vendredi 2 février 2018

Des hommes qui lisent - Edouard Philippe


Des hommes qui lisent
 
Edouard Philippe


Bonjour à toutes et à tous,
 
Aujourd'hui, je vous présente un livre un peu particulier de par son auteur, car il s'agit du dernier livre de l'actuel Premier Ministre français, Edouard Philippe...mais, même si le livre parle un petit peu de politique, elle n'en n'est pas le thème principal : en effet, M. Philippe s'attelle à raconter son parcours en parallèle avec ses lectures, ce qui m'a poussé à acheter le livre...


A. Caractéristiques du livre


Titre =  Des hommes qui lisent
Auteur = Edouard Philippe 
Edition - Collection = Jean-Claude Lattès
Date de première parution =  2017
 
Note pour le livre = 16 / 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième de couverture
"Lorsque je regarde ma bibliothèque, je vois ce que j'ai appris et une bonne partie de ce que j'aime. Ces livres m'ont construit. Des romans, des essais, des manuels, des bandes dessinées, le tout mélangé, mûri ou oublié, redécouvert ou discuté. Une bibliothèque est comme un "lieu de mémoire" de notre existence. Elle nous chuchote d'anciennes joies, murmure nos lacunes et trahit des promesses de lecture."

Des hommes qui lisent est le récit d'un homme par les livres qu'il a aimés, qui l'ont marqué : des livres qui ont fait de lui un fils, un père, un citoyen, un homme politique. Il explique un engagement, une vision, une pensée, des doutes et des choix.
 

C. Mon avis sur le livre
Mettant de côté les considérations politiques, je peux dire qu'Edouard Philippe a vraiment une belle plume. On suit avec plaisir cette construction de la réflexion sur les livres à laquelle nous pouvons indirectement participer : en effet, au fur et à mesure du récit de son parcours de lecteur, nous sommes indirectement, nous lecteurs, invités à réfléchir sur notre propre parcours : les réussites, les ratés, quels livres nous ont construit ? Dans quelle circonstance ? Avons-nous le regret de n'avoir jamais lu certains livres ? Estimons-nous avoir eu la chance d'avoir comme livre imposé, un livre qu'on n'aurait jamais lu dans d'autres circonstances ?...

Le style fluide de la réflexion rajoute au plaisir de la lecture. De plus, M. Philippe, à la fin de son livre nous "pique un peu notre job" en nous livrant ses impressions sur une liste de ses lectures, impressions qui nous donnent envie de lire certains de ces livres. Mais il a aussi le courage de reconnaître, dans une seconde liste, certaines lacunes en matière de lecture (ex : il n'a jamais lu Madame Bovary, Le Guépard de Tomasi de Lampedusa ou encore les œuvres de Marcel Proust).

Malgré tous les traits positifs que nous pouvons trouver à ce livre, je dénoterai tout de même deux écueils qu'il n'a pas su éviter :

* Le premier écueil est que j'estime certaines de ses considérations sur la lecture comme de l'enfoncement de portes ouvertes, c'est-à-dire que, pour certaines de ces considérations, on n'a pas attendu la lecture de ce livre pour les savoir.

* Le deuxième écueil est celui qui est propre à tout politique qui écrit : l'autocongratulation sur ses mesures en tant que maire du Havre concernant la lecture, car, même si elles sont positives, l'autocongratulation n'est pas nécessaire dans un ouvrage comme celui-ci.

Malgré cela, je trouve que ce livre, très bien écrit, est à mettre entre toutes les mains, en particulier entre celles de ceux qui pensent que "la lecture ne sert à rien". Ce parcours littéraire parmi d'autres est extrêmement instructif et prouve que la lecture peut mener à tout et est surtout destinée à tout le monde et n'est pas réservée à une élite, contrairement à ce que, certains à notre époque, semblent le penser.
 
D. Quelques bons passages du livre
 
Entré en lecture, mais pas encore amoureux des livres. On peut être baptisé à la naissance et ne jamais avoir la foi. Lire exige d'abord un apprentissage puis un déclic d'une autre nature, qui demeure bien souvent un mystère. L'expliquer me semble vain. Comment expliquer l'amour ? On peut s'en souvenir ou l'espérer, on peut en favoriser l'apparition ou constater ses échecs sans doute, mais il n'y a pas là une équation dont la résolution serait certaine.  (p. 11)

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Enfant, nous avons tous un livre préféré. Pour certains, c'est le Capitaine Fracasse de Théophile Gautier. Pour d'autres Les Trois Mousquetaires, Vingt mille lieues sous les mers, L'Île au Trésor ou Harry Potter. C'est un polar ou une bande-dessinée. C'est un magazine pour adolescents ou un manga. Il n'y a pas de fausse porte, aucune mauvaise entrée "en lecture", pas de façon plus noble qu'une autre de commencer à lire et d'y prendre plaisir le plus tôt possible. Il va de soi que cela ne se décrète pas.  (p. 13)
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Une bibliothèque est comme le "lieu de mémoire" de notre existence. Elle nous chuchote d'anciennes joies, murmure encore nos lacunes et trahit des promesses de lectures non tenues. elle nous offre le réconfort permanent de merveilleux souvenirs que l'on pourrait reproduire.   (pp. 17-18)

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Un pays come le nôtre, dans lequel un président de la République pesa de toute son autorité pour porter à son terme le projet d'une très grande bibliothèque qui porte désormais son nom, a hissé depuis longtemps la lecture et le livre au rang de politiques publiques. Un pays comme le nôtre, qui a inventé le prix unique du livre pour préserver, autant que possible, les métiers qui vivent de la lecture, sait mobiliser intelligence et moyens autour de cette politique. Un pays comme le nôtre, qui a préservé une grande diversité de points de vente, de bibliothèques municipales et qui, grâce aux miracles de la technologie moderne, permet à n'importe quel lecteur d'acquérir ou de consulter presque n'importe quel livre rapidement est un paradis pour le lecteur.  (p. 19)
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J'ai aimé Blum et Mendès comme on aime des personnages de roman, comme on aime des hommes qui, par ma lecture d'une biographie vivante et détaillée, critique parfois mais bienveillant toujours, deviennent sinon des amis mais en tout cas des figures qui comptent.   (pp. 46-47)

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On peut penser de façon hémiplégique. On peut aussi lire de façon hémiplégique. Et chercher à se conforter en lisant plutôt qu'à se mettre en cause.  (p. 48)
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On notera au passage cette idée extravagante que l'on pourrait se faire une idée sur un livre sans l'avoir lu. J'ai longtemps pratiqué cela. Lorsque je pense à cette époque passée, j'ai presque honte. Lorsque je vois les ravages que cette idée continue à produire, je me rassure sur mon compte, mais je m'angoisse sur les autres.  (p. 69)

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On peut débattre à l'infini sur la question de savoir s'il y a une littérature de droite et une littérature de gauche. Qu'il y ait des auteurs de droite ou de gauche, c'est l'évidence. Est-ce que cela teinte leur écriture au point de faire basculer tel ou tel livre à droite ou à gauche ? Je ne sais pas. On peut après tout lire en se posant la question de savoir si ce livre est bon, plutôt que celle de son éventuel positionnement à droite ou à gauche. Cela dit, on peut reconnaître avec le même Tillinac, qu'il est plus courant de voir un homme de droite admirer Aragon ou Éluard qu'un homme de gauche évoquer son amour de Chateaubriand, de Morand ou de Mauriac. Sauf Mitterrand, bien sûr, mais était-il vraiment de gauche ?  (p. 73)
 
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La culture, c'est la rencontre entre un individu et une œuvre.

De toutes les définitions de ce concept souvent insaisissable, c'est celle que je préfère. Elle présente l'immense avantage de mettre en contact au cœur de la culture sans tenter de définir ce qu'est une œuvre, sans indiquer ce qui relève de la création ou de la diffusion, sans se prononcer sur le champ d'expression (ou non) dans lequel l'œuvre pourrait s'inscrire. La culture est, au fond, une rencontre.  (p. 80)
 
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Les bibliothèques sont trop souvent réservées à ceux qui y sont déjà entrés. L'immense majorité des utilisateurs d'une bibliothèque aiment déjà les livres. Il ne faut ni s'en plaindre, ni le regretter, mais il est important de l'admettre, pour ne pas tomber dans le piège d'une politique de la lecture qui serait exclusivement fondée sur les bibliothèques publiques. Pour beaucoup de nos concitoyens, la bibliothèque est un lieu intimidant, justement parce qu'il est le lieu des livres, lieu d'une forme de savoir, d'un usage souvent mystérieux.   (p. 82)
 
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Le lien entre volonté politique et création culturelle est suffisamment fort et ancien pour qu'il faille accepter l'idée que l'action publique en matière culturelle n'est jamais dénuée d'arrière-pensées.  (p. 85)
 
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Comment susciter l'envie de lire ? La réponse est simple : par tous les moyens, car ils sont tous bons.   (p. 90)

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Ceux qui "écoutent" des lectures sont-ils donc déjà des lecteurs ? Oui, d'une certaine façon. Mais ce n'est sans doute pas suffisant. C'est une façon d'accéder aux textes, et il faut en user de plus en plus. Mais "transformer" un enfant en lecteur demande autre chose.  (p. 112)

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Ne pas sous-estimer la réticence, voire la peur, que peuvent susciter chez quelqu'un qui n'y est pas habitué à la vue d'un livre, l'épaisseur de ses pages, la difficulté des mots rencontrés, l'effort de se couper du monde et de s'absorber silencieusement dans la lecture. Ne pas penser qu'il va s'y plonger immédiatement, comme par miracle, y nager sans bouée et y prendre du plaisir.

Utiliser tous les moyens pour l'y amener. Lui dire que ce n'est pas grave de ne lire que qu'une page ou deux, d'abandonner et de reprendre plus tard. L'y accoutumer, doucement, comme on prend le temps d'apprivoiser le bonheur. Par la lecture à voix haute et les lectures publiques, par les spectacles, par les jeux et par les livres audio. Par les tablettes et les Smartphones, comme le fait La Machine à Lire, le projet d'Alain Bentolila que nous testons depuis le début de 2014 dans les écoles havraises.   (pp. 116-117)

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Le savoir est une arme, la bibliothèque est un arsenal !
 
La révérence qu'il faudrait porter au livre, à la lecture et aux bibliothèques et à l'éducation ne doit pas faire oublier qu'il ne s'agit là que d'instruments. Et qu'un instrument n'est jamais que ce que veut en faire celui qui s'en sert.   (p. 125)

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On n'écrit pas forcément pour être un écrivain.

D'autant qu'en France, s'affirmer écrivain est une affaire sérieuse. C'est immédiatement prendre le risque d'être submergé par la Littérature avec un L gigantesque, d'être écrasé par les figures de notre génie national. Être écrivain en France, ce n'est pas sortir un bouquin, c'est créer une œuvre.  Comme l'Intellectuel, l'Écrivain est un personnage de notre imaginaire.  (p. 162)

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Et La Taupe de John le Carré, qui est le premier tome d'une trilogie qui relève à mon sens autant de la littérature d'espionnage, que de la littérature tout court. Comme si le roman de genre permettait de revenir à l'esprit initial du roman, c'est-à-dire une histoire qui permet de découvrir un milieu, une problématique, une époque.  (p. 182)

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Mais que les choses soient claires : je n'offre jamais mes livres. Les livres que j'ai achetés (ou qu'on m'a offerts), lus, et installés dans ma bibliothèque y sont incessibles, inamovibles et imprêtables. Je suis jaloux de mes livres. De ceux que j'ai aimés, de ceux qui ne m'ont plus que modérément et même de ceux dont je soupçonne que je ne les lirai, ou relirai, jamais. Ils sont là, avec moi, et j'entends bien ne jamais m'en séparer. Le fait d'être assuré de leur présence est profondément rassurant. Qui dit que je n'aurai pas bientôt besoin de cet ouvrage dont je n'ai jusqu'ici parcouru, faute de temps, que la quatrième de couverture ? Qui dit que je n'aurais pas envie, un jour, de reprendre enfin le roman qui, il y a quelques années, m'était tombé des mains.
 
Appelez cela de l'égoïsme ou de la possessivité si vous voulez mais le fait est là : je ne donne pas mes livres. Et je les prête encore moins, même à mes meilleurs amis, pour respecter le vieil adage selon lequel un livre prêté est un livre perdu. Je suis sûr que beaucoup de ceux qui aiment lire me comprendront. Et les bibliothécaires, pour lesquels j'ai du respect et de l'admiration, qui liront ces lignes pourront me maudire. Mais je le maintiens : un livre prêté est un livre perdu.   (pp. 192-193)
 
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Offrir un livre n'est jamais neutre, et peut, entre deux individus être l'instrument d'une transmission immatérielle, parfois indicible mais puissante.  (p. 202)
 
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Les responsables politiques lisent-ils ? Certains oui. Certains énormément. Mais ce n'est sans doute plus la norme. En quarante années, nous avons changé de monde. De Gaulle lisait et écrivait. Churchill a obtenu le Prix Nobel de littérature. Pompidou était lettré. Giscard tentait de nous faire croire qu'il aurait préféré être Maupassant. Mitterrand s'échappait de l'Élysée dès qu'il le pouvait pour hanter les librairies avec le favori du moment. Puis vint Chirac que la littérature ennuyait, qui ne jurait que par l'ethnologie, l'art et la poésie mais qui s'en défendait : Françoise Giroud disait plaisamment de lui qu'il était du genre à cacher un recueil de poésie derrière la couverture de Play Boy. Puis Sarkozy, que tout ennuyait, hors de la politique; au moins découvrit-il la littérature sur le tard, faisant savoir avec une une fierté enfantine et presque émouvante qu'il avait découvert Guerre et Paix. Je crois même l'avoir entendu dire qu'il en avait en avait lu 70%. Et arriva enfin Hollande, qui lui ne lisait plus rien et ne s'en cachait pas.  (p. 213) 

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Que serait une vie sans la lecture, sans cette sédimentation imparfaite et aléatoire d'expériences, de connaissances et de sensations qui s'additionnent et s'assemblent de façon unique pour s'y ajouter et pour l'embellir ? Lire, c'est accéder à des expériences inconcevables - et bien souvent non souhaitables ! - et éprouver des sentiments extrêmes mais qui font partie de l'expérience totale de l'humanité  (p. 214)

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