mercredi 16 août 2017

Survivre - Frederika Amalia Finkelstein


Survivre
 
Frederika Amalia Finkelstein



Bonjour à toutes et à tous,
 
Aujourd'hui, je vous présente mon premier roman lu pour cette rentrée littéraire 2017. C'est un livre que j'ai pu, comme l'an dernier, lire en avance grâce à une opération spéciale de Masse Critique Babelio qui met un livre de la rentrée littéraire à disposition d'un panel de lecteurs sélectionné.

Ce livre nous raconte les déambulations d'une jeune femme le lendemain des attentats du Bataclan, le 13 novembre 2015. Un livre très dur à lire.


A. Caractéristiques du livre

Titre =  Survivre
Auteur = Frederika Amalia Finkelstein
Edition - Collection = Gallimard (collection l'Arpenteur)
Date de première parution =  2017
Nombre de pages =  129 pages


Note pour le roman = 12 / 20

 
B. Description de l'œuvre sur le site de l'éditeur
« Je n’ai jamais cru à un monde meilleur, mais la violence que nous sommes en train de vivre — en France, en Europe, cette violence-là me tue.Il est 07 h 44, je suis sur le quai de la station Stalingrad. Une patrouille de quatre militaires vient de s’arrêter à côté de moi. Je ferme les yeux et j’essaye de penser à une chose belle : je revois ma maison d’enfance, son jardin gonflé de fleurs (hortensias, lilas, marguerites), ses volets bleus bordés de rouille et ses murs écaillés par le sel de l’océan. Je rouvre les yeux. L’un des militaires a son fusil calé dans le pli de son coude, le canon orienté vers mon ventre. Il suffit que l’un d’eux soit pris d’un coup de folie et nous voilà tous morts. Je recule d’un mètre. Une odeur de caoutchouc et de métal brûlé envahit la station, suivi d’un son aigu, perçant, produit par le frottement des roues contre les rails. »

C. Mon avis sur le livre
Quand j'ai appris qu'il s'agissait d'un livre qui racontait des impressions post-attentats du 13 novembre, je m'y suis vraiment intéressé. Malheureusement, ce livre n'est pas à mettre entre toutes les mains.

En effet, j'ai dû me résoudre à sauter plusieurs passages, dans lesquels l'auteure parlait du soir de l'attentat lui-même ou des actes perpétrés par les terroristes jusqu'au Proche-Orient, tant les détails sur les crimes, les attentats et les victimes sont scabreux (les cadavres qui traînent, le sang qui coule, les gens qui piétinent les cadavres, et j'en passe...). En résumé, si vous voulez lire absolument ce livre, je vous conseille d'avoir le cœur vraiment bien accroché, un mental et un moral d'acier...sinon passez votre chemin.

De plus, les passages qui ne concernent pas directement les attentats ne sont pas toujours très intéressants, si ce n'est pour donner une preuve qu'il faut continuer à vivre malgré un attentat.

Cependant, il y a tout de même quelque chose de positif dans ce roman : l'écriture. En effet, le roman est tellement bien écrit qu'il donne tout de même envie de continuer encore et encore la lecture.

En résumé, un livre qui cumule les passages chocs, que l'on déconseillerait à ceux qui ont le cœur fragile...mais qui est sauvé par son écriture très efficace.
 
D. Quelques bons passages du livre
Ce déferlement journalier de meurtres de masse me choque toujours un peu, mais beaucoup moins qu'avant. Les efforts fournis pour m'y habituer commencent à porter leurs fruits : la vie doit reprendre son cours et nous devons marcher sur les morts.  (p. 14)

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Quand la mort se lève devant vous et qu'elle vous frôle, ne demeure qu'un seul mot : survivre.  (p. 14)
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Il n'y a rien de plus dangereux que le doute, j'en sais malheureusement quelque chose. Le doute a failli me perdre : j'ai failli m'ensevelir dans la spirale de sa folie. Faites attention avec ça : le doute est un cancer, il se répand invisiblement dans votre corps jusqu'à exterminer vos rêves.  (p. 15)

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La vue d'un corps assassiné est-il un déshonneur ? non; flouter le corps d'un mort, c'est le tuer une seconde fois. (p. 17)
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Après la première vague d'attentats, je me suis dit que l'armée de terre était peut-être la solution. J'y pense encore. Partir, gagner une discipline, apprendre à dépasser mes peurs : faire quelque chose de ma vie. À vrai dire, être payé pour manier des armes et faire du sport me paraît attrayant. Et puis avoir entre les mains un fusil d'assaut ne m'est pas indifférent. Quand vous êtes armés, les gens vous écoutent, ils vous prennent en considération : ils vous laissent enfin finir vos phrases. On ne m'a pas souvent laissé finir mes phrases. J'ignore si c'est parce que je suis une fille ou si c'est parce que je suis jeune. Peut-être parce que je ne parle pas assez fort.   (p. 36)

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Combien de fois mes grands-parents m'ont-ils répété que je n'endurerais jamais ce qu'ils ont enduré, la violence, la torture, la terreur et la folie de l'extermination ? Ils ont eu tort.  (p. 37)

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Les médias ne sont jamais seuls : qu'une attaque ait lieu à 3 heures, à 8 heures, à 12 heures ou à 18 heures, cela peut modifier la part d'audience à l'échelle nationale, mais à l'échelle mondiale, cela n'a absolument aucun impact. Les Américains dorment à l'heure qu'il est, mais ce n'est pas du tout grave : nous sommes là pour remplacer les formeurs, nous sommes là pour suivre en direct des évènements sur les réseaux sociaux; les dépêches ne doivent pas s'interrompre, pas plus que le direct ne doit s'interrompre; pas plus que les éditions spéciales ne doivent s'interrompre.  (pp. 41-42)

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Si un ou plusieurs individus avaient fait irruption dans le magasin, je me serais enfermée dans la réserve, puis dans le cube contenant les marchandises, en espérant survivre jusqu'à l'arrivée des forces de l'ordre. Inutile de jouer les héros. Par ailleurs, nous n'avions pas reçu de formation : en cas d'attaque, nous n'aurions pas été prêts.  (p. 55)

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Le terrorisme était partout : en germe dans chaque corps. Mon innocence venait d'être menacée dans ses fondations. Chaque personne que je voyais, chaque enfant, peut-être lui, peut-être elle, allait un jour, potentiellement, poser une bombe. Il n'y avait plus de frontière entre le bien et le mal : le virus de la terreur était omniprésent. (p. 58)

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J'étais désormais à l'épicentre de la tuerie. Mes pieds touchaient le même trottoir que celui foulé par les assassins. Depuis novembre, chaque fois que je me retrouve dans cette salle, je ressens un mélange de terreur et d'excitation morbide : je revis la nuit noire; la nuit du basculement.  (p. 66)

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Ces jeunes-là sont en colère, ils se sentent abandonnés. [...] Le monde occidental les a élevés dans un climat de violence économique très fort. Partir faire la guerre peut leur procurer un sentiment de liberté inouïe, ils se sentent enfin utiles, liés à une cause absolue, défenseurs d'une voix qui rompt avec tout ce qui leur a été imposé. En réalité, ce n'est pas une guerre de religions, c'est une guerre économique et morale.  (p. 100)

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Être là. Prendre sa place. Demeurer. Au fond de ce qui se meurt, au milieu des balles qui se perdent et des injures qui se collectionnent, au milieu des malentendus imposés à un autre visage  que le mien, à un autre corps que le mien, comme un tarif spécial, un surpris d'initiation aux affres. Je reste, je vois, je crée, j'écoute. Œuvrer au-dessus de l'abjection. Œuvrer au-dessus de la vengeance, tandis que le sang continue de couler, tandis que la guerre sacrifie sans cohérence.  (p. 139)

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J'espère que ma sœur mourra après moi. J'espère que tous ceux que j'aime mourront après moi. Il se peut que les nuits blanches se nomment ainsi car les morts viennent porter la lumière.  (p. 91)

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