mercredi 13 avril 2016

Un chemin de tables - Maylis de Kerangal




Un livre culinaire
 
 Un chemin de tables de Maylis de Kerangal
 
Bonjour à toutes et à tous.


Aujourd'hui, mon petit billet portera sur un tout petit roman, assez cool et facile à lire, qui est le dernier opus de l'auteure de Réparer les vivants, Maylis de Kerangal. Ce petit opus, paru aux Editions du Seuil, pour la collection Raconter la vie, s'intitule Un chemin de tables.
Dans ce roman, nous suivons l'itinéraire de Mauro, jeune étudiant en économie qui décide de se reconvertir dans le milieu culinaire. Maylis de Kerangal nous retrace son parcours dans les différents types de restaurants dans lesquels Mauro travaille au travers d'une avalanche de cartes, de produits différents, qui nous emmènent en France et en Thaïlande.
 
A. Caractéristiques du roman

Titre =  Un chemin de tables

Auteur =  Maylis de Kerangal

Edition - Collection = Editions du Seuil

Date de première parution = 2016

Nombre de pages =  95 pages

Ma note pour le livre =  16/20

 
 
B. Petit mot sur l'auteure (Babelio)
 
Maylis de Kerangal est née à Toulon le 16 juin 1967.

Elle est l'auteur aux Éditions Verticales de deux romans, "Je marche sous un ciel de traîne" (2000) et "La Vie voyageuse" (2003) et d'un recueil de nouvelles très remarqué: "Ni fleurs ni couronnes" (2006).

 
Le 3 novembre 2010, elle remporte au premier tour le prix Médicis pour son roman "Naissance d'un pont". Le livre est la même année en sélection pour les prix Femina, Goncourt et de Flore.
En 2014, elle reçoit pour "Réparer les vivants" le prix Orange du livre, le Prix RTL-LIRE, le prix relay des voyageurs et le prix des lecteurs de l’Express-BFM TV, roman adapté au cinéma par Katell Quillévéré avec Émmanuelle Seigner et Anne Dorval.

Elle publie "À ce stade de la nuit" en 2014 aux Éditions Guérin) puis Un chemin de tables en 2016 (Le Seuil, collection « Raconter la vie »).

 
C. Description de l'œuvre (Quatrième de couverture)
  
Brasserie parisienne, restaurant étoilé, auberge gourmande, bistrot gastronomique, taverne mondialisée, cantine branchée, Mauro, jeune cuisinier autodidacte, traverse Paris à vélo, de place en place, de table en table.
 
Un parcours dans les coulisses d’un monde méconnu, sondé à la fois comme haut-lieu du patrimoine national et comme expérience d’un travail, de ses gestes, de ses violences, de ses solidarités et de sa fatigue.
 
Au cours de ce chemin de tables, Mauro fait l’'apprentissage de la création collective, tout en élaborant une culture spécifique du goût, des aliments, de la commensalité. A la fois jeune chef en vogue et gardien d’une certaine idée de la cuisine, celle que l’on crée pour les autres, celle que l’on invente et que l’on partage.
 

D. Mon avis sur le roman
 
Maylis de Kerangal nous transmet, avec ce livre, une chouette petite histoire, facile à lire, mais qui n'oublie vraiment rien quant aux diverses dimensions du monde culinaire : de la difficulté à tenir un restaurant aux diverses formules des restaurants en question, en passant par le peu de considération accordée par le personnage principal aux concours de cuisine télévisés, tels Top Chef.
 
En somme, un roman assez court, chouette à lire et qui donne une bonne vue d'ensemble, à mon sens, du monde de la cuisine, avec ses joies, ses peines et ses difficultés.
 
 
E. Quelques bons passages du roman
 
* La cuisine, il n'y avait jamais pensé comme à un métier possible. Aujourd'hui, on raconte volontiers le petit garçon qui venait traîner devant les casseroles à l'heure des repas, haussé sur la pointe des pieds le nez dans la cocotte, les yeux rivés à la fenêtre du four, le doigt trempé dans la crème - qu'est-ce qu'on mange ? C'est quoi ? On aime se souvenir du gosse concentré et maigrichon qui, ayant reçu un livre de recettes de gâteaux en primaire, entreprit durant plusieurs mois d'en réaliser un par jour au retour de l'école, un peu comme d'autres s'en vont dans leur chambre construire des mondes de Lego, organiser des combats de robots cosmiques, jouer à la Playstation, dessiner des joueurs de foot, ouvrir une bande dessinée.  (p. 17)
 
* Ce qui se joue à l'heure des repas est conçu comme un rapport au corps et une inscription dans le monde, l'idée d'une conscience de soi, autrement dit ce par quoi l'homme se distinguerait de l'animal  (p. 19)
 
* Puisque d'emblée la cuisine induit les autres, induit la présence des autres contenue dans le gâteau comme le génie de la lampe. Puisque la préparation d'un plat appelle immédiatement une table dressée, un autre convive, du langage, des émotions, et tout ce qui peut se jouer de théâtral dans un repas, depuis la présentation du plat aux commentaires qu'il suscite - borborygmes des convives bouches pleines et yeux écarquillés. (p. 21)
 
* Surtout, il pénètre dans un autre monde. Celui-là est séparé en deux par un mur que perce une porte à double-battant, il est scindé en deux zones contraires : la salle à manger sur la rue; les cuisines à l'arrière. La première est un théâtre, un espace de représentation offert au regard. Vaste, éclairée, pacifique. Ce qui frappe d'emblée est son bruissement continuel, un calme gorgé de sensations, de regards, d'intentions. On y perçoit des chuchotements, le tintement des verres, le froissement des nappes et celui des étoffes contre les dossiers des bergères, on y éprouve la suavité des bouquets de fleurs fraîches  et la profondeur moelleuse des tapis où s'enfoncent les talons des escarpins, les semelles de cuir... (p. 33)
 
* La décision de Mauro surprend aussi son entourage, on commence à ne plus pouvoir le suivre : mais qu'est-ce qu'il fout à la fin, c'est le master ou la cuisine ? Le garçon s'explique : le retour à la fac procède du désir de maintenir plusieurs fers au feu, de faire tourner plusieurs assiettes, tel un jongleur chinois, afin de toujours avoir de quoi jouer si une assiette tombe au sol, et se brise. Sans doute cherche-t-il encore à se cultiver un profil déjà original dont il sent bien qu'il lui octroie une singularité, une ampleur de réflexion, une ouverture d'esprit. (p. 41)
 
* C'est Top Chef. L'émission de télé-réalité fait un tabac, tout comme d'autres qui lui ressemblent et dont les audiences ne cessent d'augmenter. Le cuisinier est devenu un personnage important de la société contemporaine, une star médiatique désormais éloignée du type bougon et mystérieux qui sortait des plats depuis le secret de son antre, et les cuisines sont devenues des studios de télévision.  (p. 47)
 
* Ceux qui s'engagent dans cette voie sont prévenus, ils acceptent implicitement d'en baver, de résister, de s'endurcir, de se rallier à l'idée d'une sélection naturelle qui éliminerait les chétifs, les faibles, les hésitants, les insoumis.  (p. 50)
 
Le travail de Mauro rappelle que, contrairement à l'idée commune, le cuisinier le plus doué, le plus inventif, le plus juste, n'est pas forcément celui qui métamorphose le produit mais peut-être celui qui le restitue le plus intensément .  (pp. 72-73)
 
 
 
 
 
 
 

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