samedi 28 mai 2016

Apaise le temps - Michel Quint



Apaise le temps
 
Michel Quint




Bonjour à toutes et à tous.
 
Mon billet du jour, en ce samedi, portera sur le dernier roman de Michel Quint qui, malheureusement, est loin d'avoir comblé mes espérances.

A. Caractéristiques de l'essai


Titre =  Apaise le temps

Auteur =  Michel Quint

Edition - Collection = Editions Phébus

Date de première parution = 2016

Nombre de pages =  95 pages

Ma note pour le livre = 
12/20


B. Petit mot sur l'auteur
 
 
Michel Quint est né la 17 novembre 1949 à Leforest dans le Nord-Pas-de-Calais (aujourd'hui appelée Hauts-de-France)
 
Parallèlement à sa carrière de professeur, il écrit pour le théâtre avant de se lancer dans le roman noir. En 1989, il obtient le Grand Prix de la littérature policière pour Billard à l'étage, paru aux Editions Calmann-Lévy et décide alors de se consacrer pleinement à l'écriture.
 
En 2000, il rencontre le succès avec Effroyables jardins, qui fut tour à tour récompensé par le prix Ciné-Roman et le prix de la Nouvelle de la Société de gens de lettres, porté à l'écran par Jean Becker et adapté au théâtre. Véritable best-seller, il a été traduit en vingt-cinq langues et vendu à plus d'un million d'exemplaires en France.
 
Il est l'auteur d'une quarantaine d'ouvrages dont L'espoir d'aimer en chemin, Max, Avec des mains cruelles, Fox-Trot et le dernier en 2016, Apaise le temps.


C. Description de l'œuvre (Quatrième de couverture)
  

Une libraire, ça crée des dettes. D'argent parfois bien sûr, mais surtout de cœur. Lorsque Yvonne meurt, les souvenirs affluent pour Abdel, un jeune professeur de Roubaix. Il se revoit enfant entre les murailles de bouquins, prêt à avaler tout Balzac sans rien y comprendre. De là à accepter la succession, il y a un pas...que l'inconscient fait à l'aveuglette. Le voici bientôt en butte aux problématiques économiques du métier. Mais aussi aux dangereuses archives photographiques de son aînée. En fouillant les cartons, c'est tout un pan de la guerre d'Algérie qui renaît, entre partisans du FLN, harkis et OAS. En quoi ce passé concerne-t-il les habitués de la librairie ? Sans trop se garder de l'amour, Abdel mène l'enquête.

Généreux avec ses personnages comme avec le lecteur, Michel Quint nous offre un roman sur les racines d'une France multiculturelle, portée par l'entraide.


D. Mon avis sur le roman

En un mot comme en cent, je dirais que ce roman m'a tout simplement déçu.
 
Pourtant, Michel Quint avait une excellente idée de départ : raconter la reprise d'une librairie de quartier de Roubaix, qui lutte contre l'informatisation de la vente de livres, par des jeunes d'origine algérienne et albanaise. Tout cela mêlé aux blessures non refermées qu'a causées la guerre d'Algérie. Tout cela donne une histoire qui n'est pas mal du tout.
 
Malheureusement, la mise en page du livre et le style d'écriture du livre ankylosent profondément la narration. Ce qui est surtout gênant, c'est l'indifférenciation entre les phrases narratives et les dialogues, même si on retrouve certaines réflexions bien senties sur le monde de la lecture, de l'édition et de la librairie d'aujourd'hui.
 
En somme, un livre avec une très belle histoire, mais dont l'écriture ne nous permet pas d'avoir une lecture suivie et qui rend parfois cette dernière relativement pénible.

E. Quelques bons passages du roman
 
La petite librairie ne quitte l'ombre de l'hôtel de ville de Roubaix à aucun moment du jour. Et aucune saison ne fait exception. Que règne cette canicule moite dans le Nord, le temps frileux de brumaire ou un hiver de diamant, le soleil effleure à peine sa façade. Le printemps, l'été ne sont ici qu'une idée étrangère, une nécessité acquittée en douce par la nature, comme les demoiselles en fleur se doivent d'ôter vite fait leur maillot mouillé à la plage sous une serviette mal nouée. Si on leur aperçoit le saint-frusquin l'espace d'un éclair, c'est bien le diable  (p. 9)
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* Abdel est entré pour la première fois entre les murailles de bouquins vers ses cinq ans avec une soif de lecture à avaler tout Balzac sans rien y comprendre. Il a admiré l'échelle accrochée à la barre de cuivre qui court tout autour du magasin, vers les rayonnages élevés, les volumes hors d'âge, jaunis, dont Yvonne refuse de se défaire et qui vieillissent là comme des vieux acteurs oubliés à la bourse aux comédiens. Elle a consenti à lui vendre solennellement Ivanhoé en version résumée, pour quarante centimes de franc en pièces jaunes, un volume gâté par un verre d'eau renversé. Elle lui a demandé son nom afin de l'inscrire sur la liste des clients fidèles, n'a pas commenté la double origine, juste remarqué la rime entre nom et prénom et s'est présentée à son tour. (p. 13)
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* Et qui achèterait une librairie quand un géant de la vente de livres en ligne s'installe dans la ville ? Des milliers de mètres carrés d'entrepôts, toute la littérature à disposition. Abdel n'a pas de réponse, il voit de près chaque jour l'illettrisme et la friche culturelle après la débâcle industrielle, il parierait pour le rachat par une banque. Il est sorti de l'étude Liévin sur ces mots.     (pp. 22-23)
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Emigrer sur des postes plus glorieux, passer un doctorat, enseigner en faculté, se faire détaché dans un ministère, un rectorat, non. Il est de la race des hussards de la République, le terrain à découvert, pas planqué.   (pp. 24-25)
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Alors maintenant c'est fini de supporter les volées par des petits cons, la chair de l'humanité c'est la création, alors il va faire comme les chercheurs de Pasteur, du CNRS, payés trois sous mais qui s'obstinent à progresser à petit pas, il va être le fameux colibri qui tâche d'éteindre l'incendie, il va faire son boulot d'homme, ici à Roubaix, la ville la plus pauvre de France, parmi les chômedus et les dealers, les petites qui croient n'avoir que leur virginité comme fortune, les desperados sans culture de nulle part, parmi les sociétés de haute technologie, dans un monde écartelé sans repères communs, et vivre ou crever avec cette librairie. (p. 49)
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Zita, petite boule de fatigue en jean et débardeur noirs, crevée de sa journée chez Repères, pauses étriquées, courses entre les rayonnages immenses comme une ville hostile pour rassembler les commandes, pas de contacts humains, aucun conseil à donner à personne. Avec son diplôme des métiers du livre elle n'est même plus libraire, et se laisse aller à l'épaule Abdel. Ses parents à l'usine de tracteurs dans la banlieue de Tirana, à l'époque du tyran Hodja, c'était pas pire que le totalitarisme du capital. Rosa a les yeux vagues.  (p. 51)
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* La plupart du temps, 20% des titres, les plus populaires, produisent 80% du chiffre d'affaires. Les mémoires d'un présentateur de JT, un roman d'amour écrit par une actrice illettrée, les confessions de la maîtresse d'un homme politique, le pire des polars américains, et du cul sous cellophane...Des textes souvent écrits par des nègres ? Yvonne le disait, oui, avec du mépris. Elle prenait le minimum de tous ces titres grand public. Deux exemplaires. Même les livres pilotés elle les mettait au rancart, ceux dont le distributeur impose un nombre d'exemplaires sans rapport avec les offices et qu'il faut bien vendre, quelle que soit la qualité d'écriture...   (p. 50)
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Yvonne ne comptait que sur une clientèle avertie. Donc sur 20% de son chiffre potentiel. Regarde ses commandes hors offices : des romans hongrois, italiens... les polars suédois, elle admettait... les français qu'elle prenait par dix, tous elle essayait de les refiler aux petites dames qui venaient demander un roman avec du cul dedans, tu sais le gris nuancé, les bâtards du sexe, mais tintin, elles en voulaient pas de Claudel, de Martinez, Chalandon, Garat, du coup elles achetaient rien...Tu les connais toi, ces écrivains ? 
- Oui.
Oui, Abdel connaît, ils sont remarquables, des auteurs importants, qui prennent le monde dans le filet des mots, c'est son métier n'est-ce-pas, de peser les destins littéraires. Il essaie de convaincre son petit peuple d'élèves de les lire. Sans beaucoup de succès non plus. C'est vrai. La culture n'est même plus un lieu d'affrontement social ou ethnique. Chacun chez soi, à sa place vide. (p. 53)
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Danser ne serait pas penser. Et ici penser est une faute, un oubli de l'instinct de survie.   (p. 60)
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Les liseuses d'abord, les tablettes de Repères, Yvonne a toujours refusé d'en vendre, pareil pour les livres électroniques. On numérise à tout va ! Selon des normes précises. Bientôt plus besoin d'éditeurs, de distributeurs, à peine des auteurs, et surtout pas de libraires ! Je parle à personne, j'exécute des commandes à chier ! T'es mal barré, mon Abdel : plus ton mot à dire. Repères met en ligne directement sur l'écran du lecteur ! Et les best-sellers programmés, ils les vendent hors offices AVANT leur sortie en librairie ! Plus d'intermédiaires, plus de conseil, la culture officielle sans concurrence ni contradiction ! On lira une offre unique. C'était pareil pour mes parents quand un livre arrivait dans les librairies vides de Tirana : on lisait celui-là ! Et on mangeait des oranges parce que c'était le seul fruit disponible. (p. 76)
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Sauf qu'on ne peut pas ravaler la gueule de Flaubert, il est laid, globuleux, Sartre, tu as vu cette grenouille bigle ? Je te parle pas de Colette sur la fin... Et maintenant on donne dans la sophistique, on confond le vrai et le beau, l'auteur et le texte. Tu me l'as confirmé : un type à tomber ne peut écrire qu'un best-seller, pareil une jolie fille...J'arrête pas d'avertir mes élèves, attention à la littérature Facebook, gueule d'amour...Tiens, les greluches de télé-réalité, because leur plastique c'est forcément des "auteuses potentielles"...Et un mec pas beau...Pardon, je radote...Paradoxalement, des nanas rescapées des prisons sud-américaines, des demi-mondaines en mal de footballeur qu'ont même pas écrit les reality-books qu'elles signent, on leur mitonne des rencontres pour écrivains alors qu'elles n'ont fait que vivre...Rien que vivre ! La librairie de grande distribution convoque les personnages vivants, pas les écrivains. Et elle façonne le goût du public. Il n'y reconnaît plus rien, n'est plus capable d'apprécier un texte à son poids véritable. Tout se vaut. Mes élèves confondent Véronique Genest et Jean Genet ! Les libraires ont une responsabilité civile, à eux de refuser la démagogie et le profit facile, pas possible de jouer les Ponce Pilate !  (pp. 78-79)
 
 

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