mardi 6 septembre 2016

Papas ! - Michel Torrekens


Papas !
 
Michel Torrekens



Bonjour à toutes et à tous,
 
Ce soir, je fais une petite pause dans mes lectures de la rentrée littéraire pour vous parler d'un recueil de nouvelles qui est sorti il y a quelques mois.
 
J'avais promis à l'auteur de le lire, voilà, c'est chose faite. Et je peux dire une chose : je ne regrette pas ma lecture, très loin de là !
 
Ces nouvelles nous interrogent sur le rôle de père et, après la lecture, nous pouvons répondre ainsi : il n'existe pas de père idéal et, même si le père est absent ou inexistant, son rôle demeure.

A. Caractéristiques du roman

Titre =  Papas !
Auteur = Michel Torrekens
Edition - Collection = Editions Zellige
Date de première parution = 2016
Nombre de pages =  141 pages


Note pour le roman = 15/20

 
B. Description de l'œuvre (Quatrième de couverture)
   
Treize portraits de pères. Autant de rencontres, souvent heureuses, ou parfois de rendez-vous manqués, avec leurs fils ou leurs filles. Mais pourquoi des pères ? En vingt-cinq ans de journalisme, Michel Torrekens a côtoyé des hommes et des femmes qui lui ont raconté leur relation avec leur père, entre joies et difficultés.
Mais ici, ni sociologie, ni journalisme. Il s’agit bien de treize fictions où s’expriment une émotion et une forme d’appel à plus de paternité dans nos sociétés.

On pense bien sûr à cette superbe chanson de Stromae qui a fait le tour du monde : … où t’es, papa où t’es ?... Tout le monde sait comment on fait les bébés, mais personne ne sait comment on fait des papas…

Des récits aux tons variés, qui abordent des réalités d’aujourd’hui, avec pour décors la mer du Nord, Bruxelles, l’Afrique, la France…


L’ouvrage débute par une très belle préface en forme de clin d’œil, signée Patrick Nothomb, lui aussi père… d’une certaine Amélie.
 

C. Mon avis sur le roman 
   
Qu'est-ce qu'être père ? Voilà la question que Michel Torrekens nous pose via cette petite dizaine de nouvelles, toutes écrites sur un mode relativement poétique.
Chaque nouvelle évoque une nouvelle problématique de la paternité :
* le père qui ignorait sa paternité,
* Un père flamand écarté de son fils par la mère de ce dernier, wallonne.
* le père qui culpabilise de ne pas avoir fait plus attention à sa fille, morte aujourd'hui,
* les pensées d'un père et de son fils pendant une partie de tennis,
* Un fils qui se recueille sur la tombe de son père...et j'en passe
Toutes ces nouvelles, écrites sur un mode poétique, ont notamment le mérite de toujours éviter le pathos quand le sujet est grave (notamment l'histoire du père qui culpabilise face à la mort de sa fille).
En outre, chaque nouvelle se lit avec le même plaisir et on ressort toujours de leur lecture avec la sensation d'avoir appris quelque chose sur les relations pères-enfants, ce qui en fait un recueil tout à fait enrichissant.
Bref, un recueil complet sur les relations pères-enfants, enrichissant et écrit de manière poétique et sans pathos. Un très bon moment de lecture
 
D. Quelques bons passages du roman

Il envie cette jeunesse insouciante, encore vierge de connaissance encyclopédique, à laquelle tous les possibles restent permis. Dans deux heures, il aura déversé son savoir, enfilé les citations, ânonné les commentaires savants devant un auditoire plus ou moins attentif, le premier rang invariablement occupé par des étudiantes au nombre desquelles figurera l'une de ses prochaines conquêtes. Quelques minutes plus tard, il rejoindra sa plus fidèle compagne, la solitude, et dépouillera son courrier. (pp. 18-19)
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Monsieur, vous ne me connaissez pas et pourtant je suis la personne au monde qui vous est la plus proche. Vous comprendrez bientôt, si tant est que vous soyez apte à comprendre vos semblables. Maman est morte aujourd'hui. J'ose enfin vous écrire, bien que l'envie m'en tardât souvent. Ma mère est décédée d'une souffrance qu'elle traîne depuis trop longtemps, qui l'a usée jusqu'à la vider de sa dernière énergie. J'aurais voulu garder d'elle le souvenir de la femme superbe qu'elle fut, de son sourire optimiste, de sa foi dans la vie. [...] Ma mère n'est plus et vous êtes responsable de sa mort. Vous êtes son assassin. Vous devez me prendre pour un fou : je vous le déconseille. (pp. 19-20)
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Je m'aperçois aujourd'hui que j'ai accepté un peu trop docilement que ma mère m'inscrive au cours d'anglais lorsque s'est imposé le choix d'une langue étrangère. C'était une manière supplémentaire de gommer mon père. Etranger, le néerlandais n'aurait pas dû l'être pour moi, puisqu'il s'agit de ma langue paternelle comme le français est ma langue maternelle. Mais une langue étouffée par le temps, assoupie et somnolente.  (p. 31) 
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Ma mère n'a conservé de lui que la mémoire de leurs échecs mutuels, ce qu'ils ont le mieux réussi finalement. Peut-elle seulement imaginer que mon père avait connu ici une vie honorable ? Que la gestion de son camping lui avait permis d'acquérir une villa enviée dans l'arrière-pays. Mieux, qu'il avait refait sa vie. Faire, défaire et refaire, c'est toujours vivre. (p. 36)
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Depuis deux décennies, je viens me recueillir devant celui qui, à bien y réfléchir, fut mon seul maître à penser. A ne pas penser comme lui. Un rituel. Mon 1er mai à moi. Mon maître et mon géniteur, l'un n'allant pas sans l'autre, dont je cherche à reconstituer les traits. (p. 41)
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Il était l'architecte inébranlable de sa propre vie, s'était construit un monde, entouré d'obligés, gonflé de certitudes à force de côtoyer le pouvoir au point de s'y assimiler. Voilà ce que j'aurais eu envie de lui jeter au visage. Ce qui eût été vain. (p. 44)
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Lorsque le professeur Renson avait annoncé sa volonté de divorcer, sa femme et sa fille étaient tombées des nues. Il voulait désormais vivre sa vie, avoir du temps pour lui, sortir du rôle d'époux et de père dans lequel il était enfermé. Il était persuadé d'avoir honoré ses engagements, d'avoir fait son devoir. Il voulait échapper à cette existence cosmétique. Sans surprise. Cécile et Claire ne comprenaient pas, ne le reconnaissaient pas. Elles avaient la conviction de lui avoir laissé les coudées franches, il avait pu mener sa vie comme il l'entendait,, son métier dévorait l'essentiel de son temps. Elles ne s'en étaient jamais plaintes.
Claire était encore plus révoltée que Cécile. Son rôle ? Son devoir ? Il voulait un diplôme peut-être ? Avec mention et le honneurs du jury ! Mais quel rôle ? Il ne s'intéressait qu'à son parcours d'élève studieuse qu'il aimait exhiber dans les soirées où n'étaient invitées que ses relations. Il insistait pour signer des bulletins louangeurs, ça oui. Pour le reste, que savait-il de sa vie ? Devinait-il ses stress et ses angoisses ? Avait-il une idée de ce qu'elle ressentait au quotidien, de ce qu'elle vivait en dehors de ses cours ? Sa mère la laissait dérouler son chapelet de colères. Une diatribe à laquelle le professeur Renson ne s'était pas préparé...(pp. 55-56)
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Lui vibre à l'idée de retrouver sa Célia, enceinte jusqu'au cou, de partager avec elle les moindres soubresauts de son ventre, de sentir sous sa paume intimidée cette peau tendue et palpitant de vie [...] Lors de sa dernière visite, il n'avait pu décrocher son regard du moniteur où s'animait le fœtus. Tous ces points blancs et noirs formaient une nuit étoilée où se dessinait une constellation à laquelle il se sentait lié, à laquelle il allait consacrer désormais sa vie. Sa place dans l'univers s'en trouvait bouleversée. Cette chose minuscule était comme le prolongement de ce qu'il avait vécu jusqu'à présent, une réalité qui avait la force d'un mystère qui vous donne des ailes. (p. 70)
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