jeudi 15 septembre 2016

Blondin - Jean Cormier et Symbad de Lassus


Blondin
 
Jean Cormier et Symbad de Lassus





Bonjour à toutes et à tous,
 
Aujourd'hui, ce n'est pas un roman de la rentrée littéraire que je vous présente mais un livre regroupant des témoignages sur la vie d'un auteur qui fut très célèbre en son temps mais qui, malheureusement, est quelque peu tombé dans l'oubli aujourd'hui : le formidable auteur d'Un singe en hiver ou encore de nombreuses chroniques sur le Tour de France cycliste, M. Antoine Blondin,
 
M. Blondin est un auteur que j'affectionne notamment pour le roman que je viens de citer (qui est une merveille) mais aussi parce qu'il fait partie d'un courant littéraire que je suis de plus en plus curieux de découvrir : le courant des "Hussards".
 
 
 
A. Caractéristiques de l'essai

Titre =  Blondin
Auteur = Jean Cormier et Symbad de Lassus
Edition - Collection = Editions du Rocher
Date de première parution = 2016
Nombre de pages =  186 pages


Note pour le roman = 15/20

 
B. Description de l'œuvre (Quatrième de couverture)
   
« L'homme descend du songe » a assuré Antoine Blondin, hussard à la plume acérée.

Personnage étonnant, déroutant et fantasque, il est l'auteur de 5 romans dont le plus célèbre, Un singe en hiver, lui aura permis de passer à la postérité via l'adaptation cinématographique d'Henri Verneuil, avec un Gabin plus touchant que jamais et un Belmondo à l'aube de sa carrière.

Antoine Blondin s'est également taillé sa réputation d'écrivain génial sur les rout
es du Tour de France, qu'il a couvert 27 fois pour L'Equipe de 1954 à 1982, ouvrant la voie à la littérature sportive du XXe siècle.

Prince du calembour, il reste pour beaucoup de « maîtres et maîtresses d'école » un exemple à montrer aux élèves. Le style Blondin est unique.
 

 
C. Mon avis sur l'essai
   

En achetant ce livre, je m'attendais à une banale biographie d'Antoine Blondin, mais Jean Cormier et Symbad de Lassus (petit-fils d'Antoine Blondin) ont eu une idée bien plus lumineuse pour faire transparaître la personnalité complexe d'Antoine Blondin : une série de témoignages de ses plus proches amis, parmi les plus célèbres Raymond Poulidor, Jean-Paul Belmondo ou encore Juliette Gréco.
Cette collection de témoignages, qu'ils soient de personnes du monde du sport (rugby et cyclisme) ou du journalisme ou ses amis de plume (comme Bernard Pivot ou Michel Déon (dernier Hussard encore en vie)), ont le mérite de faire transparaître avec beaucoup d'honnêteté toutes les facettes d'Antoine Blondin : écrivain de talent, jouant entre les calembours et les phrases incisives, mais aussi sa tendance à la dépression, son alcoolisme (qui aurait fait tout son talent d'écrivain selon certains) mais aussi le fêtard, et j'en passe.
De plus, comme un cadeau aux lecteurs, le livre contient également quelques extraits délectables de chroniques que Blondin a pu écrire sur le Tour de France. Un délice qui donne également envie de les lire en intégralité.
En somme, une collection de témoignages passionnants qui ont le mérite de ne pas dépeindre un Blondin 100% positif et immaculé mais parle sans retenue du revers de la médaille de ce si grand homme. À recommander aux amateurs d'Antoine Blondin. 
 
D. Quelques bons passages du roman
 
Voici vingt-cinq ans, Antoine Blondin, écrivain majuscule, plume transcendantale du Tour de France, buveur-buvard et fumeur invétéré, cassait sa pipe le 7 juin 1991, à 69 ans, dans son refuge de Saint-Germain-des-Prés, rue Mazarine. À sept bistrots de l'Académie Française qui n'a pas daigné le recevoir dans sa Docte maison dorée. Son jaune à lui était celui du maillot phare du Tour de France et la couleur du Pastis 51, qu'il buvait double en commandant un "102" dès lors qu'il descendait de la mythique voiture "101" du Tour de France, la voiture du journal L'Equipe, avec le robuste et respectueux Jean Farges au volant et, pour autres colocataires, les journalistes Pierre Charny, Michel Clare ou Jacques Augendre, toujours gaillard à 90 printemps et 55 Tours au compteur, lui sans avoir contracté la tendinite du leveur de coude !     (p. 9)
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(Sylviane, sa première femme) : C'était quelqu'un de secret, de dissimulé. Mystérieux...Il n'était pas menteur, mais avait du mal à dire la vérité. (p. 36)
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(Laurence, sa fille aînée) : Et puis, il y a ce que tu as écrit, toi. C'est longtemps après ta mort que j'ai lu pour la première fois Un singe en hiver. Dans ton œuvre, la frontière entre la fiction et la biographie est mince. C'était comme si j'avais reçu une émouvante lettre posthume, dans un style admirable.  (p. 44) 
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(Bernard Pivot) : J'ai lu ses chroniques, bien sûr, mais ce sont surtout ses romans qui m'intéressent. Car de quoi parlent-ils finalement ? Ils parlent des fêlures, des blessures, des manques, des rêves, de l'impossibilité de vivre avec soi-même et surtout l'impossibilité de vivre avec son temps. Ils parlent tant et si bien du chagrin d'exister, de la mélancolie de la vie, des habitudes, des petites choses que l'on fait sans y prêter beaucoup d'attention, que l'on pourrait se dire, de prime abord que Blondin, c'est sinistre, c'est épouvantable, qu'il est dans la morosité du début jusqu'à la fin. Eh bien, pas du tout ! Et c'est là que réside son génie ; il parle de cette mélancolie, de cet ennui, avec une sorte d'allégresse, une fausse nonchalance et un humour qui n'appartiennent qu'à lui. Et le contraste entre cet ennui dans la vie et son style - qui est un style qui fourmille de choses amusantes, décapants, inattendues, virevoltantes - est tout à fait extraordinaire. Tout ce qu'il écrit est empreint de charme, de grâce et de poésie. Son style est d'une élégance rare. Je le comparais volontiers à un exercice d'équilibriste. (p. 54)
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(Bernard Pivot) : Il oblige son lecteur à une attention et à une véritable patience. Mais quand on aime la littérature, quand on l'aime vraiment, on peut être qu'enchanté à la lecture de ses livres, et notamment les phrases stupéfiantes qu'il est capable d'écrire.  (p. 55)
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(Michel Clare) : Mais sa vraie passion, c'était le Tour de France. C'est sur cette épreuve qu'il a véritablement apporté quelque chose de nouveau tant dans le style que dans la manière d'appréhender une étape.   (p. 72)
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(Michel Clare) : Sauf que, contrairement, qui devions rester dans un certain carcan, lui avait une liberté absolue. Et c'est cette liberté qui rendait son travail d'autant plus que admirable car, en dépit de cela, il demeurait toujours très lié à l'actualité. Si sa chronique pouvait sembler s'éloigner de la course, ce n'était que pour mieux rebondir à la fin. Il avait une sensibilité qui lui permettrait de voir et sentir des choses qu'aucun de nous ne voyait. Il parlait des hommes, il parlait des fêtes, des faits marquants de la journée, n'hésitant pas à traiter des affaires sérieuses, mais toujours à sa manière. Il a ainsi fait un pastiche de Madame de Sévigné sur l'affaire des Poisons pour parler du dopage !  (p. 73)
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(Jacques Augendre) : J'ai d'abord été frappé par l'humilité de cet écrivain non-conformiste et impertinent dont chacun pouvait apprécier la disponibilité. Il ne faisait jamais l'étalage de sa culture, mais il nous fascinait par l'étendue de ses connaissances, quel que soit le sujet de la conversation. Il associait dans une pirouette le profane et le sacré, les grandes pensées philosophiques et les brèves de comptoir, Jacques Goddet et Saint-Simon, Marcel Proust et Raymond Poulidor, le Temps perdu et les Tours perdus. Romancier, chroniqueur, virtuose de l'écriture, champion de l'à-propos et de l'avant-propos, il avait rédigé une multitude d'introductions aux ouvrages les plus divers, ce qui lui permettait d'affirmer : "J'éprouve une certaine fierté, même si je ne suis pas fier de nature, de posséder un record original. Je suis le seul qui ait préfacé Goethe, Louison Bobet et Pierre Chany."  (p. 78)
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(Jacques Augendre) : Il existait une telle osmose entre Blondin et la course cycliste que le Tour de France semblait être complice de son humour : il lui fournissait en permanence la matière de ses facéties et de ses gags. Antoine était un noctambule. Il s'inventa deux surnoms : Monsieur Jadis et Gentleman-fermeur, parce qu'il mettait un point d'honneur à faire la fermeture des bars. Ses nuits étaient généralement courtes, il s'exposait, comme les coureurs, à de sévères défaillances pendant la journée. Avant de sombrer dans la torpeur, il se calait sur son siège et mettait ses lunettes noires qu'il appelait ses "lunettes de sommeil." (p. 79)
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(Jacques Augendre) : Antoine cultivait le paradoxe à longueur de journées.  Clown triste, optimiste anxieux, désinvolte et perfectionniste , partagé entre l'envie d'écrire et l'ennui d'écrire, il blaguait et buvait pour oublier ses angoisses  (p. 80)
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(Jean Hatzfeld) : Tour de France, Jeux Olympiques, le lecteur qui, le lendemain au bistrot, se ravissait de la magie des titres, de la drôlerie des calembours, de la beauté des métaphores, qui se délectait d'une fluidité malicieuse de la prose et de la précision des images, n'envisageait pas une seconde les vitupérations, menaces, supplications, altercations dans lesquelles avaient éclos ces tranches d'anthologie sportive.
Bon, mais que croire de ces souvenirs, souvent eux aussi enveloppés de limbes alcoolisés, dans une mémoire bousculée par l'effervescence de la course et les trépidations de la presse ? Qu'importe.        (pp. 92-93)
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(Raymond Poulidor) : Antoine Blondin et Raymond Poulidor ont donc le tour de France pour dénominateur commun. Raymond sans avoir porté le maillot de la couleur qui dopait Antoine...En fait, il a bâti sa légende en s'éreintant à courir après le Jaune, alors qu'Antoine s'est imprégné de la couleur ensoleillée pour, en faisant du surplace, inonder de bonheur ses lecteurs ! Deux destins à la fois dissemblables et finalement pas si éloignés que ça, unis par la route du Tour dont chacun, à sa manière, a été un Géant.          (p. 106)
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(Jean-Paul Belmondo) : Mais l'autre rencontre encore plus heureuse, alors que cela ne paraissait pas tellement évident, au départ, ce fuit celle de Michel Audiard avec Antoine Blondin. Le roman est sans doute celui dans lequel Antoine s'est le mieux mis en scène, si je puis dire, et Audiard s'en est merveilleusement imprégné. Antoine a un style d'écrivain d'une incomparable pureté mais, je ne suis pas sûr (qu'il me pardonne !) qu'il aurait su mettre son roman en dialogues aussi magistralement que ne l'a fait Audiard. Michel a certes "piqué" beaucoup de répliques dans le livre, mais il eut l'art de les sélectionner et de les faire vivre. (p. 140)
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