde et de leur marchand de journaux réunis. Une longue semaine de gloire et de reconnaissance. Écrivain enfin ! Eux qui passaient leurs journées et leurs nuits à écrire.  (p.  81)
 
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Décider de rendre public un texte, même si on le fait trois cents fois par an, n'est jamais anodin. Il y a au moins dix règles claires qui président au choix d'un texte : le sacro-saint cadre des collections (contre lequel on a inventé les titres hors-collection), le moment stratégique (contre lequel on a multiplié les rentrées littéraires), le thème à la mode  (contre lequel on a inventé l'effet de surprise), la stratégie des prix littéraires (contre laquelle on a inventé la stratégie de l'accaparement par quelques maisons), le manque d'argent (contre lequel on a inventé l'argent), le genre qui fait fureur (contre lequel on a inventé un nouveau genre plus furieux encore)...et j'en passe. Ces règles claires et magnifiquement contournables  servent à se rassurer au moment de dire "j'aime" ou "je n'aime pas" et à conjurer les vingt autres règles obscures au nom desquelles on choisit vraiment.  (pp. 97-98)
 
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Quand un auteur a du succès, tout le monde souhaite qu'il refasse le même livre : les lecteurs, les marchands, l'éditeur (surtout s'il s'en défend) , il n'y a guère que l'auteur qui hésite parfois. Éditer une œuvre est tout autre chose qu'éditer un collier de livres en forme de perles. Une œuvre a ses temps faibles, ses mystères qui s'éclaircissent au fil des textes, ses enfoncements qui peuvent être définitifs. Elle peut aussi s'arrêter. Néanmoins, certains auteurs trouvent le moyen d'écrire toujours le même livre et de faire pourtant une œuvre.  (p. 103)
 
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À force de lire des manuscrits on perd des références. Les chances de lire un chef-d'œuvre sont quasi nulles, celles de lire un bon texte sont plus nombreuses, mais pour être certain qu'un texte est bon, il faut le lire au niveau des maîtres et pas au niveau des autres bons manuscrits.   (p. 118)

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Il apparaît que la liseuse peut également servir de cimetière et que les livres s'y donnent rendez-vous.  (p. 138)
 
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Lorsque j'aurai terminé la lecture du dernier mot de la dernière phrase du dernier livre, je tournerai la dernière page et je déciderai seul si la vie devant moi vaut encore la peine d'être lue.  (p. 190)
 
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