mercredi 24 janvier 2018

Prête-moi ta vie pour t'écrire là-haut - Françoise Dorin


Prête-moi ta vie pour t'écrire là-haut
 
Françoise Dorin 


Bonjour à toutes et à tous,
 
Aujourd'hui, je vous présente un livre écrit avec une incommensurable tendresse par la désormais regrettée Françoise Dorin, au titre tout aussi tendre... Prête-moi ta vie pour t'écrire là-haut qui, dans un mélange entre dialogues et récit, fait un résumé de la vie du père de l'auteure, le chansonnier René Dorin, de sa prime jeunesse à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, mêlant les souvenirs du père et les souvenirs d'enfance de la fille...


A. Caractéristiques du livre


Titre =  Prête-moi ta vie pour t'écrire là-haut
Auteur = Françoise Dorin
Edition - Collection = Flammarion
Date de première parution =  2011
 
Note pour le livre = 16 / 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième de couverture
"Si je n'avais pas été la fille de mon père, j'aurais sûrement écrit un roman sur sa vie...Sur son enfance plus que modeste de petit villageois charentais, se voyant déjà en haut de l'affiche comme violoniste virtuose. Sur son obligation de concilier musique et notariat. Sur son engagement dans l'armée pour pouvoir monter à Paris...avec vue sur le Conservatoire. Sur son rêve brisé par la guerre de 1914 et son violon remplacé par un brancard ! Sur ses années de galère, après l'armistice et avant,  pour lui, une réussite inattendue à la fois comme chansonnier-revuiste et comme mari d'une ravissante normande. Oui, vraiment, la vie de mon père avait tout pour devenir un roman. Alors, finalement, je n'ai racontée sous son regard, dans une tendre et joyeuse complicité."
 

C. Mon avis sur le livre
Comme je l'ai dit dans l'introduction, la première qualité de ce très bon livre est la tendresse qui suinte de l'écriture de Françoise Dorin...On ressent clairement l'amour que le père et la fille se portaient mutuellement au travail des diverses anecdotes contées par Mme Dorin.

De plus, la forme alternée entre les dialogues et le récit de Françoise Dorin rend la lecture d'autant plus fluide et rapide qu'on en vient à regretter quand le livre est fini...d'autant plus que la fin du récit se situant en 1945, j'aurais adoré avoir les détails de la vie de René Dorin (qui, en plus, était chansonnier, un métier que j'admire), jusqu'à sa mort qui a eu lieu en 1969.
 
Enfin, une dernière chose que j'ai adoré dans le livre, c'est l'esprit toujours alerte de Françoise Dorin (qui va beaucoup manquer au monde littéraire et dramatique) avec lequel elle compare sa génération et la jeunesse actuelle au travers de piques parfois tendres mais souvent acerbes.
 
En résumé, un très beau livre que je recommande à tous ceux qui s'intéressent à l'auteure Françoise Dorin. Le résumé de ce livre peut se faire en quelques adjectifs : débordant de tendresse, drôle et critique...
 
D. Quelques bons passages du livre
 
Ses parents furent à la fois éblouis et ennuyés. Éblouis parce qu'un enfant artiste, ça ne court pas les rues et encore moins les ruelles d'un village. Ennuyés parce que l'achat d'un violon, plus les cours du professeur dépassait largement les moyens du Père Noël. Mais ça ne dépassa pas les moyens de la tendresse du père Dorin.  (p. 19)

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- (Parlant d'une phrase en latin) Mais toi, avec ton certificat d'études, comment tu la connais
- Voyons... "Là-Haut"...on parle toutes les langues...à tous les âges. (p. 46)
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Or, il appartenait à la race peu répandue des ambitieux lucides, ceux qui préfèrent être les premiers dans leur village que les seconds à Rome.   (p. 47)

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C'est ainsi que mon père se partageait entre ses chansons, qui déclenchaient les rires des soldats debout, et ses brancards avec lesquels il ramassait les soldats couchés par terre...en pensant automatiquement qu'il pourrait être un jour ou l'autre à leur place.  (p. 71)
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Le mensonge et le faux-semblant capitulent volontiers devant la mort qui rôde.   (p. 77)

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Le commandant chargé de faire exécuter ces ordres, au cas où nous serions blessés à la tête, a demandé au général s'il ne conviendrait pas d'envisager aussi les blessures à la fesse et, dans ce cas, de couper aux soldats les poils concentrés à cet endroit !  (p. 91)
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Voilà qui conforte un lieu commun : chaque progrès a ses avantages et ses inconvénients. N'empêche que si le portable avait existé en 1917, en voyant s'inscrire sur l'écran du mien : "j t'm. G.a.t.2. T'kisse", ça m'aurait sûrement moins bouleversé que la lettre envoyée par ta mère après nos retrouvailles, lettre, entre parenthèses, exempte de toute faute d'orthographe...alors qu'elle n'avait comme moi que le certificat d'études...et que les hyper-diplômés d'aujourd'hui en font treize à la douzaine.   (p. 96)

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Je serais vraiment ingrat de regretter une carrière qui m'a offert tellement de satisfactions et de joies, et je pense que j'ai pris plus de plaisir dans ma vie à entendre jouer du violon par de grands virtuoses qu'à en jouer moi-même...en honnête exécutant.  (p. 101)
 
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Ses copains comme lui-même avaient fini par se résigner à cette possibilité permanente de disparaître. Mais soudain, devant la perspective d'une fin prochaine des combats, ils ne s'y résignaient plus. Tous voulaient vivre. Revivre. Sans peur au ventre. Sans mettre un point d'interrogation après le mot "demain".   (p.  106)
 
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J'ai toujours  douté de l'utilité des cours; toujours pensé  que le don était "la surprise du chef", son cadeau; toujours estimé  que seule l'expérience représentait un test valable pour s'en rendre compte; que si c'était "en forgeant qu'on devient forgeron", "c'est en écrivant qu'on devient écriveron", comme le disait Boris Vian.   (p. 150)
 
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Honnêtement, artiste ou pas artiste, je crois que personne n'est insensible à une critique. D'où qu'elle vienne : d'un professionnel ou d'un inconnu. Et dans n'importe quelle profession : quand tu l'exerces avec honnêteté, goût ou passion, tu supportes mal qu'on n'apprécie pas ton travail.  (p. 161)
 
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- En vérité, je pense qu'il n'y a que deux antiseptiques vraiment efficaces contre les critiques.
- Lesquels ?
- L'argent et...
- L'âge.   (p. 161)

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Sur cette bonne parole (bonne...façon de parler !), mon père s'est éloigné, sachant forcément que j'allais aborder le premier tournant de sa vie artistique, celui qui débouche sur toutes les joies de la réussite. Il est parti par modestie. À 90%, la vraie : celle qui est gênée par les compliments, voire l'admiration suscitée par le succès.. Succès que l'on juge immérité ou pour le moins excessif. La fausse modestie à 10% : celle qui se régale des éloges prononcés  par des inconnus et qui n'explose que devant la poignée d'intimes censés partager le bonheur de l'élu de la chance.    (p. 162)

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Ma fille m'a convaincue que chaque nouvelle génération a ses goûts propres et renie ceux de la génération précédente. Donc, si tu ne veux pas être classé dans "les vioques", les "has-been", les "croulants", tu as intérêt à ne pas nostalgiquer sur le passé !  (p. 181)

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- En réalité, l'un des rares moyens susceptibles de combattre le temps ou du moins de le rendre plus inoffensif, serait de casser les glaces, les miroirs et toute surface vitrée capable de vous renvoyer votre image !
- Pour aller au bout de ton idée, il faudrait aussi rendre tous les gens malvoyants, afin que les regards qu'ils posent sur toi ne te renseignent pas sur l'état de ton vieillissement !  (p. 182)

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Par chance, le plaisir de mes parents était de ne pas se ruiner. De ne pas devenir les esclaves des libertés que l'argent vous octroie. De ne pas avoir un train de vie qui ne s'arrête jamais, qui ne ralentit même pas pour regarder de loin la station "Avenir".  (p. 225)

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La bonne Auberge du Cheval Blanc a été une manne pour nous, tellement imprévue qu'elle a donné naissance à une espèce de rituel familial  : dès que ma mère, mon frère et moi entendions à la radio une des chansons de cette opérette, il y avait toujours un de nous trois pour dire avec le sourire : "Ah ! Papa touche des droits !"  (p. 238)

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Tu es volontiers, dans la vie courante, un arrangeur de vérité, un "enjoliveur" : "Quelqu'un qui... (selon Marcel Pagnol, connaisseur en la matière) met à la vérité ses habits du dimanche."  (p. 277)

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Notez que les grossièretés, c'est comme tout : plus on s'en sert, plus ça s'use ! Alors...il n'y a qu'à attendre...morbleu !  (p. 302)

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