mardi 1 mars 2016

Moi, ministre de l'enseignement - Frank Andriat


 
 
 
Moi, ministre de l'enseignement de Frank Andriat
 
 
 
Bonjour à toutes et à tous.

Ma chronique, aujourd'hui, portera sur un essai d'un auteur que vous avez déjà pu rencontrer sur ce blog avec son petit roman, Petite libraire dans la lumière, M. Frank Andriat dont j'avais déjà lu également un essai sur l'école (il faut rappeler qu'il est également professeur de français dans un collège de Schaerbeek) intitulé Les profs au feu et l'école au milieu où il dénonçait tous les travers du monde de l'enseignement d'aujourd'hui, dirigé avant tout par des technocrates qui ne laissent aucune liberté aux enseignants (pour en faire un résumé rapide).
 
Cet essai lui a valu, de la part de certains, une véritable volée de bois vert. En réponse à ces critiques, il a donc écrit un second ouvrage, qui fait l'objet de ce billet, intitulé Moi, Ministre de l'enseignement, où il édicte ses propres solutions (qui paraissent assez souvent utopiques) pour le monde de l'enseignement qui, il faut le dire, est malade avec les "solutions" qu'on lui prodigue.
 
 
 
A. Caractéristiques de l'essai
 
Titre =  Moi, Ministre de l'enseignement
 
Auteur =  Frank Andriat
 
Edition - Collection = Editions Renaissance du Livre
 
Date de première parution = 2014
 
Nombre de pages =  141 pages

Ma note pour le livre =  15/20
 
 
B. Petit mot sur l'auteur (notice Babelio)
 
Frank Andriat (né le 30 mars 1958 à Ixelles) est un écrivain belge connu pour ses livres pour la jeunesse comme La Remplaçante, Rue Josaphat, Jolie libraire dans la lumière ou Journal de Jamila, mais aussi pour ses deux essais sur l'école intitulés Les profs au feu et l'école au milieu et Moi, Ministre de l'enseignement

En 1973, habitant et étudiant à Schaerbeek, il lance, avec des amis, une revue littéraire nommée Cyclope. En 1976, il publie son premier recueil de poèmes, Oiseaux de sang. Dans les années suivantes, il traduit de nombreux romans de différents auteurs espagnols et argentins. 

En 2001, il publie Vocation Prof dans lequel il relate son expérience en tant que professeur de français à l'Athénée communal Fernand Blum, école secondaire de Schaerbeek, suivi de deux autres essais où il critique la manière dont l'enseignement est malmené par les technocrates et les ministres.

 
C. Description de l'œuvre sur Babelio
 
Les profs au feu et l'école au milieu a créé le débat en septembre dernier. Le gentil auteur de Vocation Prof était-il devenu un vieil aigri méchant et agressif ? Frank Andriat en a entendu (et en a lu) des vertes et des pas mûres ! Mais il a aussi éveillé beaucoup d'espoir parmi les professeurs heureux que quelqu'un exprime enfin tout haut ce que tant d'eux pensent tout bas. Suite aux nombreuses rencontres que l'auteur a vécues depuis la sortie de son livre, suite aux réactions de milliers de lecteurs, il a eu envie d'aller au-delà de la critique et de faire quelques propositions qui redonneraient du sens à l'école.
 
Après les dix commandements de son pamphlet, voici dix idées qu'il mettrait en lumière s'il avait la charge de l'enseignement. Moi, ministre de l'enseignement est la suite positive de Profs au feu et l'école au milieu. Un coup de coeur après un coup de colère ! Mais qu'on ne s'y trompe pas : Frank Andriat ne perd rien de sa verve et de son regard critique. Pour créer du sens, il faut pointer ce qui est absurde et s'indigner. Plus que l'école, c'est notre société qui tourne fou. Voici dix propositions pour qu'elle se porte mieux !
 

D. Mon avis sur le livre
 
J'avais énormément apprécié son premier essai sur l'école, Les profs au feu et l'école au milieu et avait une folle envie de lire ce second opus et j'avoue ne pas avoir été déçu, loin de là.
 
En effet, au fil des pages, Frank Andriat énonce des vérités plus flagrantes les unes que les autres, tant concernant les problèmes que rencontre l'enseignement que concernant les solutions à y apporter. De plus quand on lit se livre, on ne peut s'empêcher de penser au sort que nous réservent la politique en général, mais ce n'est pas le propos.
 
Il y a cependant deux petits bémols à y apporter : le premier est qu'il sort parfois de son rôle de prescripteur pour les écoles et qu'il semble donner des conseils pour mener toute la politique générale du pays, ce qui est légèrement hors-sujet, par rapport à ce que le livre devrait apporter.
 
Le second bémol est que les arguments de Frank Andriat ont tendance à se répéter sur le fond entre les chapitres. Il prescrit assez souvent la même chose d'un chapitre à l'autre : partir d'une école qui écouterait les souhaits des professeurs et des élèves, envoyer les technocrates qui décident de tout dans les classes un an sur deux...
 
Cependant, cela n'a pas entaché le plaisir que j'ai eu à lire ce petit essai qui, une fois de plus, met dans le mille et dit avec la plus grande des exactitudes ce qui ne va pas dans l'enseignement et donne des solutions qui, bien qu'utopiques, me paraissent adéquates.
 
E. Quelques phrases marquantes du livre
 
* Inutile de se voiler la face, l'école n'est plus ce lieu privilégié, à l'abri des modes, où science et culture se transmettent avec humanisme. Progressivement, elle s'est transformée en un lieu utilitaire où règnent les slogans des chantres sans conscience de la croissance économique et du libéralisme mondialisé. (p. 21).
 
Confrontée aux réformettes qui la gangrènent, l'école malade ne se soigne pas. Pire, on prétend que la raison de son déclin tient à des acteurs incapables de comprendre les remèdes. Et plutôt que d'oublier ces recettes indigestes, on organise des formations pour les comprendre ! Ainsi de la pédagogie, par compétences, née d'idées généreuses, mais qui, dans la pratique, a été mal compris, amenant finalement les professeurs  à ne plus maîtriser ce qu'ils doivent enseigner. et au lieu de reconnaître l'échec et de réagir en revenant à des savoirs précis et à des exigences claires, on s'enfonce dans une zone de turbulences et de non-sens où professeurs, élèves et parents se retrouvent perdus. (p. 22).
 
L'école des technocrates et des spécialistes de salon  n'était lisible que par eux et, à l'image de notre société, elle s'éloigne des préoccupations de la base. Il est donc capital de créer une école compréhensible par tous si l'on veut une école à laquelle tous collaborent. On se plaint souvent du désinvestissement des parents dans l'éducation de leurs enfants. Comment espérer  qu'ils s'investissent s'ils ne comprennent plus ce que l'école attend de leurs enfants, s'ils n'arrivent plus à établir de relation entre ce qu'ils ont appris et ce que semble devoir apprendre leur progéniture ? Une école démocratique ne met pas les parents sur le côté, à plus forte raison ceux qui proviennent des milieux défavorisés. Une école démocratique ne se contente pas de disséminer les dernières élucubrations savantes d'universitaires autosatisfaits, détachés de la réalité et inconscients du niveau de connaissance de la moyenne de la population.  (pp. 23-24)
 
C'est pourtant par l'école  et par la culture que nous créons des liens sociaux, que nous apprenons à nous concentrer sur ce qui nous relie plutôt que ce qui nous sépare. Une société où l'école n'est plus au centre des réflexions conduit au repli sur soi, à l'égoïsme et à l'oubli du bien commun. De là des comportements d'adultes irresponsables. [...] La loi du capitalisme  et de l'égoïsme nous conduit à ne penser qu'à nous et à ne plus soigner la relation sociale. Une école qui cesse d'être un lieu de débat où l'ambition  première est de développer l'esprit critique, une école qui se réduit à développer des compétences, donne naissance à des technocrates, à l'image de celles et de ceux qui, aujourd'hui,  pensent l'éducation et lui causent tant de tort. (p. 27)
 
* Depuis des décennies, on sait qu'une fois confrontés à des limites raisonnables et compréhensibles, les jeunes se responsabilisent. Leur laisser croire que la réussite peut être l'aboutissement de leur fainéantise est débilitant, méprisant à leur égard. (p. 29).
 
* Les technocrates imposent des projets irréalistes et opposent à la base révoltée des justifications aussi creuses que méprisantes. Lors de la sortie de mon opus, j'ai certes bénéficié de l'écoute de certains , mais j'ai aussi écopé du mépris grinçant d'universitaires qui, du haut de leurs diplômes, m'ont fait comprendre que ma bave de morpion n'atteignait pas le brillant de leurs chaussures. Qu'ils restent dans leur tour d'ivoire, mais, par pitié, qu'ils cessent de régenter une école qu'ils détruisent à petit et à grand feu !  (p. 33)
 
L'école doit être restituée aux professeurs. Ce sont des professeurs, actifs sur le terrain, qui devraient prendre les décisions importantes sur l'organisation de l'école. Il est anormal que ce soient des personnes aussi brillantes soient-elles, qui réfléchissent l'école sans la pratiquer. Anormal aussi que, lors de la rédaction des programmes, n'interviennent que quelques professeurs perdus dans une masse de pédagogues, de fonctionnaires et d'autres technocrates qui se contentent généralement de prêter à leurs propositions une oreille condescendante  (p. 34).
 
* Ne soyons pas naïfs : il faut modifier la société, lui donne davantage de sens social et humain, mais tout cela ne se fera pas d'un coup de baguette magique dans un monde qui ne valorise que la réussite individuelle et l'argent  (p. 35)
 
Les riches ont trouvé la parade : on impose une école publique égalitaire et médiocre ? Qu'à cela ne tienne, ils se tournent vers l'enseignement privé. Résultat : une société à deux vitesses où les nantis s'élisent et se congratulent  entre eux tandis que les démunis perdent tout possibilité de contrôle. (p. 37)
 
Pour ces puissants, l'école, lieu d'humanisme et de réflexion, n'a aucun intérêt. Ils vivent le nez collé à leur compte en banque et aux cours de la bourse, sans distance ni discernement. Quand seul me guide mon intérêt, je ne regarde plus le monde et je ne me préoccupe plus des autres  (p. 40).
 
L'école d'aujourd'hui ne peut se satisfaire d'un retour aux recettes du passé, mais elle n'en est pas moins malade pour autant. Nier l'autorité de l'enseignant et lui préférer un enfant-roi est un échec qui n'enrichit ni l'un ni l'autre. Soigner l'école implique de confier aux enseignants le gouvernail de leur métier dans l'idée qu'ils retrouvent le goût et la liberté de travailler avec leurs classes.  (p. 48)
 
L'accès aux médias dont bénéficient les puissants leur permet de faire peut et de faire la loi. Leur discours pseudo-démocratique ne peut être remis en question et il est mal vu de le critiquer. La première remise en question de leur discours démagogique s'accompagne inévitablement d'accusations d'anti-démocratisme et d'encouragement à une société injuste. La boucle est bouclée : ils ont pris le pouvoir, celui des mots, celui des lois et, même si la population ne peut que constater avec indignation et écœurement que les paroles et les actes de certains responsables ne sont plus liés, elle a perdu le pouvoir, ou l'espoir, de modifier la donne. Les puissants fustigent l'inégalité sociale tout en gagnant le pactole en tant que responsables de l'intégration des plus faibles. Ils tiennent des propos égalitaristes et s'octroient tous les bénéfices : Le Beur, le vote du Beur et l'arôme de la couscoussière ! Les exemples se multiplient et se ressemblent. (pp. 75-76)
 
Avancer dans le bon sens, c'est construire ensemble une école pour tous, pas une école coupée de la base : les parents, les élèves et les professeurs. (p. 76)
 
L'école doit se libérer des mains d'une minorité vociférante qui a kidnappé le discours démocratique. Elle doit s'imposer comme espace de débats, de remise en question et d'expériences; elle doit éveiller les consciences et les activer, voire les rendre désobéissantes. (p. 84)
 
Si l'on considère que l'école peut se contenter d'être un outil au service du monde de l'économie et de la finance, celle-ci n'a plus de raison d'être. L'enseignement public n'a pas à former des esclaves qui seront pressés comme des citrons dans le secteur privé. Notre société vit une dérive d'autant plus terrible qu'elle est insidieuse. Les voix qui s'élèvent pour la dénoncer sont appelées à se taire sous prétexte de crise pendant que l'économique et le repli identitaire prennent le pas sur ce qui constitue l'humanité : l'éducation, le partage des différences et l'ouverture à l'autre. On saupoudre le tout de sport et de séries policières accrocheuses et le tour est joué : le peuple drogué et dupé remet les clefs de la ville dans les mains des fourbes qui veulent la vendre. (p. 84)
 
L'école a le devoir de transmettre à tous l'éducation et la culture dont chacun a besoin pour se défendre dans la vie. L'école a le devoir de former des esprits critiques et forts qui sauront se libérer des diktats et proposer des nouvelles pistes au monde. L'école devrait être honteuse de formater les consciences et de tuer les libertés : elle renonce ainsi à sa vocation de bastion où l'on apprend à se défendre et à combattre les dictatures de l'esprit (et les autres !) Autrement dit, elle perd toute raison d'être. (p. 85).
 
Et bien d'autres phrases-chocs et autres vérités dans le livre.
 
 
 

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