dimanche 26 novembre 2017

Pensées - Giacomo Leopardi


Pensées
 
Giacomo Leopardi



Bonjour à toutes et à tous,
 
Aujourd'hui, je vous présente un livre que j'ai trouvé dans une boîte à livres et qui a réveillé chez moi de vieux souvenirs de fac, car Giacomo Leopardi, alias "Le poète du pessimisme" faisait partie du panel d'auteurs dont j'ai pu déguster les textes pendant les cours d'italien.

Ce papier sera un petit peu spécial, car je n'émettrai aucun avis, si ce n'est que ces pensées, bien qu'écrites au début du XIXe siècle, demeurent toujours aussi actuelles dans notre monde du XXIe siècle, d'où ma volonté de les partager avec vous.

Mention spéciale à l'excellente traduction de Joël Gayraud pour cet opuscule.


A. Caractéristiques du livre


Titre =  Pensées
Auteur = Giacomo Leopardi
Date de première parution =  1845


B. Quelques bons passages du livre
 

J'affirme que le monde n'est que l'association des coquins contre les gens de bien, des plus vils contre les plus nobles.  (Pensée I)

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En revanche, les gens de bien et les hommes de cœur, qui se distinguent de la masse, sont tenus par elle pour des êtres d'une autre espèce; non seulement on ne les regarde pas comme des frères et des amis, mais on le excepte volontiers du droit commun, et comme on le voit sans cesse, on les persécute plus ou moins sévèrement selon le degré de scélératesse ou d'ignominie de l'époque où il leur est échu de vivre. (Pensée I)
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Dans les choses profondes, c'est toujours le petit nombre qui est le plus perspicace; la majorité, elle, ne s'étend qu'aux évidences.  (Pensée V)

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La mort n'est pas un mal : elle libère l'homme de ses maux et, le privant de tous les biens, lui en enlève le désir. C'est la vieillesse qui est le mal suprême : elle ôte à l'homme toutes les jouissances, ne lui en laisse que la soif et apporte avec elle toutes les douleurs. Et pourtant, c'est la mort que l'on redoute et la vieillesse que l'on désire.  (Pensée VI)
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C'est une belle et douce illusion que celle des anniversaires : alors qu'en vérité l'évènement célébré n'a pas plus à faire avec ce jour-là qu'avec aucun autre, il semble s'établir entre eux une relation privilégiée, comme si l'ombre du passé revenait chaque année hanter la même date. Cette célébration remédie en partie à l'affreuse idée de l'anéantissement, soulage notre cœur de la douleur de tant de deuils et nous donne l'impression que le passé, qui ne peut revenir, ne s'est pourtant pas définitivement perdu.  (Pensée XIII)

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Tout comme les prisons et les galères qui, à en croire leurs occupants, seraient remplies d'innocents, les dignités et les charges publiques ne seraient remises qu'à des malheureux contraints de les accepter. Il est presque impossible de retrouver quelqu'un qui avoue mériter la peine qu'il purge ou qui reconnaisse qu'il a brigué les honneurs dont il jouit; et peut-être ce dernier cas est-il encore plus rare que le précédent.  (Pensée XVII)
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Dans la conversation, nous n'éprouvons de plaisir vif et durable qu'autant que nous pouvons causer de nous-mêmes, de ce qui nous intéresse ou nous touche en quelque manière. Tout autre sujet finit rapidement par nous lasser. Mais ce qui est pour nous si plaisant est un supplice mortel pour notre auditoire. C'est pourquoi le nom d'homme aimable ne s'acquiert qu'au prix de mille souffrances, car être aimable, dans la conversation, c'est se sacrifie à l'amour-propre d'autrui.  (Pensée XXI)

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Il me semble bien difficile de dire s'il y a quelque chose de plus contraire à la morale que de parler sans discontinuer de soi-même ou de plus rare qu'un homme exempt d'un tel défaut. (Pensée XXII)

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Si grand est l'égoïsme , si féroce la haine que les hommes se vouent les uns aux autres, que pour acquérir quelque renom, il ne leur suffit pas d'accomplir des actions méritoires, mais il leur faut faire reconnaître ce mérite, ou trouver, ce qui revient au même, quelqu'un pour le vanter et l'exalter à leur place, pour en assourdir le public et pousser celui-ci à entonner à son tour leurs louanges. (Pensée XXIV)

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Celui qui veut réussir, même par les voies les plus honorables doit bannir toute modestie... (Pensée XXIV)

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C'est se montrer bien peu sage et bien peu philosophe qu'entendre que la vie devienne toute sagesse et toute philosophie.  (Pensée XXVII)
 
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La nature est la première à nous abuser ainsi, car c'est essentiellement par l'illusion et le mensonge qu'elle nous rend la vie aimable ou tout au moins supportable. (Pensée XXIX)

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Les hommes dénigrent toujours le présent pour faire l'éloge du passé. De même, la plupart des voyageurs, durant leurs déplacements restent amoureux de leur pays natal et le préfèrent avec une sorte de rage à tous ceux où ils se trouvent. et une fois rentrés chez eux, c'est avec la même passion qu'ils placent au-dessus de leur pays tous les autres lieux qu'ils ont visités. (Pensée XXX)

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À mesure qu'il avance dans la connaissance pratique de la vie, l'homme rabat chaque jour de cette sévérité avec laquelle les jeunes gens, cherchant sans relâche la perfection et mesure toutes les choses à l'idées qu'ils s'en font, ont tant de peine à pardonner les faiblesses et à estimer les pauvres vertus, éphémères et défaillantes, que l'on rencontre, parfois chez les autres.  (Pensée XXXII)
 
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Cela dit, nous devons bien admettre que si l'expérience de la vie sociale nous incite à l'indulgence plutôt qu'à la rigueur, il ne faut voir là qu'une nouvelle illustration de l'extrême misère de la condition humaine.  (Pensée XXXII)

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Les jeunes gens croient très souvent se rendre aimables en feignant la mélancolie. Certes, quand elle est feinte, la mélancolie peu-même plaire un moment [...] mais lorsqu'elle ne l'est pas, tout le monde la fuit. Seule la gaieté plaît et réussit dans le commerce des hommes, car, quoi qu'en pensent les jeunes gens, le monde, avec raison, n'aime pas les larmes, mais le rire. (Pensée XXXIV)
 
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Dans la vie, il n'est rien de plus intolérable, ni en fait de moins toléré, que l'intolérance. (Pensée XXXVII)

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L'amour-propre est si sensible, si démesurément pointilleux, qu'il est presque impossible qu'aucune parole, proférée à notre insu, et fidèlement rapportée, ne nous semble indigne de nous et ne nous irrite. On ne saurait dire toutefois combien nous violons souvent le précepte de ne pas faire aux autres ce que nous ne voudrions pas que l'on nous fit, et combien la liberté de parler d'autrui nous paraît, quand c'est nous qui la prenons, une conduite tout à fait innocente.  (Pensée XLI)

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Chez l'homme qui vient de dépasser la vingt-cinquième année, un nouveau sentiment se fait jour : il saisit tout à coup qu'il est plus âgé que nombre de ses amis, et s'aperçoit que le monde est rempli de gens beaucoup plus jeunes que lui, alors que jusqu'ici il se croyait occuper pour la vie le point culminant du bel âge. (Pensée XLII)

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Tu reconnaîtras la loyauté chez autrui en ce que , te fréquentant, il ne te laissera pas espérer de bons services, ni surtout en craindre de mauvais. (Pensée XLIII)

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Pendant ce temps-là, avec l'industrie arrivent en force la bassesse, la froideur, l'égoïsme, l'avarice, la fausseté et la perfidie mercantile; les manières et les passions les plus corruptrices et les plus indignes de l'homme civilisé se multiplient sans fin; et les vertus se font attendre.  (Pensée XLIV)
 
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Le temps est un grand remède contre la médisance, comme d'ailleurs contre toutes les peines de l'âme.  (Pensée XLV)

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La franchise peut aider lorsqu'elle est feinte ou que, du fait de sa rareté, personne n'y croit plus. (Pensée LVI)

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La timidité ne contient pas moins d'amour-propre que l'arrogance; elle en contient même plus, ou plutôt il s'y joint une plus grande sensibilité. C'est pour cette raison que les timides sont craintifs : ils se gardent de piquer les autres, non parce qu'ils se donnent plus d'importance que les insolents et les audacieux, mais pour éviter d'être piqués à leur tour, vu l'extrême douleur que leur cause chaque point qu'ils reçoivent. (Pensée LVIII)
 
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La Bruyère dit très justement qu'il est plus aisé de faire valoir un ouvrage médiocre par le nom que l'auteur s'est déjà acquis que pour un auteur de se faire un nom par un ouvrage parfait. On pourrait ajouter à cette remarque que le moyen le plus direct de gagner la renommée est d'affirmer avec une ferme assurance et le plus souvent possible qu'on la possède déjà. (Pensée LX)

 
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Il n'est au monde rien de plus rare qu'une personne que l'on peut supporter tous les jours.  (Pensée LXXVI)

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La timidité ne contient pas moins d'amour-propre que l'arrogance; elle en contient même plus, ou plutôt il s'y joint une plus grande sensibilité. C'est pour cette raison que les timides sont craintifs : ils se gardent de piquer les autres, non parce qu'ils se donnent plus d'importance que les insolents et les audacieux, mais pour éviter d'être piqués à leur tour, vu l'extrême douleur que leur cause chaque point qu'ils reçoivent. (Pensée LVIII)

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Le moyen le plus sûr de cacher aux autres les limites de son savoir est de ne jamais les dépasser. (Pensée LXXXVI)

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Celui qui a peu de commerce avec les autres hommes est rarement misanthrope. Les véritables misanthropes ne se trouvent pas dans le désert, ils sont dans le monde : ce n'est pas la philosophie, mais la vie sociale qui fait haïr les hommes. Et si, devenu misanthrope, on se retire de la société, on perd dans cette retraite sa misanthropie.  (Pensée LXXXIX)

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