mardi 15 août 2017

Caché dans la maison des fous - Didier Daeninckx


Caché dans la maison des fous
 
Didier Daeninckx




Bonjour à toutes et à tous,
 
Aujourd'hui, je vous présente un roman passionnant de Didier Daeninckx sur un épisode méconnu de l'histoire de la Résistance : une rencontre entre le grand poète Eugène Grindel, alias Paul Eluard et celle qui deviendra une animatrice emblématique de l'ORTF, Madame Denise Glaser, dans un "asile d'aliénés" où ils ont préparé de grandes actions de la Résistance et notamment les actions littéraires de Paul Eluard.


A. Caractéristiques du livre

Titre =  Caché dans la maison des fous
Auteur = Didier Daeninckx
Edition - Collection = Folio  (Editions Bruno Doucey pour l'édition originale)
Date de première parution = 2015
Nombre de pages =  98 pages


Note pour le roman = 14 / 20

 
B. Quatrième de couverture
1943, asile de Saint-Alban en Lozère. Deux psychiatres organisent la résistance à la négation des fous, tout en cachant des maquisards parmi eux. Ils accueillent une jeune résistante juive, Denise Glaser, en même temps que le poète Paul Eluard et sa compagne Nusch. Dans cet hôpital où l'on favorise le surgissement de ce que l'on nommera plus tard l'art brut, le poète découvre, sous le regard fasciné de Denise, comme la parole des "fous" garantit la parole des poètes.

C. Mon avis sur le livre
J'ai lu ce livre pour un défi et franchement, je ne le regrette pas.
Bien que le roman soit un peu court à mon goût, la rencontre entre le grand poète Paul Eluard et la future grande animatrice de télévision Denise Glaser dans le contexte de la Résistance est très intéressante. De plus, comme il s'agit d'un épisode plutôt méconnu de l'histoire de la Résistance, le roman en devient d'autant plus passionnant.
En outre, le mélange entre le langage propre à la description des fous et le langage utilisé pour parler du travail poétique de Paul Eluard qui semble s'instaurer, donne un roman véritablement poétique et agréable.


D. Quelques bons passages du livre
L'administration ne compte que sur les ravitaillements pour nourrir les pensionnaires, et le résultat se voit à l'œil nu ; des hommes, des femmes qui broutent l'herbe des talus, qui mangent les racines, l'écorce des arbres, qui se jettent sur les limaces après la pluie, sur les déjections d'animaux, d'autres qui s'automutilent en dévorant leurs doigts... (pp. 22-23)

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Ce qui caractérise la psychanalyse, c'est qu'il faut l'inventer. L'individu ne se rappelle de rien. Alors, on l'autorise à déconner. On lui dit : "Déconne, déconne mon petit ! Ca s'appelle associer. Ici, personne ne te juge, tu peux déconner à ton aise." Moi, la psychanalyse, j'appelle ça la déconniatrie.   (p. 34)
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J'ai toujours eu une théorie : un psychiatre, pour être un bon psychiatre, doit être un étranger ou faire semblant d'être étranger.  (p. 34)

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Tosquelles et moi n'avons jamais trop aimé le terme d' "hôpital psychiatrique". Nous préférons celui d' "asile", un endroit qui met à l'abri de la folie du monde...  (p. 55)
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Je me suis aperçu, en Espagne, que la plupart des catholiques ne sont pas catholiques, que les religieuses croient l'être alors qu'elles ne sont que des fonctionnaires de l'Église. Une partie de notre rôle consiste à convertir les individus en ce qu'ils sont réellement, que ce ne soit pas simplement la façade, que ça corresponde à leur être, à leur moi idéal ! C'est ce qui leur arrive à nos sœurs de Saint-Alban...Elles sont reprises dans les mailles de la vraie vie. En soignant les blessés du maquis, elles se soignent elles aussi. Et c'est pareil avec les communistes... (p. 80)

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Je n'ai rien contre le fait qu'on soit catholique ou communiste ! Je suis contre ceux qui se disent communistes et qui se comportent en fait comme des radicaux-socialistes ou des fonctionnaires du Parti... Eluard, Bonnafé, c'est encore différent...Ils éprouvent un sentiment de culpabilité à cause du lâchage de l'Espagne républicaine par la France. Si les ouvriers français avaient appuyé la République, s'ils avaient transformé le mouvement du Front Populaire en mouvement révolutionnaire et non en revendication de départ en congés payés, l'histoire de l'Europe en aurait été toute différente.   (p. 80)

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Ces univers, nous les avons prospectés, André Breton et moi, lorsque nous avons écrit L'Immaculée Conception, il y a une quinzaine d'années, en suivant les chemins ouverts par Lautréamont. Nous nous sommes substitués à des aliénés, éprouvant dans les mots les états de débilité mentale, du délire d'interprétation, de la démence précoce, de la manie aiguë, de la paralysie générale...Nous étions alors en incursion dans l'empire des fous... C'est un monde dont j'ai toujours éprouvé le vertige, je me suis souvent tenu en équilibre instable au bord des gouffres... (p. 83)

 
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La poésie, un métier ? Non, je ne vais pas en poésie le matin comme on va au bureau... Je ne sais pas trop ce que c'est, une fonction peut-être... Je n'ai jamais eu de métier. J'ai longtemps vécu en acquérant des tableaux dont personne ne soupçonnait la beauté et en les revendant lorsque les regards s'étaient faits non à la nouveauté mais à la novation... C'est une sort de don qui ne s'exerce qu'en temps de paix... Sinon, mes sujets ne cessent de changer, suivant l'heure et le temps qu'il fait, mais l'écho qu'ils trouvent en moi est toujours sensiblement le même... (p. 87)

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