samedi 16 septembre 2017

Surface de réparation - Olivier El Khoury


Surface de réparation
 
Olivier El Khoury



Bonjour à toutes et à tous,
 
Aujourd'hui, je vous présente ma troisième lecture pour cette rentrée littéraire 2017. Ce livre est un peu particulier pour moi, parce que je connais personnellement l'auteur et c'est avec la plus grande attention que j'ai lu ce livre qui, s'il n'avait pas été de cet auteur ne m'aurait sans doute jamais intéressé, car le football est vraiment un domaine qui me passe au-dessus...

Il s'agit donc de Surface de réparation d'Olivier El Khoury


A. Caractéristiques du livre

Titre =  Surface de réparation  
Auteur = Olivier El Khoury
Edition - Collection = Notabilia
Date de première parution =  2017
Nombre de pages =  139 pages


Note pour le roman = 14 / 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième de couverture
Bleu et noir : les couleurs du club de foot de Bruges, dont la folle passion a été transmise dès sa naissance au narrateur par son père, comme une malédiction donnant à voir en toute chose une partie perdue d'avance. Naviguant entre espoirs et déceptions, entre les inquiétudes face à l'avenir d'un jeune homme aussi séduisant et brillant que paumé et maladroit, - par ailleurs arabe par temps d'alerte au terrorisme - et la chaleur des amitiés éternelles, les cuites au soleil, les voyages qui tournent au fiasco, les études qui n'ont de scientifiques que le nom, les jobs successifs et les amours catastrophiques, Olivier El Khoury construit ici une sorte de roman d'apprentissage en dix-sept tableaux où les situations, souvent très drôles, vont au fil du temps, comme des victoires et des défaites, offrir de nouvelles clefs de lecture à son héros ainsi qu'une vision restaurée de l'existence.

Premier roman d'Olivier El Khoury, Surface de réparation est une quête d'équilibre dans un monde qui valse, portée par une voix d'une fraîcheur exaltante où s'entendent, déjà, l'humour et l'humanisme des plus grands écrivains.

C. Mon avis sur le livre
Comme je l'ai déjà dit dans l'introduction, le premier élément qui a suscité en moi l'envie de lire ce livre est le fait que je connaissais personnellement l'auteur, parce que le thème, à la base, ne m'intéressait pas du tout...mais je peux vous dire que pour un premier coup...il a mis dans le mille

On connaissait la célèbre rengaine "Sex and drugs and rock'n'roll"...Dans ce roman, c'est plutôt "Sexe, Football and Alcool". Dans une prose agréable, plutôt libérée (allant parfois jusqu'à la vulgarité, qu'on lui pardonne volontiers) agrémentée de temps à autre de comparaisons assez surréalistes mais comiques, Olivier El Khoury nous livre le parcours assez chaotique (mais relativement comique) d'un homme plutôt paumé qui a vraiment tous les vices : obsédé sexuel (à telle que certaines descriptions peuvent mettre certains lecteurs mal à l'aise), une envie irrépressible d'alcool et une vie professionnelle relativement mitigée, tout cela surmonté par...sa passion dévorante pour le Club de Bruges (il fallait évidemment un peu de football, sinon cela n'aurait eu aucun sens.)

De plus, cette histoire, paraît tellement surréaliste de par sa force comique qu'il est difficile de lâcher le livre une fois qu'on l'a ouvert.

Même si au premier abord, au vu du titre et de la couverture, on a l'impression qu'on lira un livre dont le football est le sujet-cible, il n'en n'est absolument rien : il sert, certes de clé de voûte à la narration, mais il demeure noyé dans le reste des turpitudes du narrateur. Donc, même ceux qui, comme moi, détestent le foot pourront apprécier ce roman.

Petit paragraphe personnel : il est vrai que je n'ai pas pu m'empêcher, à mesure que je lisais ce livre, de penser à l'auteur et au fait que les évènements décrits auraient pu effectivement lui arriver.

Bref, grâce à cette prose plutôt libre, se rapprochant fortement l'oralité, qui a le mérite de rendre la lecture fluide et un personnage assez grandguignolesque, Olivier El Khoury nous livre un premier roman tout à fait truculent et drôle à lire que tout le monde pourra apprécier, les fans de foot comme les autres...


Reste à savoir s'il continuera sur cette voie...c'est tout ce que j'espère.
 
D. Quelques bons passages du livre
C'est pas qu'il m'aimait pas mon père, ou qu'il était pas heureux de me voir arriver, non. C'est pas pour ça qu'il a pesté quand il a appris la nouvelle. J'arrivais au mauvais moment, tout simplement. Question de timing. En y repensant, j'aurais sans doute réagi de la même manière. Si mon gamin avait décidé de naître au moment précis où le Club de Bruges était mené au score contre le rival invétéré à deux journées de la fin du championnat, on n'aurait pas pu me décoller de l'écran pour me cloîtrer dans une chambre d'hôpital à entendre ma femme et mon marmot brailler en cœur.  (p. 11)

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Ca commençait à faire un bail que les attentats avaient eu lieu, mais la méfiance des meufs envers l'exotisme de par là-bas était toujours bien présente. Elle s'était déjà inscrite dans les mœurs avec la puissance d'un dogme, mais je devais forcer le destin que Vénus et Mars tentaient de m'imposer et me sortir de ce bourbier. J'étais peut-être aussi fort que les dieux, finalement, qui pouvait prétendre le contraire ? J'étais en vie, moi, au moins. C'était pas rien comme preuve.  (p. 44)
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Mais en vrai, le tournant terroriste me forçait à recycler mes pratiques de séduction inconsistantes. Mon cœur de cible changeait clairement. Je passais de la nigauderie à la jugeote. Le singe qui jouait des timbales dans un cerveau vide laissait place aux connections neuronales époustouflantes et c'était une autre paire de manches. Mes tours n'opéraient que sur des sujets superficiels et lents d'esprit, qui n'en avaient que pour mes beaux yeux et la taille de mon chibre. Les intellos, c'était une tout autre affaire, mais elles étaient actuellement la seule espèce susceptible de surpasser la peur que mon faciès inspirait. Je partais à la conquête de la raison.  (p. 45)

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Devoir choisir entre le rôle de victime ou de salope, c'était un peu l'histoire de ma vie. Le bitume new-yorkais avait décidé à ma place.  (p. 52)
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Ca se gaussait pas mal de mon sort, y avait un accord spontané pour considérer que ma peine ne rimait à rien. Voilà, ça coulait de source. Mon malheur en valait pas le coup, point. J'aurais aimé les voir leurs crises de détresse à eux. Comme si y avait une échelle dans la misère. Ils me poussaient la tête en disant que j'allais m'en remettre, puis ils éclataient de rire. Ca se pintait sévère, moi je faisais pareil mais je restais à l'écart. Y en a même un qui jouait à la guitare et improvisait des morceaux grossiers qui ironisaient sur la défaire de Bruges. Je souriais poliment mais mon sang pleurait à chaudes larmes.  (pp. 52-53)

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Ces seins me regardaient avec provocation, comme dans un haka néo-zélandais.   (p. 54)

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Sur l'écran, je regardais les gradins. Je reconstruisais mentalement la tribune de presse où je m'étais trouvé plus tôt. Avec la honte de celui qui sait pourquoi il se hait, mais qui ne pourra jamais cesser de le faire, je me souvenais de la manière avec laquelle j'invectivais l'arbitre. Je l'exhortais à "rentrer à la niche" et le traitais de "vendu" ou de "pédale".  (p. 69)

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On sous-estime largement l'importance de la matière grise dans le football, même au plus haut niveau. Sans blague, la plupart des mecs ont le Q.I. d'une chèvre et je leur en veux pas, mais un brin de bon sens dans cet amas de testostérone, ça tirerait le truc vers le haut. Sérieux les pros passent leurs journées à s'entraîner, à jouer à la console et à fréquenter des mannequins. Respirez un coup, les gars, ça coûte rien, une petit douche de savoir de temps à autre. Si les grands écrivains n'avaient étudié que la littérature, ça se saurait. En tout cas, la constante en matière de réussite en football, c'est la concavité du crâne, ce qui est absolument aberrant.  (p. 74)

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À partir d'un certain âge, la gagne, on l'a bien cernée. On en parle pour faire genre mais on y croit pas, c'est comme faire la vaisselle sans produit, on sait que c'est crasse mais on s'en contente, on fait mine que c'est pareil alors que ça coûterait rien d'y mettre une petit goutte de savon. La défaite, c'est de l'entraînement, au fond.  (p. 77)

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Elle me faisait le même effet que la ville de Paris : tellement sûre de sa beauté que ça la rendait insupportable.  (p. 86)
 
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J'étais en train de lire dans le salon quand mon père m'a appelé depuis la cuisine. Ca n'augurait rien de bon. Les discussions les plus délicates avaient toujours lieu dans cette cuisine, je n'y échapperais pas. J'ai fermé mon bouquin et l'ai rejoint en me demandant ce qui allait y passer cette fois-ci. Il briserait la glace en pointant un article sur Bruges dans le journal du matin, et puis il dévierait maladroitement sur un point sensible de mon avenir au point mort. Je connaissais le schéma. J'acquiescerais, préciserais que j'essayerais, et puis j'oublierais. Jusqu'à la prochaine remontrance. (p. 98)

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Baiser n'est pas une sinécure. Ces rendez-vous me prenaient le plus clair de mon temps, et l'organisation que cela me demandait m'épuisait. J'envisageais cette activité comme un boulot à partir entière pour lequel je n'étais pas rémunéré.  (p. 117)

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J'avais démarché quelques éditeurs pour qu'ils publient mon manuscrit. J'avais bel et bien laissé tomber les poèmes pour tenter de raconter des histoires. J'avais pas beaucoup d'espoir et je faisais ça pour rendre mes parents plus tolérants face à mon apathie. Ils étaient convaincus que je serais le prochain grand écrivain de ma génération, le nouveau Amin Maalouf, espérait mon père. Il avait hâte d'envoyer mon premier chef-d'œuvre au pays pour leur montrer de quel bois se chauffait son fiston. Etre un écrivain en herbe a bien plus de charme que d'être un écrivain publié. Surtout que ça laisse la possibilité de se vautrer complètement, ce que je trouvais assez excitant. La défaite, ha !   (p. 119)

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              challenge rentrée littéraire 2017
 
 
               
 

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