jeudi 11 janvier 2018

L'ami retrouvé - Fred Ulhman


L'ami retrouvé
 
Fred Uhlman



Bonjour à toutes et à tous,
 
Pour ma seconde lecture de l'année, un très court roman, mais très intense sur l'amitié, en Allemagne, dans les années 30, entre un jeune homme juif et un autre jeune homme qui pourrait se trouver de l'autre côté...

Je vous présente donc L'ami retrouvé de Fred Uhlman

A. Caractéristiques du livre


Titre =  L'ami retrouvé
Auteur = Fred Uhlman   (traduit de l'anglais par Léo Lack)
Edition - Collection = Folio   (Gallimard pour la première édition)
Date de première parution =  1978
 
Note pour le livre = 16 / 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième de couverture
Âgé de seize ans, Hans Schwarz, fils unique d'un médecin juif, fréquente le lycée le plus renommé de Stuttgart. Il est encore seul et sans ami véritable lorsque l'arrivée dans sa classe d'un garçon d'une famille protestante d'illustre ascendance lui permet de réaliser son exigeant idéal de l'amitié, tel que le lui fait concevoir l'exaltation romantique qui est souvent le propre de l'adolescence...
 

C. Mon avis sur le livre
Une histoire d'amitié singulière entre un jeune homme juif et un autre jeune homme mystérieux (qui s'avèrera plus tard descendant de partisans du nazisme) extrêmement bien écrite, avec par endroits des phrases "philosophiques" vraiment percutantes, mais à laquelle on pourrait reprocher son (trop) court format.

Ce roman est extrêmement agréable à lire jusqu'à son dénouement en même temps surprenant et peu étonnant si l'on y réfléchit bien...
 
D. Quelques bons passages du livre
 
Il entra dans ma vie en février 1932 pour n'en jamais sortir. Plus d'un quart de siècle a passé depuis lors, plus de neuf mille journées fastidieuses et décousues, que le sentiment de l'effort ou du travail sans espérance contribuait à rendre vides, des années et des jours, nombre d'entre eux aussi morts que les feuilles desséchées d'un arbre mort. (p. 13)

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J'entends encore la voix lasse et désillusionnée de Herr Zimmermann qui, condamné à enseigner toute sa vie, avait accepté son sort avec une triste résignation. Il avait le teint jaune et ses cheveux, sa moustache et sa barbe en pointe étaient teintés de gris. Il regardait le monde à travers un pince-nez posé sur le bout de son nez avec l'expression d'un chien bâtard en quête de nourriture.  (p. 14)
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Je ne puis me rappeler exactement le jour où je décidai qu'il fallait que Conrad devînt mon ami, mais je ne doutais pas qu'il le deviendrait. Jusqu'à son arrivée, j'avais été sans ami. Il n'y avait pas, dans ma classe, un seul garçon qui répondît à mon romanesque idéal de l'amitié, pas un seul que j'admirais réellement, pour qui j'aurais volontiers donné ma vie et qui eût compris mon exigence d'une confiance, d'une abnégation et d'un loyalisme absolus. Tous m'apparaissaient comme des Souabes bien portants et dépourvus d'imagination, plus ou moins lourds et assez insignifiants, et les membres du Caviar eux-mêmes n'y faisaient pas exception.   (p. 27)

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Entre seize et dix-huit ans, les jeunes gens allient parfois une naïve innocence et une radieuse pureté de corps et d'esprit à un besoin passionné d'abnégation absolue et désintéressée. (p. 28)
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En ce temps-là - peut-être est-ce aujourd'hui différent - nos professeurs, au Karl Alexander Gymnasium, tenaient le sport pour un luxe. Courir après un ballon pour le botter, comme cela se faisait en Amérique et en Angleterre, leur apparaissait comme une terrible perte d'un temps précieux, qui eût pu être employé avec plus de profit à acquérir un peu de savoir. Deux heures par semaine pour fortifier son corps était considéré comme plus que suffisant.  (p. 33)

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Ainsi se passaient les jours et les mois sans que rien ne troublât notre amitié. Hors de notre cercle magique venaient des rumeurs de perturbations politiques, mais le foyer d'agitation en était éloigné : il se trouvait à Berlin, où, signalait-on, des conflits éclataient entre nazis et communistes. Stuttgart semblait aussi calme et raisonnable que jamais. De temps à autre, il est vrai , se produisaient des incidents mineurs. Des croix gammées faisaient leur apparition sur les murs, un citoyen juif était molesté, quelques communistes étaient rossés, mais, en général, la vie continuait comme à l'ordinaire.  (p. 45)
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La politique était l'affaire des adultes et nous avions nos propres problèmes à résoudre. Et celui que nous trouvions le plus urgent était d'apprendre à faire de la vie le meilleur usage possible, indépendamment de découvrir le but de la vie, si tant est qu'elle en eût un, et quelle serait la condition humaine dans cet effrayent et incommensurable cosmos. C'était là des questions d'une réelle et éternelle importance, beaucoup plus essentielles pour nous que l'existence de personnages aussi éphémères et ridicules que Hitler et Mussolini.  (p. 46)

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Il me semblait qu'il n'y eût que cette alternative : ou bien aucun Dieu n'existait ou bien il existait une déité, monstrueuse, si elle était toute-puissante et vaine si elle ne l'était point. Une fois pour toutes, je rejetai toute croyance en un être supérieur et bienveillant.  (p. 50)
 
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Il dit un tas de choses à propos du mal et allégua qu'il était nécessaire si nous voulions apprécier le bien, tout comme il n'y avait pas de beauté sans laideur, mais il ne réussit pas à me convaincre et nos discussions n'aboutirent qu'à une impasse.  (p. 52)

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Tout ce que je savais, c'est que c'était là ma patrie, mon foyer, sans commencement ni fin, et qu'être juif n'avait fondamentalement pas plus d'importance qu'être né avec des cheveux bruns et non avec des cheveux roux. Nous étions Souabes avant tout chose, puis Allemands, et puis Juifs. Quel autre sentiment pouvait être le mien, ou celui de mon père, ou celui du grand-père de mon père ?  (p. 64)

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Je me rappelle encore une violente discussion entre mon père et un sioniste venu faire une collecte pour Israël. Mon père détestait le sionisme. L'idée même lui paraissait insensée. Réclamer la Palestine après deux mille ans n'avait pas pour lui plus de sens que si les italiens revendiquaient l'Allemagne parce qu'elle avait été jadis occupée par les Romains. Cela ne pouvait mener qu'à d'incessantes effusions de sang car les Juifs auraient à lutter contre tout le monde arabe. Et, de toute façon, qu'avait-il, lui, citoyen de Stuttgart, à avoir avec Jérusalem ?  (p. 65)

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Pour lui, le nazisme n'était qu'une maladie de peau sur un corps sain et le seul remède était de faire au patient quelques injections, de le garder au calme et de laisser la nature suivre son cours.   (p. 68)

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Ma mère était trop occupée pour se tracasser à propos des nazis, des communistes et autres déplaisants personnages, et si mon père ne doutait pas d'être allemand, ma mère, si possible, en doutait moins encore. Il ne lui venait simplement pas à l'esprit qu'un être humain ayant toute sa raison pût lui contester son droit de vivre et de mourir dans ce pays.  (p. 70)

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La tempête, qui avait commencé à souffler de l'est, atteignit la Souabe. Sa violence s'accrut jusqu'à la force d'une tornade et ne s'apaisa que quelque douze années plus tard lorsque Stuttgart fut aux trois quarts détruit, Ulm, la ville médiévale, un amas de décombres et Heilbronn une ruine où douze mille personnes avaient péri.   (p. 99)

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Le long et cruel processus du déracinement avait déjà commencé. Déjà les lumières qui m'avaient guidé allaient s'affaiblissant.  (p. 108)

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