dimanche 4 mars 2018

Kot & Coeur - Céline Noël


Kot & Coeur

Céline Noël
 


Bonjour à toutes et à tous,
 
En ce début du mois de mars, je vous présente le premier roman d'une jeune fille, encore étudiante à Louvain-la-Neuve, qui met en scène cette ville, qui fut le théâtre de mes propres études, jusque 2014, ce qui m'a donné envie de lire ce livre. Au début, je voulais garder ce livre pour le Mois Belge, mais l'envie était trop pressante pour attendre le mois d'avril.

Je vous présente donc le roman Kot & Cœur, premier roman de Céline Noël


A. Caractéristiques du livre


Titre =  Kot & Cœur
Auteur = Céline Noël
Edition - Collection = Memory Editions
Date de première parution =  2018
 
Note pour le livre = 16 / 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième de couverture
L'automne touche à sa fin dans la ville wallonne de Louvain-la-Neuve, au cœur de la Belgique. Voici un des nombreux kots présents sur le campus, ces logements que les étudiants partagent la semaine et désertent le week-end pour regagner le cocon familial. Les colocataires s'appellent Chloé, Diego, Laura, Tristan et Maylis, toutes et tous engagés dans des études supérieures. Débridés par l'atmosphère particulière de cette jeune cité, ils se cherchent et se questionnent, à la croisée des chemins entre grande adolescence et vie active.

On les suivra durant quelques semaines. Leurs quotidiens se complètent et plusieurs fois se confrontent. Sorties, guindailles, études, avenir, amours, des plus sincères aux plus légères...on vit avec eux leur quête de sens et d'aventure, période de légèreté, d'insouciance, mais aussi d'apprentissage à l'indépendance. Un scénario pour une série télé ? Non. Une étude sociologique ? Non. Un vrai roman, mais décalé, photographies en rafale de la vie néo-louvaniste : passions, explosions, ivresses et réconciliations, mais aussi songes, réflexions, engagements et décisions. Avec l'amitié et la solidarité en toile de fond.

 

C. Mon avis sur le livre

Ce roman est un vrai régal ! L'auteure avoue, à la fin, qu'elle l'avait placé dans un tiroir et je ne peux dire qu'une chose : elle a vraiment bien fait de l'en sortir !

À la lecture du roman, j'ai vraiment eu la sensation que mes années d'étude dans cette bonne vieille ville de Louvain-la-Neuve (que j'ai donc quitté voilà 4 ans), me revenaient directement en pleine figureCéline Noël a l'art de décrire de manière authentique la ville de Louvain, l'atmosphère étudiante, la vie en kot et les soirées (que, je peux l'avouer, j'ai assez peu fréquentées), avec le vocabulaire approprié. J'ai vraiment eu l'impression de revivre ces tendres années au fil des pages et en conçois une certaine nostalgie.

Le roman restitue à merveille les deux plus grandes préoccupations des étudiants durant leur cursus : leur avenir et leur vie sentimentale, qui prend une place prépondérante dans le roman et pour laquelle l'auteure s'attache à décrire la majeure partie des situations imaginables à ce tendre âge, de la jeune fille qui couche sans amour, à la jeune fille qui n'a jamais eu d'amoureux, en passant par l'étudiant qui est en couple depuis plusieurs années et celui qui vient de se faire larguer...avec une justesse et une compassion toujours égale.

Je ne gâche rien en disant que l'histoire entière ne se déroule que sur un quadrimestre. J'espère donc une chose : qu'il y aura une suite et qu'on pourra suivre nos cinq compères dans la suite de leurs aventures.

Un très bon roman que je recommande à ceux qui veulent voir ressurgir leurs expériences d'étudiant (qu'ils soient lointains ou pas) et qui veulent découvrir une nouvelle belle plume, belge de surcroît.


D. Quelques bons passages du livre

Du haut de ses 21 ans, Chloé avait déjà sillonné de nombreux pays, mais nulle part ailleurs, elle ne se sentait chez elle comme ici. Ce lieu était façonné pour épouser la vie estudiantine, son cœur battait au rythme du calendrier académique. Une cité de briques et de béton, où l'histoire était encore à écrire, où les rêves pouvaient grandir.    (p. 9)

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Ici, les étudiants n'étaient que de passage, juste le temps d'obtenir un diplôme. Pendant ces quelques années, ils pouvaient refaire le monde et laisser émerger leurs projets les plus audacieux. La ville devenait alors le théâtre de soirées à thème, spectacles, manifestations et débats en tout genre. Des dizaines d'associations y militaient pour un monde plus juste.  (p. 9)
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Mais chercher un copain à l'unif, c'est comme faire les soldes le 29 juillet : tous les modèles intéressants sont déjà partis.   (p. 12)

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Ici, à Louvain-la-Neuve, tout allait vite. Les semaines filaient, les profs galopaient dans la matière, les soirées se programmaient quelques heures à l'avance. Les amants ne prenaient pas le temps de se découvrir. Ils s'embrassaient, avides, pressés, et plus si affinités.  (p. 17)
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Tristan n'avait jamais vraiment adhéré à cette vague de débauche générale qui gagnait chaque soir Louvain-la-Neuve. Acheter l'alcool le moins cher et le plus fort, boire à l'excès, puis tout vomir. Les étudiants se laissaient guider par la seule recherche de l'effet. Il fallait tomber dans l'ivresse le plus vite possible, pour lever les inhibitions et jouir de la perte de tout contrôle. Alcool et amusement semblaient ne faire qu'un et les excès, bien que nocifs, étaient socialement acceptés. Les étudiants racontaient leur dépravation avec une sorte de fierté, et ceux qui plaidaient pour une conduite responsable se voyaient souvent méprisés. Pourquoi critiquer ? Ces jeunes ne faisaient que s'amuser.  (pp. 35-36)

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Une relation se construit à deux, mais les ruptures se vivent seul.  (p. 37)
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De nombreux clichés circulaient à l'université. Les ingénieurs de gestion incarnaient le capitalisme, tandis que les philos et lettres raffolaient de Fantasy. Les études de psycho étaient réservées aux filles célibataires et aguicheuses, qui n'aimaient ni les maths ni les langues. Quant aux ingénieurs civils, ils évoquaient une réunion de geeks intellos.

Ce genre d'idées reçues, matière première du comique de répétition estudiantin n'avait pas épargné les études d'information et communication. Dotés du programme le plus simple de l'université, synonyme de chômage et dépourvues d'intérêt, leur réputation n'était guère enviable.  (p. 39)
 
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Rien n'effrayait autant Chloé que la solitude de toute une vie. Certes, elle avait connu de nombreux garçons, mais ils ne faisaient qu'effleurer son existence, sans y entrer. Elle désirait plus que des étoiles filantes qui n'éblouissent qu'un instant. Il lui fallait un soleil chaud et immuable, qu'elle retrouverait jour après jour à ses côtés.  (p. 51)
 
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Je me sens tout de même trop jeune et inexpérimenté pour le monde du travail. Ca me fout les jetons d'y penser. L'université va me manquer.

- Il faut simplement sauter le pas, c'est un autre rythme de vie. Tu verras, une fois que tu seras lancé,  tu te demanderas comment tu as pu vivre dans un appart aussi sale et te lever à midi alors qu'il y a tant à faire dans une journée !

- C'est possible...Mais il y a plein de choses  que je regretterai ! J'aime bien cette vie :  on rencontre de nouvelles personnes sans arrêt, on rit, on sort et on n'est pas enfermé par des horaires inflexibles. [...]

- Mais tu n'as pas le sentiment qu'on est un peu trop passif ? Ca doit tout de même faire du bien de travailler sur des projets concrets et de pouvoir construire l'adulte qu'on a vraiment envie d'être, plutôt que de valider un programme établi par une commission.  (pp.  55-56)
 
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De toute façon, tu deviens trop vieux pour Louvain-la-Neuve. Cette ville se renouvelle vite, il vaut mieux ne pas s'éterniser. Bientôt tous tes amis vont partir et tu te retrouveras  au milieu de gamins fraîchement arrivés, qui viennent d'enlever leur appareil.  (p. 56)
 
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Si on lui avait accordé un vœu, elle aurait souhaité suspendre le cours des jours et rester toujours à Louvain-la-Neuve, coincée entre deux âges. Plus tout-à-fait adolescente, mais pas encore tout à fait adulte.  (p. 66)
 
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Tu vois, c'est pour ça que j'aime cette ville. Peu importe la couleur des murs ou la taille des pavés. Ce qui compte pour moi, c'est ce qu'on en a fait. Cette ville comporte un peu de nous. On imprime nos souvenirs sur les façades des bâtiments et j'ai passé ici les plus belles années de ma vie.  (p. 87)

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Il n'avait jamais compris l'enthousiasme des étudiants à dérober des panneaux de signalisation ou des chariots de magasin. La nuit tombée, ces trophées encombraient de nombreux kots de Louvain-la-Neuve.  Il avait rencontré ici de brillants esprits, engagés dans la politique et le volontariat, capables d'établir de complexes théories mathématiques ou de traduire des textes en grec ancien. Pourtant, ces mêmes personnes pouvaient aussi se défier d'ouvrir une cannette de bière  en la frappant sur son front. C'était là tout le paradoxe étudiant.  (p. 98)

 
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Les humains ont simplement peur de la solitude. Ils se mettent en couple presque par hasard, puis restent ensemble par la force de l'habitude. (p. 100)
 
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- Ca me fait bizarre de penser que je quitterai cette vie d'ici quelques mois. Louvain-la-Neuve va continuer à tourner sans moi.  Elle nous regarde défiler dans ses rues d'années en années. Quelqu'un d'autre prendra ma chambre. Un étudiant rachètera mes livres, ce sera toujours les mêmes soirées, la même ville, mais je n'y aurai plus ma place.

- Tu pourrais revenir au kot chaque fois que tu le désires, Diego. 

- Ce ne sera plus jamais pareil. Le trajet que je prends est un aller simple vers la vie adulte. On ferme la porte, puis on jette la clé. C'est comme ça qu'avance la vie : une grande allée à sens unique qui t'entraîne malgré toi. J'adore mon quotidien tel qu'il est à présent, mais nous ne sommes pas faits pour s'ancrer dans un instant, comme les modèles d'une photo. La vie est un mouvement perpétuel et il faut bien accepter d'avancer avec elle.  (p. 114)

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Tu es une jeune fille pleine d'innocence. C'est la plus belle et la plus dangereuse des qualités. L'amour est un jeu périlleux. Tu risques de t'écorcher à plusieurs reprises et de garder de nombreuses cicatrices mais n'abandonne pas. Je suis sûre que tu rencontreras quelqu'un qui te rendra heureuse.  (p. 151)

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Une relation aussi longue à l'université, c'est presqu'une émasculation.  (p. 157)

 

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