mercredi 18 mai 2016

Au secours ! Les mots m'ont mangé - Bernard Pivot



Au secours ! Les mots m'ont mangé
 
Bernard Pivot




Bonjour à toutes et à tous.
 
Mon billet du jour, en ce mercredi, portera sur un petit essai, le dernier ouvrage du plus grand ami des mots, des livres et des écrivains encore vivant à ce jour, j'ai nommé Monsieur Bernard Pivot. Dans ce petit essai, teinté d'humour (parfois surréaliste), M. Pivot nous confronte à notre rapport aux mots et à leur assemblage, de la naissance jusqu'à notre confrontation devant le Tout-Puissant.
 


A. Caractéristiques de l'essai


Titre =  Au secours ! Les mots m'ont mangé

Auteur =  Bernard Pivot

Edition - Collection = Allary Editions

Date de première parution = 2016

Nombre de pages =  93 pages

Ma note pour le livre = 
15/20


B. Petit mot sur l'auteur (Babelio)
 
Bernard Pivot est né à Lyon en 1935.
 
Son premier boulot en rapport avec les lettres est le journalisme au Figaro Littéraire, qu'il intègre en 1958. A partir de 1970, il anime une chronique radiophonique et, à la disparition du Figaro Littéraire, en 1971, il devient chef de service au Figaro, qu'il quittera trois ans plus tard, avec l'accord de Jean d'Ormesson. C'est alors que Jean-Jacques Servan-Schreiber le démarche pour la création d'un magazine, qui deviendra plus tard le magazine Lire.
 
Il débarque à l'ORTF en 1973, où il anime l'émission Ouvrez les guillemets, sur la première chaîne. L'année suivante, à l'éclatement de l'ORTF, il lance, sur Antenne 2, sa première émission mythique, Apostrophes, qui durera jusqu'en 1990 
 
L'année suivante, il crée l'émission Bouillon de Culture qui s'intéressera à un horizon culturel plus large, avec notamment la musique et le cinéma, qui durera, elle, jusqu'en 2001.
 
Le 5 octobre 2004, il est élu à l'Académie Goncourt, au couvert n°1, succédant à André Stil. Il est le premier non-écrivain à être élu dans cette Académie. 

+ Voir pluC. Description de l'œuvre (Quatrième de couverture)
 
Ecrit par admiration des écrivains, dit sur scène par son auteur, ce texte est une déclaration d’amour fou à notre langue. Bernard Pivot y raconte la vie d’un homme qui, malgré ses succès de romancier – invitation à Apostrophes, consécration au Goncourt – a toujours eu l’impression d’être mangé par les mots. Leur jouet plutôt que leur maître.


Un hommage malicieux, inventif et drôle aux hôtes du dictionnaire.

 
 
D. Mon avis sur le roman
 
Dans ce petit essai, Bernard Pivot prend la place d'un écrivain pour nous confronter, avec malice et bonne humeur, à notre rapport aux mots, que l'on soit un enfant, un étudiant, un jeune amoureux, un écrivain ou un mort se présentant devant le créateur.
 
Ce texte est destiné, avant tout, à la scène, ce que Bernard Pivot n'hésite pas à faire trois à quatre fois par mois.
 
Un chouette petit texte qui, pour les amateurs de mots et de Bernard Pivot, sera un véritable petit régal. En plus, petit bonus, un DVD du spectacle par Bernard Pivot est offert avec le livre.
 
 
E. Quelques extraits du roman
 
 
Les mots, leur choix, leur appropriation, leur utilisation, leur agencement, sont l'obsession des écrivains. Leur multitude est effrayante. De leur disponibilité naît l'impression d'une toute-puissance sur eux alors que leur paisible tranquillité est un leurre : malins, subtils, ils s'introduisent en permanence dans la tête des écrivains et gouvernent au moins autant leurs pensées qu'ils se plient à leur réflexion. Dans le combat qui les oppose les mots ne crient jamais victoire. Ils sont silencieux et modestes. Ils abandonnent aux signataires la gloire du Goncourt et du Nobel. A-t-on déjà vu un lauréat remercier les mots de leur collaboration ?   (p. 10)
 
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Je suis sûr que pendant les neuf mois de résidence dans le ventre de nos mères, nous avons enregistré beaucoup de mots, et même des phrases, que nous pourrions restituer dès notre naissance si psychologiquement nous en étions capables.  (p. 14)
 
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J'ai donc appris à lire et à écrire. A l'école communale. Un jour l'instituteur nous a dit :
 
- F - e - deux m - e se prononce femme
- Mais, lui dis-je, il n'y a pas de a dans femme
- C'est exact. Bien vu. Mais c'est comme ça : le e de femme se prononce a 
 
Alors je me suis dit : "Oh là là, je sens qu'avec les femmes, ça va être compliqué..."
 
Et ça l'a été, je ne me suis pas trompé... (p. 19)

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Le Petit Larousse et le Petit Robert sont des écoles de l'obéissance et de la modestie (p. 23)

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Avec ses noms communs et ses noms propres, Le Petit Larousse a été ma première agence de voyages. Sûre, commode, rapide, universelle. Les dictionnaires sont les meilleures agences de voyages au monde. (p. 26)

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La langue française est misogyne. Elle n'est pas généreuse envers les femmes. Elle est réticente à leur donner la place qui leur revient. Elle joue la confusion, la méprise, le cafouillage. Alors, moi, écrivain, je suis bien embêté.  (p. 36)
 
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Oui, la langue française manque de clarté, de rigueur. En voici un exemple qui, justement, a été préjudiciable aux femmes. Le sexe. Le mot sexe. Il en existe deux, que je sache. Le masculin et le féminin. Or, le mot sexe est exclusivement du genre masculin. Il n'est pas normal que le mot sexe ne soit pas aussi du genre féminin. On dit bien un sexologue et une sexologue. Pourquoi ne dirait-on pas un sexe et une sexe ?  (p. 37)
 
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C'est pourtant très agréable de prononcer les banalités de la vie de tous les jours. C'est même reposant. Mais je ne pouvais plus me laisser aller à de telles facilités. Mon auditoire, (exigeant, c'est normal) en aurait été déçu. Peut-être consterné. Alors, je me suis mis sous surveillance. Cela fait cinquante ans que je surveille ce que je dis, que je m'interdis les banalités d'usage, que je refuse la petite monnaie de la conversation. (p. 41)

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J'aime beaucoup les mots puisqu'ils me font vivre et que, grâce à eux, j'ai acquis une certaine notoriété dans la République des lettres. Les mots sont à l'écrivain ce que sont l'argile et le marbre au sculpteur, la farine au boulanger ou les cartes au joueur de poker. L'ennui avec les mots, c'est qu'ils sont très nombreux. Il faut choisir les bons, ce n'est pas facile. Proust en a choisi beaucoup et il ne s'est jamais trompé. Que ce soit au tirage ou au grattage, Marguerite Duras a toujours sorti les mots gagnants. On reconnaît les grands écrivains à ce qu'ils ne se trompent jamais dans le choix des mots. (pp. 45-46)

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L'écrivain sera toujours considéré comme un être étrange qui entretient avec les mots des relations plus intimes et plus passionnées qu'avec sa femme, ses maîtresses, ses enfants, et même qu'avec ses chiens et ses chats. (pp. 50-51)

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Les écrivains sont des despotes qui règnent sur le peuple, l'immense peuple des mots.

Oui, tout ça c'est bien joli, mais c'est faux.

Les écrivains ne sont que des tigres de papier.

Bien loin de régner sur les mots, ce sont eux, les écrivains, qui sont occupés, envahis, submergés, par ces milliers et milliers de petites bêtes qui tantôt sont immobiles comme des araignées, tantôt s'avançant en rampant telles des chenilles, tantôt leur sautent dessus comme des sauterelles. (p. 78)

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Plus l'écrivain-lecteur vieillit, plus ils se montrent de féroces colonisateurs. Ils bouffent chaque année un peu plus d'espace. Leur voracité se révèle d'autant plus efficace qu'elle est silencieuse et que leurs lentes avancées se font sous le couvert rassurant de la culture, avec la bénédiction des professeurs, avec les encouragements des critiques et avec la collaboration diarrhéique de nous autres, écrivains graphomanes. (p. 80)



 
 
 

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