mercredi 18 octobre 2017

Le facteur émotif - Denis Thériault


Le facteur émotif
 
Denis Thériault



Bonjour à toutes et à tous,
 
Aujourd'hui, je vous présente un livre que j'ai lu dans le cadre de mon défi lecture Facebook pour lequel un des défis était de lire un livre d'un auteur québécois.

Je vous présente donc le livre Le facteur émotif de Denis Thériault


A. Caractéristiques du livre

Titre =  Le facteur émotif
Auteur = Denis Thériault
Edition - Collection = Editions XYZ  (Livre de Poche pour la version poche)
Date de première parution =  2005
 
Note pour le roman = 14 / 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième de couverture
 
Bilodo a vingt-sept ans, il est facteur et mène une existence tranquille. À l'ère des mails et des téléphones portables, il n'a plus souvent l'occasion d'acheminer une lettre personnelle. Alors, quand il en trouve une dans le flot de courriers administratifs et de publicités, il ne la livre pas tout de suite et, chez lui, le soir venu, ouvre l'enveloppe à la vapeur pour en découvrir le contenu. Sagement, le lendemain, il la remet à son destinataire. Son petit vice va le conduire à faire la rencontre épistolaire de Ségolène qui écrit régulièrement des haïkus à un certain Gaston Grandpré. Tandis que son amour pour l'inconnue grandit à l'abri du réel, un étrange coup du sort lui offre une opportunité providentielle...

C. Mon avis sur le livre


Cette histoire est une espèce de chouette petit conte de fées moderne avec le petit facteur qui tombe amoureux de l'élue de son cœur rien qu'en lisant son écriture et qui va tout tenter pour continuer cette correspondance (sous la forme un peu particulière de haïkus), allant jusqu'à usurper l'identité de celui qui écrivait à cette femme avant lui.

Une chouette petite histoire, assez comique et légère qui se lit avec plaisir et qui intéressera sans doute les amateurs de haïkus. Juste un petit bémol sur la fin que j'ai trouvée un peu étrange.

J'ai appris, en regardant la bibliographie de l'auteur qu'une sorte de prequel existait à ce roman, un roman intitulé La fiancée du facteur : la lecture de ce premier roman me donne tout de même envie de lire le second.
 
D. Quelques bons passages du livre
 
Aux Postes, ses collègues n'y comprenaient rien. Surgissant au Madelinot en bande bruyante pour y déjeuner, ils raillaient les travaux d'écriture de Bilodo. Des puérils gribouillis, disaient-ils. Bilodo ne s'en formalisait pas car ses amis n'étaient, au fond, coupables que d'ignorance; à moins d'être un adepte éclairé et fervent, comment pouvait-on goûter la subtile beauté d'un trait, le délicat équilibre des proportions régissant la ligne formée avec soin ?   (p. 15)

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Les lettres de la Guadeloupéenne ne contenaient rien d'autre. Toujours un seul feuillet sur lequel était écrit un seul poème. C'était peu, et pourtant généreux, car ils vous nourrissaient autant que tout un roman, ces poèmes, il s'inscrivaient dans l'âme, n'en finissaient plus d'y vibrer.  (p. 23)
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Bilodo savait que Ségolène était institutrice à Point-à-Pitre, et il savait aussi qu'elle était belle grâce à une photo qu'elle avait expédiée à Grandpré, vraisemblablement en échange d'une des siennes car elle avait écrit au verso : "Charmée d'avoir fait votre connaissance photographique. Me voici à mon tour avec mes élèves".  (p. 27)
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Bilodo était amoureux comme jamais il n'aurait pu concevoir qu'on puisse l'être. L'empire que Ségolène avait pris sur son âme était si vaste que parfois il s'en inquiétait, craignant de ne plus s'appartenir, mais l'alchimique lecture de quelques haïkus transmuait vite son angoisse en béatitude, et alors il remerciait la vie de le favoriser ainsi, d'avoir mis la belle Guadeloupéenne sur sa route.  (p. 28)

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Un éclair zébra le ciel à l'instant où une prise de conscience tout aussi fulgurante illuminait Bilodo : avec la disparition de cette lettre, engloutie par les entrailles du monde, c'était son seul lien avec Ségolène qui venait de se rompre.  (p. 41)

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Au fond le principe en était plutôt simple : le haïku visait la juxtaposition de l'immuable et de l'éphémère. un bon haïku contenait idéalement une référence à la nature (kigo) ou à une réalité pas seulement humaine. Sobre, précis, à la fois dense et subtil, il évitait l'artifice littéraire et les marques habituelles du poétique telles la rime et la métaphore. L'art du haïku était celui de l'instantané, du détail. Il pouvait s'agir d'un fragment de vie, d'un souvenir, d'un rêve, mais c'était avant tout un poème concret en appelant aux sens et non aux idées.  (p. 63)

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Bilodo parcourut les différentes pièces, avec un frisson d'excitation devant ce riche gisement d'existence qui n'attendait que d'être prospecté. Il fouillerait partout, s'imprégnait de l'atmosphère des lieux, en aspirerait le moindre effluve. Il vampiriserait l'aura évanescente de son prédécesseur, apprendrait tout de lui et se glisserait si intimement dans sa pensée qu'il lui serait ensuite facile de deviner, de sentir ce que Grandpré aurait écrit. (p. 71)

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Il écrivait, cherchant la complicité des mots, s'efforçant de les attraper au vol avant qu'ils ne s'égaillent, de les capturer tels des papillons dans le filet de la page et de les épingler au papier.  (p. 78)

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Il n'y avait aucune échappatoire. Bilodo se savait coincé, aussi irrémédiablement piégé que la souris sous le cruel acier du piège. C'était la fin du rêve douillet, l'éclatement de cette bulle bienheureuse dans laquelle il avait si longtemps flotté, et cette rupture l'emplissait d'une colère impuissante. Il ne pouvait se résoudre à perdre Ségolène, mais n'avait pas le courage de l'affronter. Toutes les options étaient pourries, toutes les portes closes. C'était l'impasse.  (p. 149)

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Ne devait-il pas saisir cette chance unique d'accueillir Ségolène ? Ne désirait-il pas communier avec elle par la chair autant que part les mots ? Ne voulait-il pas l'aimer autrement qu'en songe, fût-ce dans la peau d'un autre, l'aimer réellement comme elle le méritait, comme ils le méritaient tous deux, et commencer enfin à vivre pour de vrai ?   (p. 159)

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