mercredi 15 novembre 2017

Le chant du départ - Michel Audiard


Le chant du départ
 
Michel Audiard



Bonjour à toutes et à tous,
 
Aujourd'hui, je vous présente un livre qui est sorti de manière posthume...32 ans après le décès de son auteur. Cet auteur est donc le meilleur dialoguiste de cinéma du XXe siècle, à savoir Michel Audiard. Dans sa carrière, il s'était également essayé au roman et ce roman, qui vient de paraître, est basé sur le dernier manuscrit qu'il avait commencé mais que la mort l'a empêché d'achever.

Je vous présente donc le livre Le chant du départ de Michel Audiard.


A. Caractéristiques du livre

Titre =  Le chant du départ
Auteur = Michel Audiard
Edition - Collection = Fayard
Date de première parution =  2017
 
Note pour le livre = 13 / 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième de couverture
Au Grand Vizir, bistrot donnant sur les miches verdâtres du lion de Denfert, on croise toute une galerie de personnages sur le retour. La grosse Clodomir, tout droit sortie de La nuit, le jour et toutes les autres nuits, Vera Varlope, un boxeur, un comédien qui attend son heure et Monsieur Michel, cinéaste. Au son menaçant des Caterpillars détruisant le quartier, Audiard tisse sa trame nostalgique d'un Paris menacé de disparaître, en revenant sur des souvenirs encore brûlants de l'Occupation et de projets professionnels avortés. L'instinct de mort, acheté par Belmondo pour être co-scénarisé avec Modiano, finira au placard lors de l'évasion de la Santé de Mesrine. On ne meurt pas d'amour aux Iles Borromées, scénario  inédit de 67, sert de prétexte pour proposer à Vera un rôle de stripteaseuse. Ensemble, ils écrivent le roman impressionniste d'une vieille et d'une époque, où les promenades nocturnes d'une rive à l'autre de la capitale ont valeur d'épopée.

C. Mon avis sur le livre
J'avais hâte que ce livre sorte en librairie, car je suis un fan absolu du dialoguiste Michel Audiard et je me faisais une joie de lire ce livre, basé sur un ultime manuscrit dont j'avais énormément entendu parler.

Cependant, autant je suis fan de Michel Audiard en tant que dialoguiste...autant je suis plus dubitatif quant au Michel Audiard romancier...J'avais déjà essayé de lire son livre le plus connu La nuit, le jour et toutes les autres nuits, mais j'ai abandonné au bout de quelques pages, tant le style me semblait lourd.

Pour ce roman, je crains que le style lourd ne soit de retour, ajouté à une intrigue qui ressemble à un embrouillamini de petites anecdotes collées ensemble, malgré une idée de départ assez tentante, qui était de raconter les rues du vieux Paris, en passe d'être détruites par la modernité et de raconter les personnes qui y vivaient et qui ont fréquenté le père Audiard, mais aussi de raconter des épisodes historiques qui ont eu une influence capitale sur le Paris du XXe siècle (à l'image de la Rafle du Vel d'Hiv) mais également de raconter le projet avorté d'un film sur Jacques Mesrine qu'il avait avec Patrick Modiano, à partir du livre du criminel intitulé Instinct de mort.

Ce qui sauve quelque peu le roman, c'est le langage utilisé, ce fameux langage titi parisien qui a fait la renommée de Michel Audiard, que l'on retrouve avec un plaisir immense dans ce roman.

En résumé, un livre qui vaut surtout pour la "langue audiardesque" que l'on retrouve avec un immense plaisir, plus que pour l'intrigue que je trouve assez décevante.


D. Quelques bons passages du livre
Je connais peu les trottoirs américains, mais je connais assez bien les trottoirs parisiens. Souvenez-vous : ces trottoirs où les concierges sortaient des chaises au soleil de Pâques. Elles ont disparu, les chaises, et les concierges avec et les trottoirs suivront bientôt. Ils seront remplacés, j'apprends, par des sortes de tapis roulants. Pour aller nulle part, ce sera bien pratique. (p. 10)

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À force de coucher avec les meilleures amies de sa femme et avec les femmes de ses meilleurs amis, il n'a plus de femme et n'aura bientôt plus d'amis.  (p. 11)
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Lorsque les tours auront définitivement écrasé nos acacias, quand les bétonnières seront montées jusqu'à nous et que le périphérique Nord-Sud recouvrira le petit square où dansait Charlotte, tout le monde sera là pour voir mourir le lion. (cf. Le Lion de Denfert)  (p. 14)

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Les défunts encombrent, bouffent l'espace,. Comment qu'on les foutrait en l'air, si on osait. Pour l'instant, on se retient encore un petit peu...L'Inconnu de l'Arc de Triomphe, par exemple, croyez-vous que personne n'ait jamais songé à le virer de là ? Imaginez un peu la belle avenue tout droite qui mènerait du palais du Louvre au château de Saint-Germain, d'une traite, si ce connard n'entravait pas la circulation !  (p. 15)
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À l'heure qu'il est, l'Adrienne se fait sauter au Moderna, l'hôtel juste de l'autre côté du square. Elle se fait quotidiennement enjamber, comme ça, vers cinq heures, en revenant des commissions. Elle traîne, comme on dit. Des fois, avec moi. Adrienne n'est pas vicieuse, elle s'ennuie.  (p. 18)

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La disparition de certains êtres m'a éduqué sur la précarité du bonheur.  (p. 20)
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Ainsi Wynn passe-t-il pour le dernier des salauds d'avoir sacqué le Kid, alors qu'il ne vient à l'esprit d'aucun d'entre nous qu'Adrienne soit une salope, qui pourtant le trompe comme c'est pas possible. (p. 23)

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L'Adrienne  ne s'est jamais autant déployée  en simagrées qu'à partir du moment où son Maurice a commencé de valdinguer à travers les rings, à se faire avoiner par les pires charlots. J'ai dès lors tout compris ! Ce n'était pas du champion qu'elle était folle, c'était du con.  (p. 24)

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Certains crimes laissent pantois par leur unicité, leur apparence hasardeuse. À l'inverse, les grands équarisseurs atteignent, de par l'étendue même de leurs forfaits, à des dimensions humoristiques fabuleuses.  (p. 33)



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Je pourrais, c'est sûr, attendre qu'on me supplie de les raconter, mes histoires, qu'on me téléphone, par exemple, d'Hollywood, mais certains de mes confrères ont attendu si longtemps...parfois attendent encore...je préfère glisser ça hypocritement dans mes livres pour débusquer le chaland. Un peu comme si je proposais sur catalogue. Les temps deviennent si difficiles... (p. 37)

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Dans l'esprit du vieux fripon, c'était moins les exploits d'alcôve qui avaient dévoyé son champion que ces rêvasseries malignes, ces sortes d'extases molle, en un mot cette douceur d'aimer qui constitue la nature même d'Adrienne. Il paraît que ça s'attrape. Dès lors embourbé dans le marécage des bons sentiments, le Kid avait perdu sa hargne, et sitôt qu'un battant s'humanise...  (p. 56)

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Justement, je la regarde, Adrienne, traverser la rue en espérant vaguement qu'elle passe sous le 26 qui en a écrasé de moins pires. Mais ce ne sera pas encore pour cette fois.  (p. 58)

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Un chagrin qui ne veut pas guérir crée autour de soi une clôture barbelée et fait, paradoxalement, que vous n'êtes plus jamais seul. Je connais.  (p. 74)

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- Ce n'est pas drôle du tout ! À la seule idée d'avoir pu faire souffrir Sévère, Véra est bouleversée. Peut-être - même probablement - n'a-t-elle aucun tort, mais elle se culpabilise à plaisir, tu la connais aussi bien que moi.
- Non, pas aussi bien
- Hier soir, quand nous parlions de son cul, tu avais pourtant l'air extrêmement documenté.  (p. 77)
 
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Si on ne prête pas attention à leur derrière, les dames vous prennent très vite en grippe.  (p. 80)

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Vous devez penser qu'il fallait avoir le feu au derche pour dire des choses pareilles ? Eh bien, je n'avais le feu nulle part. Absolument nulle part. Je venais de décider de me faire dépuceler comme on décide d'acheter un chapeau. (p. 82)
 
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Bouleversante chez les petits vieux, assez visqueuse chez les adultes, la panique du lendemain prenait chez la grande chérie un caractère hautement cocasse. Au sortir d'un carnaval d'amants, voilà qu'elle chavirait dans le ménager.  (p. 84)

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"Tout le monde n'a pas eu votre chance..." Quelle chance ? Probablement les cent dix films qui me laissent hagard et cousu de dettes ? Ou bien mes bouquins qu'on solde sur les quais ? Mais, en vérité, je suis là peut-être un peu  de mauvaise foi, puisqu'un effarant snobisme me pousserait assez à écrire de vilains films que tout le monde courrait voir et beaux livres que personne n'achèterait.   (p. 85)

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La haine tient chaud et je suis frileux.  (p. 90)
 
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Un régime totalitaire devient tout à fait exécrable lorsqu'il se complique d'un régime alimentaire.  (p. 93)

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Ce glorieux vélodrome, à la piste blonde, ce vieux et chaleureux et gai théâtre des Six Jours de Paris...Voilà que des épouvanteurs le transformaient en cage ! Et encore ignorait-on que cette abomination n'était que relative en regarde de ce qui allait suivre. Jamais ce que la guerre peut avoir d'avilissant, jamais ce que la force peut avoir d'imbécile, ne m'est apparu aussi caricaturalement qu'à travers cette effrayante mutation d'un temple de l'exubérance populaire en antichambre de la mort.  (p. 96)
 
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Ces simagrées font partie d'une politique de sauvegarde, comme les onguents, les crèmes miracles, les bains mystérieux qu'elle va prendre à l'étranger, les printaniers séjours en clinique d'où elle revient le ventre plat et les fesses lisses, aux trois quarts vierge.  (p. 101)
 
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Depuis Un singe en hiver de Blondin,  nul traitement cinématographique ne s'était annoncé sous de meilleurs auspices, à ceci près toutefois : le livre de Blondin était une pépite d'or fin, celui de Mesrine, un tas de merde. (p. 115)
 
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- Et vous, brigadier [...], quelle amphétamine prenez-vous pour être chaque jour plus con que la veille ? (p. 130)
 
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Depuis des années qu'on fabrique des phrases, on finit par parler tout seul, par répéter les mots qu'on disait au temps des débuts et qui reviennent sans qu'on les reconnaisse. On est sûr d'avoir déjà dit ça, dans le temps, quelque part, à quelqu'un, mais on ne sait plus très bien où ni à qui.  (pp. 157-158)
 
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challenge rentrée littéraire 2017
 

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