dimanche 16 octobre 2016

Guide des égarés - Jean d'Ormesson


Guide des égarés
 
Jean d'Ormesson




Bonjour à toutes et à tous,
 
En ce dimanche ensoleillé, c'est à nouveau un livre de la rentrée littéraire que je vous présenterai : il s'agit du dernier opus du nonagénaire le plus fringant de la littérature actuelle, M. Jean d'Ormesson.
 
Dans ce petit opuscule d'une centaine de pages, Jean d'O. nous donne, grâce à un style triple, ses explications relativement philosophiques (même s'il prétend qu'il ne s'agit pas d'un traité de philosophie) sur une trentaine de sujets que les philosophes n'ont cessé de questionner ces derniers siècles, comme l'univers, l'air, l'eau, la lumière, la justice, la liberté, la vie, la mort, l'amour, Dieu...et j'en passe.
 
  
A. Caractéristiques de l'essai

Titre =  Guide des égarés
Auteur = Jean d'Ormesson
Edition - Collection = Editions Gallimard
Date de première parution =  2016
Nombre de pages =  109 pages


Note pour l'essai = 16/20

 
B. Description de l'œuvre (Quatrième de couverture)
   
Nous ne savons ni pourquoi nous sommes nés ni ce que nous devenons après la mort. Nous sommes tous des égarés.

C'est à la question : "Qu'est-ce que je fais là ?" que s'efforce de répondre ce manuel de poche qui n'a pas d'autre ambition que de décrire avec audace, avec naïveté, avec gaieté, ce monde peu vraisemblable où nous avons été jetés malgré nous et de fournir vaille que vaille quelques brèves indications sur les moyens d'en tirer à la fois un peu de plaisir et, s'il se peut, de hauteur.
 
C. Mon avis sur l'essai
   

Cet essai était le premier que je lisais de Jean d'Ormesson et je n'ai pas été déçu, loin de là. Ce qui m'avait attiré vers cet opuscule était le fait qu'il traitait de nombreux  sujets philosophiques et je me demandais vraiment, après l'avoir beaucoup vu à la télévision, avec toute son éloquence, ce qu'il pouvait penser de tous ces sujets.

Tout cela nous donne cet opuscule très agréable à lire, mais toutefois parfois un peu difficile à suivre dans sa prose, à cause de phrases un peu complexes dans leur construction. Ce livre nous donne également des avis philosophiques à partager avec le plus grand nombre, même si je ne suis pas d'accord avec toutes ses affirmations (notamment lorsqu'il dit que pour les athées, la vie n'a aucun sens). Ce qui est également tout à fait délectable, c'est ce que j'appelle le "triple style" de Jean d'Ormesson (dont il dispose peut-être également dans ses autres œuvres) : en effet, il s'acquitte à la fois d'un style de scientifique (notamment lorsqu'il parle de l'univers, des éléments et de la lumière), d'un style digne des plus grands poètes que nous ayons connus et d'un style digne des plus grands philosophes quand il nous parle d'amour, de mort ou de liberté, par exemple.

En somme, une petite leçon de philosophie (même si l'auteur s'en défausse), très bien écrite qui nous ouvre les yeux sur les sujets les plus divers et nous invite nous-même à accomplir notre propre réflexion sur ces sujets.
 
D. Quelques bons passages de l'essai
 
Autant que nous sachions et au moins jusqu'à aujourd'hui, cette vie, qui est notre bien le plus précieux, se déroule sur une planète privilégiée et banale, fraction minuscule et franchement risible de l'immense univers. (p.11)
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Sur cette Terre où nous vivons, tout se hâte de disparaître. C'est la règle. Personne n'y peut rien. Le temps s'en va, les années s'en vont, la vie s'en va, et nous nous en allons. Rien ne dure. Tout passe. Sans la moindre exception. Nos bonheurs, nos chagrins, nos habitudes, nos croyances, nos langues, nos civilisations. Notre Terre n'est qu'une longue ruine, et elle passera tout entière. Et aussi notre Soleil et notre galaxie.  (p. 12) 
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Le propre de Dieu est de confondre en lui la présence et l'absence. (p. 35)
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La lumière n'est peut-être rien d'autre que le premier et le plus simple de nos bonheurs. Vivre, c'est découvrir la lumière du matin. Avec la ferme confiance, qui n'a même pas besoin de s'exprimer, de la voir encore se lever sous nos yeux dans les jours qui vont venir. (pp. 35-36)
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La pensée, nul ne l'ignore, est le propre de l'homme. Des poètes, des moralistes, des écrivains ont eu beau soutenir que le rire, la parole, l'idée de Dieu, la capacité de faire des projets dans l'avenir ou de se souvenir du passé, la vie en société, la politique, l'art et bien d'autres délicatesses étaient le propre de l'homme, les philosophes, de Platon, d'Aristote, de Saint-Augustin, d'Averroès à Montaigne et à Pascal, de Descartes et de Spinoza à Kant, à Hegel et au-delà, ne se sont occupés que de cette pensée des hommes autour de laquelle s'organise l'univers. (pp. 43-44)
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Penser la pensée est la tâche, non pas d'une science exacte, mais d'un art difficile, flanqué d'un vocabulaire technique et de règles précises et vagues : la philosophie.  (p. 45)
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Pour les athées, le monde n'a pas de sens. Il est absurde. J'ai souvent exprimé mon admiration pour les athées qui font du bien aux autres sans aucun espoir de récompense ni de reconnaissance, dans une pure gratuité dénuée de toute autre signification que la charité, la compassion, la solidarité et l'image qu'ils se font eux-mêmes et de leurs semblables. Ces athées seront assis là-haut, à la droite de ce Dieu auquel ils ne croient pas. Puisque ni l'univers ni la vie n'ont le moindre sens, le mal, pour eux, n'est ni plus ni moins inexplicable que tout le reste. Il est atroce comme le monde lui-même. Il est de l'absurde dans l'absurde, il est l'absurde au deuxième degré. (pp. 50-51)
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Forts et fiers de leur pensée qui triomphe dans l'espace et le temps, les hommes sont libres - ou se croient libres. Comme la pensée, comme le mal, la liberté est le propre de ce primate qui s'est hissé au rang de maître du monde.  (p. 55)
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Notre liberté est encadrée par les exigences et les règles les plus strictes. Nous ne sommes pas libres de refuser d'être nés, d'échapper à la mort, d'être un autre que nous-même, de revenir en arrière, de l'emporter sur le temps, de sortir de l'histoire. Mais nous sommes libres d'agir ou de ne rein faire, de choisir la droite ou la gauche, de dire oui ou non, d'accepter ou de refuser, de donner un sens nouveau au passé, d'infléchir l'image que nous  nous faisons de nous-mêmes et que nous offrons aux autres, de prévoir dans une certaine mesure et de préparer l'avenir et de forger notre destin. Nous sommes libres en un mot d'être des hommes et des femmes libres. (p. 56)
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Gouverner, c'est choisir entre deux inconvénients. Vivre c'est d'abord essayer d'éviter le pire. Et le pire n'est pas toujours la mort.  (p. 57)
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Les uns jouent un grand rôle dans l'histoire et laissent un nom derrière eux. Les autres disparaissent au plus vite corps et biens. Mais tous auront connu l'alternance du matin et du soir, le chagrin, l'amitié, le désespoir, la maladie, la passion ou l'amour. Il peut même arriver qu'un homme ou une femme n'éprouve rien du tout de la beauté du monde ni de la force des sentiments. Sa vie n'en aura pas moins été comme une sorte d'hosanna, étouffé et muet, jeté dans l'éternité.  (p. 62)

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Vivre n'est rien d'autre que mourir dans un avenir plus ou moins proche et toujours imprévisible. (p. 65)


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Considéré comme plus moral, l'ennui, ou au moins l'effort, a meilleure presse que le plaisir qui contribue pourtant beaucoup à l'agrément de l'existence de ceux qui s'y consacrent. (p. 68)

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À plusieurs reprises a été proclamée une fin de l'histoire. L'histoire ne finit jamais. Ou plutôt elle ne finira qu'avec les hommes, avec le temps et avec l'univers.  (p. 77)
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Le progrès est une réalité. Le progrès est une évidence. Le Progrès est une idole. Le Progrès est un mythe. Tout passe, tout évolue, mais tout reste toujours semblable. (p. 79)
 
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La démocratie consiste à introduire un peu de justice dans la jungle du pouvoir et à rendre à chacun un fragment minuscule de l'autorité publique. Avec son contrat social et sa règle de la majorité à une voix près, avec ses oscillations perpétuelles, avec ses excès et ses faiblesses, la démocratie est une illustration de l'imperfection tragique de ce monde : elle fonde un régime, incertain, changeant, trop souvent décevoir ) mais, à coup sûr, le moins mauvais de tous. Très loin d'assurer la justice dans ce bas monde, elle incarne pourtant un effort vers ce qu'il nous est permis d'espérer en matière de justice économique et sociale. (pp. 83-84)
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La beauté ? Une idée, un sentiment, un plaisir, une émotion. Et à nouveau un mystère. La beauté, comme le temps, nous ne savons pas ce que c'est. (p. 87)

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La beauté n'existe pas par elle-même, en l'absence des phénomènes ou des objets que nous jugeons beaux. Surgissant à l'origine dans un monde sans beauté, dans un monde au moins où la beauté, déjà présente, reste encore cachés, les hommes la font jaillir du vide de l'univers.  (p. 88)

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Il n'est peut-être pas tout à fait sûr que la beauté suffise à sauver le monde de la folie des hommes et de leur génie. Elle le rend en tout cas supportable. Elle le change en bonheur.  (p. 91)

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Faut-il à tout prix imposer aux autres une vérité dont ils ne veulent pas - et qui peut-être n'existe pas ? Mieux vaut parfois aimer les autres que de leur dire notre vérité. Il y a quelque chose de supérieur à la vérité - comme d'ailleurs à tout le reste : c'est l'amour. (p. 99)

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Dieu existe-t-il ? Le débat ne sera jamais tranché, et il ne sera jamais clos. Des arguments sans fin ont été échangés entre partisans et adversaires de l'existence de Dieu. On dirait que Dieu - ou son ennemi et rival, le hasard organisateur - a veillé avec soin à la fragilité de toute décision et au triomphe de l'incertitude. Tout choix, dans un sens ou dans l'autre, comporte une part d'arbitraire. (p. 112)

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