samedi 14 octobre 2017

Cent ans...c'est passé si vite - Gisèle Casadesus


Cent ans...c'est passé si vite
 
Gisèle Casadesus



Bonjour à toutes et à tous,
 
Aujourd'hui, je vous présente un livre que j'ai eu l'idée de lire suite au décès de son auteure, la grande actrice Gisèle Casadesus, décédée il y a quelques semaines à l'âge (très honorable) de 103 ans. Elle avait sorti ce livre de mémoires à l'occasion de son centenaire.

Je vous présente donc le livre Cent ans...c'est passé si vite de Gisèle Casadesus.


A. Caractéristiques du livre

Titre =  Cent ans...c'est passé si vite
Auteur = Gisèle Casadesus
Edition - Collection = Le Passeur
Date de première parution =  2014
 
Note pour le livre = 16 / 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième de couverture
"Quand je serai grande, je serai comédienne et j'aurai des enfants", déclare Gisèle Casadesus dès son plus jeune âge. Ses proches s'attendrissent, sans se douter qu'elle réalisera ses rêves.

Née en 1914 dans une famille de musiciens, Gisèle Casadesus a mené une magnifique carrière à la Comédie-Française, au cinéma et à la télévision, tout en élevant ses quatre enfants avec son mari, Lucien Probst.

Revisitant les évènements d'un siècle, des deux Guerres mondiales aux nombreux bouleversements de société, cet abécédaire personnel raconte la comédie humaine et les coulisses de la scène. Sans jamais se départir d'un humour subtil, "Mademoiselle" y dévoile son amour de la vie et de la famille, sa foi profonde et sa curiosité insatiable du monde...

Lire Gisèle Casadesus, c'est partager la chaleur d'un thé chez elle, se laisser bercer par sa douceur naturelle et goûter à une joue de vivre communicative.

C. Mon avis sur le livre
Comme dit dans l'introduction, j'ai eu envie de lire ce livre suite au décès de Gisèle Casadesus, il y a quelques semaines, elle que j'avais notamment adoré dans La Tête en Friche de Jean Becker, où elle jouait aux côtés de Gérard Depardieu.

Dans cette autobiographie, sous forme d'abécédaire (ce qui donne des chapitres très courts), j'ai eu le plaisir de retrouver les souvenirs (professionnels et personnels) de Mme Casadesus, où elle évoque notamment des acteurs comme Michel Simon, Louis Jouvet ou encore Pierre Fresnay, qui furent des légendes en leur temps, mais qui sont malheureusement oubliés de l'actuelle jeune génération...

Le tout écrit dans un style très libre, où s'insèrent assez souvent quelques réflexions bien senties, pleines de lucidité (notamment sur la société actuelle) et avec un humour pinçant qui ne se dément pas au fil des pages.

Cependant, je mettrais un petit bémol sur ses souvenirs personnels sur sa famille ou sa foi religieuse que je trouve moins intéressants, même s'il est impressionnant de voir qu'elle a enfanté une vraie génération d'artistes qui a elle-même engendré une autre génération d'artistes.

En résumé, 100 ans d'une vie trépidante résumée en 240 pages de pur bonheur que je recommande à ceux qui ont aimé Gisèle Casadesus et à ceux qui, à plus forte raison aiment le cinéma et le théâtre qu'elle a tant servis.
 
D. Quelques bons passages du livre
 
Déjà, dans les années 1980, je confiais à Jacques Chancel, dans son émission Radioscopie : "À mon âge, j'en ai fait plus qu'il ne m'en reste à faire !"

Vingt ans plus tard, je mesure qu'il m'a été donné de pouvoir entreprendre encore bien de choses. Et lorsque je pense que j'ai un petit-fils qui est lui-même grand-père, je me dis que le temps passe bel et bien très vite.  (p. 13)

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À l'issue du film, Paul [Belmondo] m'a offert le buste, qui est toujours là, dans mon salon, depuis 1943. Il n'a pas pris une ride, lui !  (p. 37)
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Les sinuosités de la vie ne doivent pas nous empêcher d'être droits. Il faut avoir le temps d'avoir le temps. Rien ne doit jamais être perdu ou fini. Je ne pense pas que les pages se tournent définitivement.  (p. 39)

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L'avantage premier de vivre longtemps, et ainsi de donner du temps au temps, c'est de constater qu'avec un peu de bonne volonté, rien n'est jamais totalement acquis ni perdu. Il faut laisser la porte ouverte. Et le cœur aussi !  (p. 40)
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En 2009, Jean Becker me propose un rôle magnifique au cinéma, pour un film adapté du livre de Marie-Sabine Roger, La Tête en friche. Le rôle de Germain, une espèce de Forrest Gump à la française, est joué par Gérard Depardieu. C'est un film tout en tendresse, en nostalgie et en douceur. Un critique a écrit : "C'est un film qui fait du bien dans un monde qui fait du mal."  (p. 43)

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Il y a des carrières qui ne se construisent que sur une forme exhibitionniste dont la presse people se délecte. Il paraît que personne ne lit cette presse, que l'on dit parfois de caniveau, et pourtant, elle bat des records de tirage. Le caniveau tient alors le haut du pavé ! On peut faire parler beaucoup de soi, même lorsqu'on n'a pas grand-chose à dire.  (p. 48)

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On peut toujours penser que l'on aurait pu mener autrement sa carrière, mais il faut aussi, de temps en temps, arrêter de croire que l'herbe est plus verte dans le pré d'à côté. On finirait par ne plus apprécier ce que l'on broute  (p. 49)

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 Le comédien de talent joue, et il pense "jeu"; le comédien médiocre surjoue, et il pense "je" (p. 50)

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Le matin, quand je me lève, je remercie Dieu d'être encore là et je m'étonne : cent ans !
Pas possible, cent ans !
Mais j'ai pas l'impression d'avoir cent ans...
Puis je me regarde dans la glace, et là, je suis bien obligée de reconnaître que j'ai cent ans.
N'empêche ! Je suis à un âge où les bougies reviennent bien plus cher que le gâteau.  (p. 53)

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On peut avoir des qualités, du talent et même du génie, mais il y a d'autres paramètres à ne pas négliger pour faire carrière : être au bon moment au bon endroit. Ensuite, il ne faut pas avoir peur du travail, et posséder une bonne santé. C'est ainsi que je suis devenue l'ingénue de service tandis que Madeleine Renaud passait à un autre registre en jouant des rôles plus fort en intensité, celui de femmes.  (p. 60)
 
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Il faut durer, dans ce métier, et ce n'est pas facile. pour une femme encore moins que pour un homme. En effet, durer, c'est aussi vieillir, et vieillir, pour une comédienne, peut vous éloigner jusqu'à l'oubli. On ne peut pas toujours être l'ingénue. Les jeunes premiers ont souvent la chance de pouvoir durer, non parce qu'il vieillissent mieux que les femmes, mais parce que les rôles existent pour eux. Pour les vieilles dames; même excellentes comédiennes, les rôles sont plus rares. Le métier et le miroir peuvent être cruels. D'où l'importance d'attaches plus solides que les seules planches sur lesquelles nous montons.  (p. 71)

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Bien sûr, il y a des personnes hors du commun, mais celles qui font bien leur métier, qui remplissent bien le mandat pour lequel elles ont été désignées, qui sont efficaces dans le cadre qui est le leur ne sont pas prestigieuses au point que nous devons tomber en pâmoison en les rencontrant, en travaillant avec elles.  (p. 112)

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Parmi les grands que j'ai connus, notamment au début de ma carrière, et qui me faisaient frémir de peur ou rougir d'admiration, il y en a beaucoup dont le nom n'évoque absolument plus rien aux jeunes générations. Je me dis que j'ai bien fait de ne pas me laisser impressionner plus que nécessaire par ces personnes célèbres et déjà oubliées. C'est un peu cruel; mais ainsi je me sens plus sereine en face de ce qu'il en est pour moi, et pour ce qu'il en sera bientôt.

Le temps passe vite et il efface les empreintes que nous pensions définitives et indélébiles. C'est une vraie joie d'être une comédienne reconnue dans la rue, mais le prestige est ailleurs. On se fait sans doute une image de moi, mais il ne serait pas juste que cette image admirée devienne une icône adorée.   (p. 113)

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La même année, j'ai eu la Légion d'honneur, ma petite-fille et ma première paire de lunettes : une bonne année ! Dresser cette petite liste est une manière comme une autre de ramener le tout à sa juste valeur et franchement, ce qui m'a le plus coûté, ce sont les lunettes !  (p. 124)


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Louis Jouvet a été si prégnant dans Knock que personne ne peut reprendre ce rôle sans qu'on pense à ses accents et ses intonations : "Ca vous chatouille ou ça vous gratouille ?" Jouvet, si présent, envahissant même, que personne ne se souvient des autres acteurs pourtant dans le même film, ainsi Louis de Funès, Pierre Renoir, Jean Carmet.  (p. 129)

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Naturellement, il est possible de s'inspirer d'un autre comédien, mais il faut aussi se dégager de toute influence. Si Gisèle Casadesus fait du Madeleine Renaud, elle n'est ni Gisèle Casadesus ni Madeleine Renaud. Le spectateur n'est pas dupe et n'apprécie pas l'imitation, surtout quand elle est médiocre.  (p. 129)

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La scène n'est pas une drogue, mais elle u ressemble drôlement. Nous ne sommes pas loin de l'addiction. Nous pouvons y vivre de si grandes émotions ! On a le trac; on a le cœur qui bat; on doit s'investir, tout donner et vivre ! C'est toute sa personne qui vibre et qui palpite.  (p. 135)

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L'essentiel, au théâtre plus encore, qu'au cinéma, c'est de prendre acte d'une réalité : tout le monde est au service du texte, metteurs en scène comme comédiens. Nous sommes des serviteurs.  (p. 157)

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La roue tourne, mais sur un seul axe; finalement, elle reviendra au même point. La mode se démode jusqu'à ce qu'elle revienne au goût du jour, et chacun de s'extasier sur une nouveauté...ancienne.  (p. 161)

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Pour que les jeunes générations mesurent - si c'est possible pour elles - ce qu'a été cette époque, il suffit peut-être de dire que, après la guerre, quand nous avons vu revenir le pain blanc, avec cette couleur appétissante que nous avions presque oubliée, nous avons eu des larmes aux yeux.  (p. 180)


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On s'étonne que je puisse dire : j'ai des projets ! Et pourtant, oui, j'ai des projets, et même des propositions; c'est merveilleux. Ce n'est pas que je m'accroche comme un naufragé sur le radeau de la Méduse, mais j'ai encore un peu d'énergie et beaucoup d'amour pour jouer; j'espère tenir assez longtemps pour honorer mes engagements. Il ne faut pas oublier qu'entre deux contrats, l'intermittent du spectacle (qui n'a pas de retraite) est au chômage. Je ne pense pas connaître beaucoup de chômeurs de cent ans !   (p. 192)

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Il y a des gens qui aiment se montrer au côté des plus grands, des plus imposants (et Michel Simon l'était). Mais on ne prend aucun centimètre à s'approcher des grands ! Et telle n'a jamais été mon espérance. De toute ma vie, je ne me suis jamais perçue comme une vedette. Peut-être suis-je une comédienne assez connue, mais le statut de vedette ne me convient pas. On ne met pas sur sa carte de visite : monstre sacrée !  (p. 211)


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Monsieur Duard m'a appris que les compliments sont savoureux, mais qu'ils ont une date de péremption. Les succès sont comme les soufflés, à peine est-on impressionné que déjà ils retombent. Aujourd'hui plus qu'hier, je mesure que tout ce que j'ai reçu de ma mère, de mon mari, de certains vrais amis et professeurs a été précieux : ces cadeaux faits d'amour, de confiance, de soutien, d'amitié, même s'ils sont déjà anciens, illuminent encore ma vie et me remplissent de reconnaissance.  (p. 116)

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La télévision m'a permis d'entrer dans une autre France. En une seule soirée, vous pouvez toucher plus de personnes qu'en une saison de théâtre. C'est impressionnant, au lendemain d'une diffusion, d'être reconnue et remerciée dans la rue. Quel comédien peut s'en plaindre ? Certes, cela peut être un peu gênant, dérangeant, embarrassant si le comportement de l'admirateur est un tantinet ostentatoire, mais c'est aussi une très belle émotion que d'entendre un "merci", un "vous m'avez fait beaucoup de bien, madame !"  (p. 221)

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Notre principal ennemi est l'amour-propre. Il met des ombres partout et empêche d'apprécier les lumières que nous offre la vie.   (p. 226)


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J'aime bien être spectatrice au théâtre, où je vais encore assez souvent. J'ai la chance d'être régulièrement invité. De fait, je ne me rappelle pas avoir dû un jour payer ma place. Petit privilège qui a un subtil goût de plaisir ajouté.   (p. 228)


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Comme nos enfants ont grandi dans ce monde-là, ils sont prévenus, avertis...Mais quand quelqu'un vient d'ailleurs, qu'il croit naître brusquement à la vie après un passage dans Vous avez un incroyable talent ou que l'on se soit retourné sur lui dans The Voice, il ne sait pas dans quel monde factice et cruel il débarque. Le rêve peut alors tourner à la désillusion et au cauchemar. Il ne faut pas se laisser emporter par un succès. Parce qu'aujourd'hui, tout est fabriqué pour faire de l'audience, et si l'indice n'est pas assez bon, vous êtes jeté comme un vulgaire mouchoir en papier.   (p. 237)

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