lundi 18 décembre 2017

Chronique d'une fin de règne - Patrick Rambaud


Chronique d'une fin de règne
 
Patrick Rambaud



Bonjour à toutes et à tous,
 
Aujourd'hui, je vous présente un livre au vitriol qui nous remet en mémoire les divers évènements (heureux comme malheureux, drôles comme tristes, voire ridicules parfois) qui se sont déroulés durant la dernière partie du quinquennat (ou du "règne") de François Hollande, septième livre du genre écrit par Patrick Rambaud, déjà auteur de cinq chroniques similaires sur le "règne" de Nicolas Sarkozy et d'une chronique sur le "règne" de François Hollande, alias François-le-Petit.

Je vous présente donc le livre Chronique d'une fin de règne de Patrick Rambaud.


A. Caractéristiques du livre

Titre =  Chronique d'une fin de règne
Auteur = Patrick Rambaud
Edition - Collection = Grasset
Date de première parution =  2017
 
Note pour le livre = 13 / 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième de couverture
Rien ne va plus au royaume de France : le duc d'Evry bouillonne, Nicolas le Flambard ne s'est jamais résolu à la perte du Trône, le duc de Cherbourg recherche un dangereux Abdelkader Youssouf Cruchon, mademoiselle de Montretout se cache et ne montre plus ses dents... 2016, année difficile.

Entre House of Cards et Game of Thrones, il nous reste la chronique facétieuse, hilarante, terrible, d'un règne qu'on espère vite oublier. C'est compter sans le talent de Patrick Rambaud. Rire ? Oui, mais de tout, Majesté !

C. Mon avis sur le livre
J'avais adoré la chronique précédente  (François-le-Petit. Chronique d'un règne) qui relatait le début du "règne" de François Hollande, alias François-le-Petit. Un écrit au vitriol, avec une ironie persistante et un humour grinçant qui couraient tout au long des pages.

Je suis un petit plus déçu de ce nouvel opus qui relate les évènements qui se sont déroulés entre début 2015 et début 2017 (les attentats, l'état d'urgence, le Brexit, les élections de Trump et de Morales, les brouilles au FN, la primaire de la droite, la défection de François Hollande...). Certes l'ironie est toujours présente (en témoignent les divers surnoms donnés aux hommes et femmes politiques ou encore certaines phrases bien tournées qui pourraient faire valoir des ennuis à n'importe qui) mais l'humour grinçant a, me semble-t-il, quelque peu disparu de cet opus. En effet, en lisant l'opus précédent, j'étais très souvent plié en deux de rire...cette fois-ci, ce n'est pas le cas (peut-être les évènements relatés (notamment les divers attentats qui ont endeuillé la France) sont-ils responsables du manque de drôlerie de cette nouvelle chronique).

Néanmoins, l'ironie toujours présente nous permet de passer tout de même un très bon moment de lecture...En espérant que Patrick Rambaud puisse écrire une nouvelle chronique sur le début de règne de M. Macron.

PS : Voici le lien vers l'avis que j'avais donné à propos du dernier opus, intitulé François le Petit. Chronique d'un règne :

https://leslecturesduprofesseurdan.blogspot.be/2016/02/francois-le-petit-chronique-dun-regne.html 

 
D. Quelques bons passages du livre
 
C'était de la parlote mais le souverain espérait l'emporter en notoriété par son allure stoïque et compatissante à la fois. Il se sentait ragaillardi par les malheurs collectifs. Il tenait enfin un rôle à sa mesure, jouait de son embonpoint rassurant d'employé modèle, tournait d'une voix monocorde de fiers laïus dont il ne restait point une seule phrase qui ne fût convenue. En réalité, il prenait le vent; il lui suffisait de profiter des courants ascendants pout planer, mais comme un passereau, plutôt que comme un aigle. Ses mots s'effaçaient, aussitôt prononcés.  (p. 18)

 ----------------------------------------------------------------------------------------------------------
Les attentats des barbaresques avaient revigoré François-le-Mollasson. Dans pareille circonstance il avait poussé devant sa détermination, laquelle redonna à son portrait des couleurs plus franches et moins lavasses. On vit le mercure dans son baromètre politique monter en une seule fois de vingt et un points. Son peuple le jugeait soudain capable de prendre des décisions, ce qui était parfaitement neuf.  (p. 28)
------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Nous étions arrivés sans y prendre garde dans l'Âges des Victimes qui suivaient immédiatement l'Âge de Pierre et l'Âge des Ténèbres. François-le-Larmoyant en était l'une des principales figures. Tout était bon pour un hommage. (p. 44)

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Comme pour les terroristes, ses voisins et ses proches (cf. ceux d'Andreas Lubitz, le pilote fou de la Lufthansa)  le décrivent sympathie, poli et drôle. S'il avait porté un nom arabe, les gazettes l'auraient qualifié d'islamiste. (p. 47)
---------------------------------------------------------------------------------------------------------

Le duc d'Evry, d'abord, c'était un style. Il employait dans ses textes des mots fort exagérés pour tenir l'attention et affirmer sa dureté . Quand il parlait d'islamo-fascisme, il frappa les esprits faibles par référence; l'islamisme radical en usage était trop tiède à son goût; radical évoquait les banquets méridionaux d'avant-guerre, des messieurs à gros bedons aux gilets déboutonnés et aux teints cramoisis, goguenards, le verre en main, sympathique en somme. Quand il parla d'apartheid à propos de nos banlieues sacrifiées, il espérait choquer et il y parvint. (pp. 52-53)

--------------------------------------------------------------------------------------------------------
Nicolas-le-Mauvais ne s'était jamais résolu à la perte du Trône. Dans sa tête et dans ses mœurs, il régnait toujours et entendait maintenir un protocole à son usage personnel. La réalité le contrariait mais il voulait maintenir son rang. Chef de parti, voilà ce qu'il était devenu aux yeux des malveillants, et lorsque son homologue du Parti social voulut l'inviter à participer à la marche des chefs d'Etat, près du métro Voltaire, il ne daigna pas lui répondre; il fallut que le duc d'Evry lui-même s'en chargeât. Il boudait.  (p. 55)

---------------------------------------------------------------------------------------------------------
Nombreux étaient ceux qui ne croyaient pas un mot de ce revirement. En privé, un des dignitaires du Parti Impérial confia : "Il n'a pas changé. C'est Hibernatus. Vous le mettez dans la glace, vous le sortez deux ans plus tard : c'est le même !" Cependant, Nicolas-le-Sanctifié n'en démordait pas. Il n'était plus autoritaire comme avant, il ne songeait même plus à écraser ses adversaires, le répétait, mais cela lui permettait en douce de les dévoiler...L'ancien monarque adoptait la posture du vieux sage et retenait ses tics nerveux. Il n'était plus impatient, ne voulait qu'apaiser les querelles, écoutait en silence les réunions les plus barbantes, mais souriait et regardait souvent sa montre de prix; puis il remerciait les orateurs dont il avait peu suivi le raisonnement. de temps à autre, une phrase lui échappait : "Pour une fois on ne s'est pas trop emmerdés..." (p. 57)

---------------------------------------------------------------------------------------------------------
 
Hélas, les doctrines des populistes et des impérieux de Nicolas-le-Foldingue se confondaient souvent. Aussi y avait-il un mouvement de désertion du Parti Impérial  vers le Front Populiste. Des maires de cité-dortoir déchirèrent leurs cartes et écoutèrent, par exemple, la chansonnette serpentine du docteur Ménard qui avait armé sa police municipale à Béziers, nettoyé son centre-ville et maudit les petits Arabes qui encombraient ses écoles.  (p. 65)

-----------------------------------------------------------------------------------------------------------

Le Front Populiste s'enracinait.

Il montait le peuple contre les élites et la province contre Paris, renouant avec l'éternel balancier : les Chouans contre les Jacobins. Les populistes parlaient aux villageois abandonnés, voulaient pour les attirer relancer le commerce de proximité, maintenir les services publics qui fermaient. sans une poste, une école, un bistrot, que devient une bourgade ?   (p. 66)
 
-----------------------------------------------------------------------------------------------------------

Immigration, sécurité, laïcité, voilà ses thèmes. Nicolas-le-Clivant voulait interdire le voile musulman à l'Université, rejeter les repas de substitution dans les cantines scolaires; dresser les Français les uns contre les autres semblait payer.   (p. 70)

------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Le duc d'Evry pensait que les mots devaient affirmer une réalité, sans la travestir, ni la maquiller. Il en usait sur le registre de la tragédie, reconnut avec douleur le naufrage du Parti social et la perte d'au moins cinq cents de ses candidats, écrabouillés par le désintérêt ou la colère de ces classes populeuses qui se tournaient en nombre vers les partis populistes. C'était prévu mais pénible. Il aurait fallu dire aux démunis que les caisses étaient vides, qu'on allait inventer un nouveau système pour les soutenir quand ils se noyaient, transformer les chômeurs en apprentis, sabrer le surcroît des fonctionnaires tatillons qui les tracassaient. Avec qui marcher désormais ?    (p. 71)

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Avec ses propos volontaires, le duc avait permis qu'on remobilisât les moins désabusés, soit, million de personnes qui empêchèrent de tout perdre.   Hélas le parti était rouillé et la gauche se détricotait en paroisses, les paroisses en églises, les églises en chapelles et les chapelles en patronages. La moitié des inscrits du Parti Social avait payé sa cotisation; l'argent ne rentrait plus, les fédérations maigrissaient à chaque scrutin, les déçus se changeaient en démissionnaires, la gauche penchait à droite.

Le Prince était responsable de cette dégringolade. Ses sujets, ne voyant aucune différence entre sa politique et celle détestée des précédents monarques, lui tenaient rigueur de cette continuité. En effet, il baissait les charges des entreprises, qu'il choyait, sans se soucier des travailleurs qui les faisaient tourner, taillait dans les dépenses publiques, menait au loin des guerres dispendieuses, vendait des canons et s'en félicitait, serrait les mains des autocrates. Il avait tourné en ritournelle son slogan, mais Le changement, c'est maintenant restait sans effet, comme ses promesses de réduire le chômage. Sa Majesté n'avait aucun projet, peut-être une méthode mais pour aboutir à quoi ? Il n'avait pas d'idées.

Le Prince était vide. C'était son rôle.   (pp. 113-114)

--------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Le Patriarche (cf. Jean-Marie Le Pen)  éconduit envenima la querelle. Sautant une génération, il sentait qu'il se réincarnait chez sa petite-fille, une blonde angélique que ses compères avaient surnommée Marionnette, car elle s'appelait Marion, mais ce sobriquet avec une réalité, car de ce pantin le grand-père tirait les fils.  (p. 79)

--------------------------------------------------------------------------------------------------------------

L'épiscopat semblait favoriser Marionnette et lui apporter de pieux électeurs comme les santons de la crèche. (p. 82)

---------------------------------------------------------------------------------------------------------------
 
Les gens s'échauffaient pour des broutilles et notre Prince s'y était habitué. Il continuait à ne jamais rendre compte que des bonnes nouvelles qui auraient pu servir et réjouir ses sujets; il ne savait pas faire la roue.  (p. 91)

------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Le baron Bolloré incanrait à la perfection ce que Sir Bertrand (cf. Sir Bertrand Russell) exécrait. Cette homme sentait à plein nez la monnaie et les chiffres plus que le varech de sa Bretagne natale. Quoiqu'il touchât, comme le roi Midas de notre mythologie, il le transformait en or. Grandissant, le baron ramassa ses talents industrieux et poursuivit un objectif unique : il allait s'enrichir et s'enrichir encore pour la satisfaction d'amasser en famille dans un pays de plus de neuf millions de pauvres.  (p. 93)

------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

La baron Bolloré détestait son image qu'il ressentait déformée par les gazettes, et peu à son avantage. Il régnait cependant sur ses employés par une terreur qui provoquait chez eux des rires nerveux car il leur souriait en les menaçant, et ils essayaient de deviner ses humeurs pour les épouser avec servilité et à propos.  (p. 94)


-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Il y eut un temps où les gazettes étaient dirigées par des gens de ce métier qui avaient pour fonction de traquer, vérifier et publier de informations lisibles et claires, sans subir la moindre pression sur les sujets traités. Et puis les industriels se mirent à régenter les gazettes auxquelles ils ne connaissaient rien, sinon qu'elles devaient servir leurs produits et donc leurs intérêts financiers. Elles devaient être rentables. Autrefois, le vin et le tabac circulaient dans les salles de rédaction bruyantes, quand trépidaient les Underwood noir et or et résonnaient les forts éclats de voix; on ne comptait pas les heures, on vivait, on discutait, on s'engueulait, on se contredisait, on riait; des papiers de qualité surgissaient de ce sacré foutoir. Désormais, les salles de rédaction étaient silencieuses comme des cliniques; pas un mot, pas un bruit, plus de tabac en nuages dans l'air filtré, quelque chose d'aseptisé et de morne;  chacun avait les yeux collés à ses écrans avec des mines coupables . Les consignes s'étaient substituées aux envies. (p. 97)

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Si Bertrand Russell, notre vieil ami, avait pourtant prévenu : "L'idée que les activités désirables sont celles qui engendrent des profits a tout mis à l'envers.". Et il ajoutait quelques feuilles plus loin : "La morale du travail est une morale d'esclave, et le monde moderne n'a nul besoin de l'esclavage." Rassurez-vous, M. le baron, comparés à vous les Nobel sont des farfelus parfaitement stupides. (p. 101)


--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Sous le règne de François-le-Souple, les mouvements de protestations, les grèves s'enchaînaient et se chevauchaient avec une jolie régularité. les unes après les autres, les corporations se fâchaient contre des mesures jamais expliquées. Les réformes de l'éducation indisposaient par principe et il y avait des raisons à cela; à force d'égaliser les chances dans des classes bondées et disparates qui reflétaient le quartier où s'ouvrait l'école, les responsables des académies nivelaient pour atteindre un niveau proche du sol.  (p. 109)

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Sur une radio algérienne, la duchesse émérite de Cayenne, Mme Taubira, annonça que la mesure allait être retirée. À gauche, on respira mais la duchesse ne s'était pas concertée avec le Château, où François-le-Malmené n'en démordait pas : sa parole, il finissait par y tenir, tant l'adversité lui regonflait les plumes.  (p. 131)

----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

On apprit alors que deux équipes de terroristes venaient d'être interceptées à Orléans et à Montpellier. Comment allait réagir l'opinion publique ? François-le-Roublard hésitait à se prononcer pour ou contre (l'état d'urgence) et demeurait muet comme une statue; son état normal.  (p. 132)


-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

La baron Finkie, chemise à col ouvert et mèche longue sur les lunettes, vint se renseigner une nuit sur la place de la République. Il s'adonnait à la philosophie dans des livres, sur les ondes et les fenestrons, n'étant aucunement privé de parole. Il ne cherchait d'ailleurs pas à prendre le crachoir, mais à écouter les discussions. Seules les oreilles restaient ouvertes. Il gardait son air de chien triste et ses mimiques souffrantes, lointain parent de ce Roger Gicquel, qui exerçait autrefois au journal de vingt heures que les spectateurs de l'époque considéraient comme la messe de l'information; M. Coluche riait de lui en disant : "Quand un avion s'écrase quelque part dans le monde, il tombe toujours sur les pompes de Gicquel."   (p. 145)


--------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Le duc d'Evry avait d'autres rivaux à qui se mesurer. Le comte Macron était le plus évident. Il était insupportable depuis des semaines, plaçant désormais sa vie privée en avant pour attendrir ses partisans éventuels. Il s'était détaché de gouvernement tout net, pour jouer, jusqu'à l'élection Suprême, une traversée en solitaire. Certains se gaussaient : qui allait appuyer son aventure ? [...] Avait-il un programme ? Nulle importance. Il avait un ton. Et il savait que les programmes trop rigides, trop ficelés ne servaient guère plus que les cymbales dans un orchestre symphonique, que les idées lancées se modifiaient à mesure qu'on les exposait, modelées selon les auditoires.  (p. 147)

--------------------------------------------------------------------------------------------------------------

À cause des attentats dont nous souffrions, le port du burkini fut vécu comme une provocation islamiste. La cinquième colonne des vêtements.  (p. 169)

--------------------------------------------------------------------------------------------------------------
 
En dépit des études d'opinion et à l'issue d'une interminable campagne où il franchit chaque obstacle, le Donald fut élu à la Maison Blanche malgré ses mauvaises manières, ses injures, sa vulgarité et ses énormes mensonges, mais la vérité semblait ne plus servir à rien; les électeurs se laissaient berner par les discours inconvenants proférés contre les tenants d'une politique convenable, qui ne les satisfait pas. Lorsqu'il prétendait que le réchauffement de la terre provenait de la propagande chinoise pour détruire l'économie américaine, Donald avait raison, même si trois millions de mètres carrés de banquise avaient fondu dans l'année et que les eaux montaient, même si les ouragans tropicaux étaient de plus en plus violents. Pour qu'il s'en rendît compte, il eût fallu que Donald  rejoignît son appartement de la Trump Tower à la nage.  (p. 183)
--------------------------------------------------------------------------------------------------------------
La vérité était ce qu'on en faisait. Même pas la peine de faire semblant, il suffisait de dire avec force, que ce fût vrai ou faux n'importait plus. Les réseaux électroniques qui pénétraient les sociétés étaient un merveilleux vecteur de bêtises honteuses et Donald en abusait. [...] À quoi servait donc un programme quand on possédait l'art d'embobiner autrui ?   (p. 185)
--------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Le programme du duc de Sablé était si affolant que ne pouvaient l'avaler que les deux millions de retraités qui lui avaient confié leurs suffrages, sans même l'avoir lu, parce qu'il les apaisait par son sérieux, auxquels s'ajoutèrent une large portion de catholiques raidis dans leurs convictions; ils y reconnaissaient les mots durs d'un de leurs prophètes.  (p. 195)
--------------------------------------------------------------------------------------------------------------
 

 
 
   

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire