lundi 1 mai 2017

Reconnaître le fascisme - Umberto Eco



Reconnaître le fascisme
 
Umberto Eco




Bonjour à toutes et à tous,
 
En ce premier mai, je vous propose un très court essai (posthume) de l'écrivain italien Umberto Eco où il raconte son expérience du fascisme en Italie, pendant la Seconde Guerre mondiale et sur ce qu'il considère comme des caractéristiques de ce mouvement politique polymorphe.


A. Caractéristiques du livre

Titre =  Reconnaître le fascisme
Auteur = Umberto Eco
Edition - Collection = Grasset
Date de première parution =  2016 en Italie, 2017 en France
Nombre de pages =  45 pages


Note pour l'essai = 15 / 20

 
B. Quatrième de couverture

L'auteur mêle ici souvenirs personnels de sa jeunesse sous le fascisme et analyse structurelle des quatorze archétypes du fascisme primitif et éternel. 


C. Mon avis sur le livre

Dans ce court essai, Umberto Eco nous livre son expérience et nous met en garde contre la résurgence des caractéristiques des régimes fascistes d'autrefois.

Je dois confier que cet essai est un peu trop court pour vraiment donner un avis précis, mais je peux dire que, même s'il est très bien écrit, cet essai laisse plus place à l'expérience de l'auteur qu'au développement des caractéristiques de ce qu'est, selon lui, le fascisme, ce qui est dommage !


D. Quelques bons passages du livre
 
En Italie, il se trouve aujourd'hui des gens qui se demandent si la Résistance a eu un impact militaire réel sur le cours de la guerre. Pour la génération, la question est nulle et non avenue : nous avons tout de suite compris la signification morale et psychologique de la Résistance.  (p. 15)
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Si le fascisme de Mussolini se fondait sur l'idée d'un chef charismatique, le corporatisme, l'utopie du "destin fatal de Rome", sur une volonté impérialiste de conquérir de nouvelles terres, sur un nationaliste exacerbé, sur l'idéal de toute une nation embrigadée en chemises noires, sur le refus de la démocratie parlementaire, et l'antisémitisme , alors je n'ai aucun mal à admettre que Alleanza Nazionale, issu du MSI (Mouvement Social Italien) est certainement un parti de droite mais qu'il n'a pas grand-chose à voir avec l'ancien fascisme.  (pp. 18-19)
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Si par totalitarisme, on entend un régime qui subordonne tout acte individuel à l'État et son idéologie, alors nazisme et stalinisme étaient des régimes totalitaires. (p. 22)
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Le fascisme italien fut le premier à créer une liturgie militaire, un folklore, voire une mode vestimentaire - laquelle eut plus de succès à l'étranger qu'Armani, Benetton ou Versace. C'est seulement dans les années trente que des mouvements fascistes firent leur première apparition en Angleterre, avec Mosley, et en Lettonie, Estonie, Lituanie, Pologne, Hongrie, Roumanie, Bulgarie, Grèce, Yougoslavie, Espagne, au Portugal, en Norvège, et même en Amérique du Sud, sans parler de l'Allemagne. C'est le fascisme italien qui convainquit les leaders libéraux européens que le nouveau régime mettait en œuvre des réformes sociales intéressantes, capables d'offrir une alternative modérément révolutionnaire à la menace communiste.  (p. 24)
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Cela ne signifie pas que le fascisme italien était tolérant. Gramsci fut jeté en prison jusqu'à sa mort, Matteotti et les frères Rosselli furent assassinés, la liberté de la presse supprimée, les syndicats démantelés, les dissidents politiques relégués sur des îles lointaines, le pouvoir législatif devient une pure fiction, l'exécutif (qui contrôlait le pouvoir judiciaire et les médias) promulguait directement les nouvelles lois, parmi lesquelles celles de la défense de la race (appui formel italien à l'Holocauste)    (p. 30)

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Le fascisme était philosophiquement disloqué, mais d'un point de vue émotif il était fermement enchâssé dans certains archétypes.   (p. 31)

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(Critère n°3 du fascisme) : Penser est une forme d'émasculation. Ainsi, la culture est suspecte, puisqu'on l'identifie à une attitude critique. [...] Ma suspicion envers le monde intellectuel a toujours été un symptôme d'Ur-fascisme. L'essentiel de l'engagement des intellectuels fascistes officiels consistait à accuser la culture moderne et l'intelligentsia d'avoir abandonné les valeurs traditionnelles.   (p. 38)
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(Critère n°5 du fascisme) : L'Ur-fascisme croît et cherche le consensus en exploitant et exacerbant la naturelle peur de la différence. Le premier appel d'un mouvement fasciste ou prématurément fasciste est lancé contre les intrus. L'Ur-fasciste est donc raciste par définition.   (p. 39)

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(Critère n°6 du fascisme) : L'Ur-fascisme naît de la frustration individuelle ou sociale. Aussi, l'une des caractéristiques typiques des fascismes historiques est-elle l'appel aux classes moyennes frustrées, défavorisées par une crise économique ou une humiliation politique, épouvantées par la pression de groupes sociaux inférieurs.  (pp. 39-40)

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(Critère n°7 du fascisme) : Les disciples doivent se sentir assiégés. Le moyen le plus simple de faire émerger un complot consiste à en appeler à la xénophobie. Toutefois, le complot doit également venir de l'intérieur.   (p. 41)

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Pour l'Ur-fascisme, les individus en tant que tels n'ont pas de droits, et le "peuple" est conçu comme une qualité, une entité monolithique exprime la "volonté commune". Puisque aucune quantité d'êtres humains ne peut posséder une volonté commune, le Leader se veut leur interprète.   (p. 46)

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Notre avenir voit se profiler un populisme qualitatif télé ou Internet, où la réponse émotive d'un groupe sélectionné de citoyens peut être présentée et acceptée comme la "voix du peuple".  (p. 46)

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L'Ur-fascisme est susceptible de revenir sous les apparences les plus innocentes. Notre devoir est de le démasquer, de montrer du doigt chacun de ses nouvelles formes - chaque jour, dans chaque partie du monde.  (p. 50)

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