mardi 5 décembre 2017

Mon père est femme de ménage - Saphia Azzeddine


Mon père est femme de ménage
 
Saphia Azzedine



Bonjour à toutes et à tous,
 
Aujourd'hui, je vous présente un livre extrêmement piquant sur une réalité ô combien tragique : la honte ressentie par un fils vis-à-vis de son père et la recherche par ce fameux fils de son identité. Pour cela, il va essayer de maîtriser les mots, que sa famille ne maîtrise pas.

Je vous présente donc le livre Mon père est femme de ménage de Saphia Azzeddine.


A. Caractéristiques du livre

Titre =  Mon père est femme de ménage
Auteur = Saphia Azzeddine
Edition - Collection = Editions Léo Scheer
Date de première parution =  2009
 
Note pour le livre = 17 / 20

 
B. Description de l'œuvre sur la page Babelio
Je l'aime mon père, mais j'’ai du mal à l'admirer. Souvent, quand je le regarde, il est à quatre pattes, alors forcément, ça manque un peu de hauteur tout ça… ».

Paul, dit Polo, a 13 ans quand commence sa chronique d'une vie impossible, au milieu d'une famille infernale, où seul l'amour d'un père apporte un peu de lumière. Mais aimer quand on ne peut pas respecter est une douleur de plus. Seulement, ce jeune garçon drôle, lucide, que rien n'abat, a découvert une arme : les mots, et il sait désormais qu'’on peut s'arracher à la fatalité.

C. Mon avis sur le livre
Ce livre est un véritable délice !

Ce roman est un vrai parcours initiatique d'une jeune personne qui a honte de son père qui n'est "qu'une femme de ménage" et qui souhaite s'extraire d'une condition à laquelle il semble promis de par son hérédité, mais dont il ne veut pas. Pour cela, il se plonge dans les mots, ceux que son entourage ne maîtrise pas. Il va également se construire une identité qui lui est propre au fil de ses rencontres avec ses voisins ou avec les employeurs de son père.

Cette initiation aux plaisirs, mais aussi aux affres de la vie est écrite par Saphia Azzeddine dans un style piquant, teinté d'ironie, qui fait tout le sel du roman. Cependant, certaines scènes, que je qualifierai d'un peu scabreuses peuvent parfois freiner le plaisir de la lecture.

Cependant, l'ensemble demeure très agréable à lire et surtout très drôle. Un roman que je recommande vraiment à tout le monde et qui me donne envie de lire d'autres livres de cette auteure.



D. Quelques bons passages du livre

Comme je n'aimais pas trop le mot ménage, j'ai cherché des synonymes, moins...comment dire ? moins durs, moins détergents. avec un mot pareil, la poussière, ça devient ton amie. (p. 10)

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Entre les livres de poche et les livres reliés, les couvertures illustrées et les plus sobres, il y avait des milliards de mots. Certains avaient échoué, d'autres avaient bouleversé. Moi, j'avais envie de les essayer. Tous ces livres alignés les uns à côté des autres, militaires, verticaux, droits, me fixaient et me défiaient à chacun de mes passages, comme s'ils savaient qu'un mec comme moi ne se permettrait jamais de les déranger.  (p. 10)
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Je trimballe le chariot de produits jusque dans les toilettes hommes et il me vient une drôle de pensée en voyant ce qui m'attend. Je me dis qu'un homme a beau employer des mots dédaigneux, arrogants, supérieurs et transcendants, il ne sait toujours pas viser dans le trou.  (p. 12)

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Moi, je savais que si elle était élue, elle finirait par sucer tous les footballeurs de seconde zone car, à l'image de sa région, encore elle, ma sœur a le goût des bonnes choses...  (p. 19)
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Il se trouve cynique. Et pour lui, le cynisme, c'est pour les riches, l'élite, ceux qui peuvent se permettre de faire une blague sur un enfant leucémique, si le mot en vaut vraiment le coup évidemment. Car le bon mot est au-dessus de tout et l'insolence est reine. Il oublie juste qu'il n'est qu'un valet.  (p. 29)

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Je crois en fait  que j'aurais aimé être un riche adolescent américain  qui va à l'école le matin avec une raie sur le côté et qui rentre le soir sans raie à cause du tournoi de base-ball  qu'il a remporté évidemment. [...] On les copie tout le temps  mais ça ne donne pas pareil. Il nous manque ce gène roublard de ceux qui ne s'embarrassent de rien et qui s'accommodent de tout.   (p. 39)
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De toute façon, les gros bolides, c'est bien connu, c'est pour les cons. Le bruit du moteur sert à camoufler le courant d'air qu'ils ont dans la tête. Les mecs, je veux dire.  (p. 41)

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Ma sœur n'était pas la plus moche de la Fête de la mirabelle. Ni la plus bête. Elles se valaient toutes, ces miss sur le podium souriant sincèrement à un avenir plus lumineux, débordantes d'enthousiasme à l'idée de changer le monde. Grâce à la beauté. Celle de l'âme évidemment. Elles scintillaient sous les projecteurs parce qu'elles s'étaient badigeonnées de paillettes. Il paraît que c'est beau. Mais quand on brille trop à l'extérieur, c'est qu'on est mate à l'intérieur. Encore une phrase inventée par un pauvre pour ne pas acheter de bijoux à sa femme. Les pauvres trouvent toujours des formules spirituelles pour justifier leur disgrâce. (p. 44)

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Je voulais être un blaireau mais un blaireau qui part en vacances. (p. 59)

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Mon père avait raison, de toute évidence je faisais la gueule. Et d'ailleurs pourquoi je ne lui dirais pas que je fais la gueule ? À lui précisément. Pourquoi je ne lui dirais pas que je lui en veux d'être un pauvre type qui me fait bosser avec lui au lieu de m'emmener au bord de la mer ? Ou même à la montagne. Changer de département, lire un panneau qui te souhaite la bienvenue, ou qui t'indique un château à visiter, faire de la route bon sang, changer d'air. Cet air étouffant dont je connais les moindres particules, cet air accablant qui me rend méchant.  (p. 61)

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Pour un regard "inapproprié", elle peut te démonter ta face. Filles et garçons confondus. [...] Tamimount, si c'était un pays, ce serait les Etats-Unis : elle se défend toujours en t'offensant en premier, elle te met un coup de tête en prévention et ensuite, l'air de rien, elle relisse sa frange qui cache une cicatrice sur le front parce qu'elle se fait bastonner par son père. En prévention aussi.   (p. 70)

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Moi ça me fascine ces hommes soi-disant mal nés qui parviennent quand même à s'imposer, grâce à leur verve, leur courage et leur singularité. Les femmes aussi y sont sensibles et tombent souvent amoureuses de ces héros, qui par leur seule force morale permettent d'inverser leurs destins. Des destins qui étaient tracés selon un ordre établi injuste et discréditant. (p. 81)

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Un valet a le droit d'aimer une reine. Une reine a le droit d'aimer un valet. Vont-ils le faire pour autant aux yeux de tous ?  (p. 82)

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Certains essayaient d'attirer son attention par des boutades, d'autres feignaient de l'ignorer. Ignorer une belle femme est le plus sûr moyen de la dégommer un jour.  (p. 93)
 
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C'est exactement ce que je déteste chez l'être humain en général et chez mon père en particulier. Cette obscène habitude de toute rapporter au cul, pour faire la blague quoi...Ca va graduellement : plus c'est graveleux, plus ça glousse vicieusement. C'est culturel, on parle de cul pour un oui, pour un non, ça va de pair avec l'arriération mentale de ma populace. Mes oncles, cousins et grands-pères font la même chose le dimanche et moi ça me donne la nausée. (p. 102)

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Je voudrais que Kundera ou Borges s'installent dans chacune de mes phrases, aussi naturellement que "putain de bordel de queue" s'installe dans celles de mon père. Même si je ne comprends rien à Balzac ou Zola et à leurs interminables phrases pour simplement dire qu'il fait jour ou qu'il fait beau, il faut que je les aime. (pp. 102-103)
 
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Non, les mots de la bibliothèque m'arracheront à mon destin de beauf. Même un peu. Il faut que je sois un autre. Pas un zappeur en jogging qui regarde "Turbo".   (p. 104)

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Je suis blanc mais à la base moi non plus je n'avais rien à faire en seconde. Je fais partie des désapprouvés de naissance normalement, ceux qui n'ont aucun avenir mais à qui on cache la vérité un temps grâce à des lois et des discours bien dits par des bien-nés, auxquels on s'accroche désespérément et qu'on lâche un jour, par hasard, à cause d'une crampe. Pourquoi moi, Polo, j'avais réussi là où des copains avaient échoué ? J'avais beau chercher, je ne comprenais pas. Pourquoi ? Parce que quoi ?  (p. 126)

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À part un fils de pute sans éthique qui oserait profiter d'un cancer loué ? Un mensonge dot être plus gros que le cul de ta mère sinon ça ne marche pas.  (p. 155)

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Fêter un mariage c'est aussi con que de fêter une entrée en guerre. Comme si on voulait faire passer la pilule avec de la crème chantilly histoire que l'enculade soit moins vive.  (p. 159)

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