mercredi 11 octobre 2017

Les peaux rouges - Emmanuel Brault


Les Peaux rouges
 
Emmanuel Brault


Bonjour à toutes et à tous,
 
Aujourd'hui, je vous présente ma cinquième lecture pour cette rentrée littéraire 2017 et ma première grande déception. J'avais de grandes espérances pour ce livre, mais malgré une bonne idée de départ (un livre qui tourne en dérision le racisme ordinaire), le soufflé ne cesse de retomber tout au long de la lecture pour finir par un ressenti plutôt amer.

Cette lecture est donc Les peaux rouges d'Emmanuel Brault


A. Caractéristiques du livre

Titre =  Les peaux rouges
Auteur = Emmanuel Brault
Edition - Collection = Grasset
Date de première parution =  2017
Nombre de pages =  186 pages


Note pour le roman = 10 / 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième de couverture

"Ce matin, je sors, plutôt pressé, et j'ai pas fait trente mètres, que paf...une rouge avec sa marmaille me rentre dedans au coin de la rue. Elle se casse la figure et me gueule dessus. Elle me dit que je l'ai fait exprès, que c'est une agression. En temps normal, on se serait excusés, j'aurais fait mon sourire de faux-cul et tout serait rentré dans l'ordre. Mais non, je trouve rien de mieux à lui cracher : "fais pas chier sale rougeaude" et manque de pot, une passante qui arrive derrière moi a tout entendu. C'était puni par la loi du genre super-sévère depuis les évènements, à égalité avec viol de gamin ou presque. On était à trente mètres de chez moi, ils m'ont facilement retrouvé. Et là mes amis, mes problèmes ont commencé, et de vrais comme on n'en fait plus." 
Amédée Gourd est raciste. Il pense comme il parle. Mal. La société entreprend de le rééduquer.
 

C. Mon avis sur le livre
Comme je l'ai déjà dit dans l'introduction, l'idée de départ du roman, qui consistait à tourner en ridicule le racisme ordinaire, m'enthousiasmait beaucoup.

Le début du roman était également génial : la scène de départ où Amédée Gourd, anti-héros, raciste de première catégorie (un peu caricatural cependant, notamment de par son manque d'éducation manifeste) était extrêmement bien écrite mais, au fur et à mesure de la lecture, l'intrigue patine de plus en plus, le roman devenant de plus en plus ennuyeux au fil des pages. J'ai espéré, à un moment déterminant de l'intrigue, que le roman eût pu reprendre un certain rythme; malheureusement, il n'en est rien. J'ai eu l'impression que c'était un noircissement de pages sans intérêt particulier...

Cependant, ce qui sauve quelque peu le roman, c'est le style d'écriture, un style tout ce qu'il y a de plus oral, avec des confusions dans les expressions françaises les plus évidentes (sans doute pour conférer à Amédée Gourd un côté, un peu idiot, que son nom évoque déjà).Un style d'écriture relativement amusant, en somme !

En résumé, un roman avec une chouette écriture, dont l'intrigue entame, malheureusement, une longue pente descendante au fil des pages et ce, jusqu'à la fin.

 
D. Quelques bons passages du livre
Je m'appelle Amédée Gourd et je suis raciste. Aujourd'hui je peux pas le dire alors je l'écris. Un jour, on aura plus le droit de l'écrire non plus.  (p. 11)

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J'ai pas vu un seul rouge intelligent, non, pas un seul, je suis sûr que si on fait les tests, ils seront classés plus cons que nous les doigts dans le nez. Je pense qu'ils sont inférieurs, ils ont toujours perdu contre nous à la guerre et puis ils ont tous les métiers de merde, au bas de l'escabeau, ils font rien pour monter les barreaux, aucune ambition, par contre la bibine ça y va, pour ça, y en a des statistiques, un tiers des hommes alcooliques, alors ils les plaignent, c'est pas de leur faute, bla-bla-bla, mais si, c'est de leur faute, pourquoi ils seraient pas responsables, moi je deviens alcoolique, c'est de ma faute parce que j'ai pas leur face merdique, non merde, faut pas pousser Mémé dans les orties, il y a des limites, et moi la limite c'est eux, avec ou sans orties, qu'ils se cassent, je peux plus les voir en peinture, du vent, du balais, hasta la vista baby.   (p. 12)
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On a pas le cœur à faire du mal aux gens qu'on aime. Alors on leur ment.  (p. 43)

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La honte, je connais bien, j'ai l'impression d'avoir honte depuis que je suis né, même dans mon berceau, j'avais honte, de cette mère alcoolique, de ce père que je connais pas, de ma sale trogne de pauvre moi. J'ai honte comme d'autres boivent, je peux pas m'en passer, je suis hontolique, tous les soirs, je picole ma honte dans des grandes pintes, honte brune ou blinde, par pichets entiers, et elle remonte jusqu'aux yeux, alors le racisme je m'accroche avec, c'est ma petite bouée dans l'océan de honte, ma bouteille d'oxygène, mon évasion de ce monde de brutes qui sont bien les mêmes au fond avec leurs petits principes, ils font semblant, j'en ai marre de faire semblant. (pp. 47-48)
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J'ai pas eu de vie pendant un mois à attendre la guillotine sur mon cou de galeux. Au boulot, je vous raconte pas. Difficile d'être le mal-aimé. C'est comme si j'avais pris un mégaphone, ohé, ohé les gars, le raciste est ici avec une grosse flèche rouge. Plus personne ne me parle. Au bout de deux semaines, j'ai préféré prendre mes vacances.  (p. 49)

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Peut-être même que je suis pas raciste dans le vie réelle, c'est juste une tout petite partie de moi qui ressort en rêve, on est en pleine nuit, et le lendemain, je me réveillerai et j'embrasserai ma rougeaude de femme et mes enfants radis, mi-blancs, mi-rouges. Réveille-toi, Amédée. Réveille-toi. Le cauchemar il est drôlement réel.   (p. 58)

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J'ai le droit de m'insulter moi-même mais pas les autres, société de dégénérés qu'ose plus se regarder en face alors elle regarde les autres et elle fait semblant de les aimer.  (p. 70)

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La vie, c'est brutal, c'est une déesse à poil qui parle une langue inconnue et toi tu dis quoi, que dis-tu, elle répond qu'en langue mystérieuse, tu t'approches, tu fais le tour et tu essaies de la saisir, mais y a que du vent, tu brasses de l'air, pourtant elle est là la chienne de vie, elle remue la queue, ouaf, ouaf, rapporte l'os que je t'ai filé chienne de vie, rapporte, et quand elle te le rapporte tu meurs.  (p. 74)

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Très vite, je me doutais bien, il me parle des rouges. Pourquoi tant de haine ? Je lui dis que je sais pas. Parce que c'est vrai en plus, je sais pas. Je les vois et je sens la moutarde monter jusqu'au bout de mes oreilles. C'est instinctif comme le lion qui bouffe la gazelle. "Pourquoi donc vous voulez m'obliger à aimer ces fils de pute, pardon mon père - Ils sont nos frères de sang - Vous voulez rire, j'ai pas le même sang qu'eux. Ils dansent pas pareil, ils chantent pas pareil, on a rien à voir." Et ainsi de suite pendant plusieurs jours. C'était agréable. Pour lui, j'étais un frère et pas un fils de pute raciste.  (pp. 78-79)

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La troisième règle, c'est de rester positif contrer des obstacles, c'est normal, on ne change pas en un jour. Il faut persévérer et faire preuve de bonne volonté, voir tout sous un jour négatif n'amène pas le succès, il l'éloigne.  (p. 91)
 
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On me dit tu n'as pas de cœur, mais si j'ai un cœur, c'est justement parce que j'ai du cœur que je suis raciste. Un raciste souffre plus que les autres, alors il s'exprime. (p. 118)

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Il a assuré, Mémé est pas trop en mauvais état, du kilométrage mais avec un peu d'huile dans les pistons, ça repart, je la retrouve pareille qu'avant, grognonne, c'est une vieille lionne ma Mémé qui chasse encore un peu, c'est quand elle grogne pas que je m'inquiète.  (p. 125)

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              challenge rentrée littéraire 2017
 
 
           
              

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