lundi 15 janvier 2018

Un homme trop facile - Eric-Emmanuel Schmitt


Un homme trop facile
 
Eric-Emmanuel Schmitt


Bonjour à toutes et à tous,
 
Aujourd'hui, c'est un livre un peu particulier que je vous présente, étant donné qu'il s'agit d'une pièce de théâtre, genre que, bien qu'en étant un très grand amateur, je ne vous ai presque jamais présenté.

Mon dévolu s'est porté sur la pièce Un homme trop facile d'Eric-Emmanuel Schmitt.

A. Caractéristiques du livre


Titre =  Un homme trop facile
Auteur = Eric-Emmanuel Schmitt
Edition - Collection = Albin Michel
Date de première parution =  2013
 
Note pour le livre = 14 / 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième de couverture
Comédien adoré du public, Alex, homme aimable et tolérant, s'apprête à entrer en scène pour la première du Misanthrope lorsque Alceste, le vrai, l'homme aux rubans verts de Molière, lui apparaît dans le miroir de sa loge. La stupeur passée, la conversation s'engage mal entre celui qui voudrait changer le monde et celui qui l'accepte tel qu'il est. Qui triomphera, de l'idéaliste en colère qui s'indigne de la vie ou du libertin indulgent qui en rit ? Et lequel des deux gagnera les faveurs de l'insaisissable Célimène ?
 

C. Mon avis sur le livre
En voici une pièce qui en déroutera plus d'un...Au delà des considérations sur l'œuvre de Molière et sur le métier de comédien en général, lancées par l'interprète du Misanthrope et le vrai Misanthrope (qui parle tout en vers), s'intercalent diverses petites intrigues (une fille qui se dispute avec son acteur de père, la couturière folle amoureuse, le nouvel auteur à peine sorti de l'œuf mais déjà pédant et insupportable...) se mêlent à cette pièce qui fait réfléchir de la première à la dernière réplique...répliques qui, par moments, ne manquent pas non plus de mordant. De plus, comme dans tous ses livres, Eric-Emmanuel Schmitt ne peut s'empêcher d'insérer des réflexions philosophiques sur le genre humain et le monde qui nous entoure, ce qui est cependant toujours plus appréciable. Autre point extrêmement positif : la fin qui surprendra tout le monde...

En bref, Eric-Emmanuel Schmitt reprend un leitmotiv qu'il a avait déjà pris dans une précédente pièce (intitulée Le Visiteur, dans lequel il confrontait Freud à Dieu) pour une nouvelle pièce certes déroutante, mais bien écrite et philosophiquement riche...
 
D. Quelques bons passages du livre
 
Léda (Célimène) : Plaire est mon gagne-pain. Tout le monde n'a pas la chance d'avoir un physique ingrat.(p. 9)

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Doris (la couturière) : C'est mon premier Misanthrope, monsieur, et je ne voudrais pas le rater parce que moi, en tant qu'habilleuse, j'ai le goût des classiques : y a du pompon, du pourpoint, de la dentelle, de la perruque et du ruban, je me sens utile. On a beau dire, le répertoire, ça reste plus exigeant que le contemporain. Quant au théâtre expérimental, avec ces acteurs qui se tortillent nus, ça tue le métier !  (p. 14)
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Alex (Alceste) : Ayez l'air naturel sur un texte pareil ! Comme si un cochon pouvait paraître décontracté au-dessus des braises avec une broche dans le cul...  (p. 23)

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Doris : Vous vous doutez bien que je n'aime pads me regarder dans une glace.
Alex : Non. Pourquoi ? 
Doris : Je préfère échapper aux mauvaises nouvelles. 
[..]
Doris : Les miroirs et moi, nous sommes fâchés. C'est utile, la lucidité, mais de là à s'en infliger une indigestion...  (pp. 28-29)
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Alex : Ce sont des êtres fuyants, mystérieux, insaisissables comme vous, qui forcent les mâles à réfléchir, à développer leur intellect. Les complications des femmes ont spiritualisé nos envies sexuelles et créé une sorte d'hybride que l'on appelle l'amour. Sans votre coquetterie, nous resterions des bêtes. La garce est l'avenir de l'homme. 
[..] 
Une garce, c'est un dieu capricieux  qui se voile autant qu'il se révèle, une vérité entrevue, une promesse qui vacille.  (pp. 46-47)

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Léda : Une promesse, c'est comme un plat gratiné, chaud et savoureux à la minute où ça sort du four, froid et insipide une heure après. Annoncer qu'on embrassera, c'est aussi sot que jurer que demain on éprouvera de la fièvre.  (p. 66)
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Odon Fritz (le nouvel auteur) : Suspect, le succès : ça flatte les préjugés, ça brasse les clichés, ça ne remet rien en question, ça exploite la médiocrité commune sans la corriger d'un iota. Le succès, c'est le deuil de l'invention, la trahison  de l'exigence, la négation de l'idéal. Quand ils viennent vous voir, les gens abdiquent toute ambition, ils ne possèdent pas la moindre notion de ce qu'est l'art, ils veulent juste passer un moment agréable avec un homme "sympathique".  (p. 84)

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L'inconnu du miroir (le vrai Alceste) : 

Trop facile, monsieur ! Pour prouver son esprit,
Il n'est pas suffisant de varier ce qu'on dit
Un crétin exhaustif continue à déplaire
En corrigeant le faux d'une opinion contraire. (p. 85)
 
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L'inconnu du miroir (le vrai Alceste) : 
Il fallait sans tarder rabattre sa superbe,
Fouetter ce maraud d'une semonce acerbe,
Le corriger, morbleu, lui dégonfler le front,
À plus de modestie ramener ses façons !
Si le blâme déplaît, sa justesse soulage
Car qui se voit peu sot le devient davantage. 

Alex :
Oh non, pourquoi gâcher la joie de cet abruti ? Il s'aime, il s'admire. Laissons-le être ridicule en paix.  (p. 102)
 
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L'inconnu du miroir (le vrai Alceste) : Rire, c'est renoncer à la grandeur de l'homme. 

Alex :
Rire, c'est accepter que l'homme soit un homme.
En nous on trouvera le pire et le meilleur.
Du mauvais vous jouez l'exhaustif aboyeur.
Sans répit et sans fin, nous cassant les oreilles;
Je préfère celui qui souvent s'émerveille,
Sourit, plaisante, jouit, à celui qui rugit.   (p. 103)
 
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Alex : Tes amis, malheureuse ! Des mollusques écervelés qui te collent au cul à cause du misérable milligramme de testostérone qui agite leur grand corps mou !    (p. 118)



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Léda : Moi qui n'avais interprété que du boulevard, je m'étonne : les pièces classiques, elles intimident lorsqu'on le lit, elles s'approfondissent quand on les répète, mais elles deviennent évidentes sitôt qu'on les joue. Je me sens moins fatiguée qu'à l'ordinaire.  (p. 143)

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Alex : Je vous portais en moi, monsieur le Misanthrope comme l'un de mes possibles ; vous êtes le possible que je n'ai pas choisi. Comme vous, je connais la colère mais , au contraire de vous, je la repousse tant elle me semble infantile. Comme vous, je ressens de l'indignation mais j'ai banni la posture suspecte de l'indigné car je n'ai rencontré que des indignés contre les autres, jamais un indigné contre lui-même. Comme vous, j'ai des poussées de pessimisme mais j'ai décidé de préférer l'optimisme d'espérer en l'avenir plutôt que de le craindre, de cultiver la joie au lieu de la tristesse, de me réjouir de ce que j'ai, non de m'affliger de ce qui me manque. Comme tout humain, je suis plein d'autres caractères que le mien, gros des individus que j'aurais pu être si j'avais fait d'autres rencontres, élu d'autres valeurs, traversé une autre histoire. Vous êtes là, Alceste, en moi, auprès de Créon, d'Hamlet, du Cid, de Don Juan, de Figaro ou de l'Avare, un dans une multitude.  (p. 150)

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Alex : L'âme est une boîte de peintre, monsieur, qui possède toutes les couleurs, renferme l'arc-en-ciel, contient d'infinies nuances; chacun de nous, au gré des circonstances, va en élire certaines, définir sa gamme, créer son chromatisme.   (pp. 151-152)

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L'inconnu du miroir :
Blanc, noir, tantôt le chaud, tantôt le froid, foutaise !
À minuit et un quart, madame a son malaise
À minuit et deux quarts, madame s'offre au bouc !

Alex :
Souvent femme varie !

L'inconnu du miroir :
Bien con est qui s'y fie.   (p. 172)

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Alex : Perfectibles, peut-être, parfaits sûrement pas. Tolérez l'imperfection, acceptez la déception, supportez l'à-peu-près, habituez-vous à la frustration, sinon au lieu de prospérer parmi eux, vous continuerez à fuir les humains dans le désert. Votre obsession correctrice vous porte à la violence, Alceste, à la terreur. arrêtez de réformer le genre humain, cessez de ne voir en chacun que ce qui lui manque, prisez-le tel qu'il est.  (p. 184)

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