mercredi 3 janvier 2018

Mon père, ma mère et Sheila - Eric Romand


Mon père, ma mère et Sheila
 
Eric Romand



Bonjour à toutes et à tous,
 
Première chose : Bonne et heureuse année 2018 à tous les lecteurs et à toutes les lectrices de ce blog.

Mais reprenons le travail, avec le premier roman de l'année qui est un très court roman de la dernière rentrée littéraire : Mon père, ma mère et Sheila qui raconte les souvenirs d'enfance, dans les années 1970, de l'auteur.


A. Caractéristiques du livre


Titre =  Mon père, ma mère et Sheila
Auteur = Eric Romand
Edition - Collection = Stock
Date de première parution =  2017
 
Note pour le livre = 14 / 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième de couverture
"Ce livre est l'album d'une famille, la mienne, issue d'un milieu populaire dans les années 70-80. Mon père, pas très grand, compensait les centimètres qui lui manquaient en sautant sur tout ce qui bouge et en customisant la calandre de sa Renault 12 avec des phares longue portée. Ma mère occupait sa solitude à briquer l'appartement en guettant par la fenêtre.

Moi qui dessinais des robes et coiffais les poupées de ma sœur, j'ajoutais au malaise en provoquant la fureur de l'un et la désolation de l'autre. Leurs regards braqués sur moi, je constatais, pétrifié de honte, que dans ces moments qui me valaient le surnom de Riquette, mes parents étaient unis. Heureusement, j'avais mon mange-disque et les émissions de Guy Lux. Je rêvais d'être Sheila, je rêvais d'être né ailleurs."

C. Mon avis sur le livre
Eric Romand nous livre avec ce premier livre une chronique de famille au vitriol, relativement bien écrite et agréable à lire, notamment grâce à sa mise en page aérée.

Cette chronique au vitriol, avec une légère pointe d'ironie drolatique, est vraiment typique de la famille que nul n'aimerait avoir, notamment avec le père violent. Cependant, les quelques évocations nostalgiques de vieilles émissions où Sheila apparaissait donneront certainement envie à des jeunes comme moi, qui n'ont pas connu ces émissions, d'en savoir un petit peu plus et donneront aux plus anciens le plaisir de se remémorer ces émissions de variétés.

Un court roman agréable à lire (à l'exception des quelques passages (rares cependant) sexuellement explicites)) emprunt d'une jolie nostalgie.
 
D. Quelques bons passages du livre
 
Mon grand-père ne voulait pas de ce mariage. Il avait déjà éloigné le premier flirt de ma mère en le pistant et en lui flanquant sans mot dire une bonne correction, afin de le dissuader à jamais de s'approcher d'elle. Il usait du même procédé avec les chiens qui entraient dans la cour de sa maison lorsque Belle, sa chienne, était en chaleur.  (p. 14)

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Fâché que l'aîné de ses petits-enfants ait un zizi, il n'est pas venu voir ma bobine à la clinique.  (p. 17)
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Leurs avis s'harmonisaient concernant le classique et l'opéra regroupés sous le terme de grande musique : tous trouvaient ça chiant.  (p. 19)

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Mon père m'appelait Riquette, en singeant mes attitudes, le petit doigt en l'air. Chacune de ses imitations me paralysait de honte et m'obligeait à me maîtrise jusqu'à ce que ni mouvement de tête, ni geste de la main ne lui fournissent l'occasion de m'affubler de ce surnom.  (p. 27)
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Désormais autorisé à me coucher plus tard, je découvrais, le dimanche soir, les émissions de Guy Lux. L'animateur présentait tous ses invités avec la même ferveur, mais celle qui allait devenir mon idole avait droit à un traitement particulier. Après un préambule qui provoquait aussitôt les clameurs du public, Guy Lux l'annonçait en une exclamation dont Sophie Darel se faisait l'écho. "SHEILAAA !"   (p. 36)

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Les déjeuners de la semaine se déroulaient devant Midi Première, émission de variétés présentée par Danièle Gilbert et souvent diffusée en direct de villes de province. Les artistes venaient y chanter leur dernier quarante-cinq tours en play-back. On les voyait arpenter les rues en manteau de fourrure, bousculés par les spectateurs dans une ambiance de foire. On devinait à l'image tout à coup trremblante le trébuchement d'un caméraman, à la bande son qui tardait à démarrer un câble malmené par la foule. Les artistes réagissaient plus ou moins bien à l'emballement inopiné du magnéto ou au bisou volé d'un fan agglutiné derrière la barrière de sécurité. Sheila, elle, continuait, en toutes circonstances, à chanter, tout sourires.   (pp 51-52)

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Le soir, c'est devant l'émission Les Jeux de 20 heures, instructive selon ma mère, que nous dînions. Aucun d'entre nous, ne participait aux épreuves de culture ni de vocabulaire, encore moins à la recherche de la phrase alambiquée de Maître Capello. Tous craignions de dire une bêtise. Nous regardions donc en silence les jeux de l'adjectif, du dico, et autre ping-pong verbal. Au ni oui ni non, lorsqu'un candidat prononçait un des mots interdits, mes parents s'exclamaient : "Quel con !".  (p. 53)

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Ma grand-mère détestait les cheveux transpirants de Johnny Hallyday. En revanche, elle aimait beaucoup la coiffure - longue mais bien peignée - de Michel Drucker qu'elle me conseillait de prendre pour modèle.  (p. 60)

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J'étais presque un homme et j'aimais bien parler chiffons. J'avais le cul entre deux chaises. (p. 63)
 
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Je pensais que Sheila, qui s'exprimait désormais dans la langue des Kool and The Gang, remporterait l'adhésion de mes copains et copines de collège. J'ai subrepticement tenté de placer Love me Baby dans une boum du samedi après-midi. Tous ont jugé ça nul. J'ai dit que le disque était à ma sœur.   (p. 71)

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C'est au Pénitencier que j'ai entendu dire que Sheila était une chanteuse à pédé. J'ai dissimulé tous ses disques dans mon armoire et acheté un trente-trois tours de Supertramp que j'ai exposé derrière la porte vitrée du meuble hi-fi.   (p. 85)

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Curieusement, ma mère me rappelait parfois que j'avais un père. Lui et moi n'étions ni fâchés ni en conflit : je n'y pensais pas, c'est tout.  (p. 85)

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"T'es de plus en plus blonde, chérie ! On dirait la Vartan !"
"Ma pauvre fille, tu fais du gras, c'est la ménopause !"
"Tu fais une gueule aujourd'hui ! T'as tes règles ou quoi ?"

La plupart de mes collègues coiffeurs se parlaient au féminin. Les voir débouler dans le réfectoire du salon, hyperinvestis dans leur imitation de Jeanne Mas ou Mylène Farmer, amusait beaucoup le clan hétéro de l'équipe. Mon autorité de manager justifiait que je coupe court :
"Trop de monde ici ! Il faut quelqu'un dans le salon pour accueillir les clientes !" J'ai appris plus tard qu'ils me surnommaient la Pointue.    (p. 93)

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