dimanche 10 janvier 2016

Nous nous sommes tant aimés - Michel Galabru - Tout est comédie



Nous nous sommes tant aimés - Michel Galabru
 
 
Livre de souvenirs - Tout est comédie
 
 
 
 
Ce lundi 4 janvier 2016, une terrible nouvelle tombait pour le monde des artistes et du cinéma...Michel Galabru, comédien extrêmement populaire et talentueux venait de nous quitter à l'âge de 93 ans. En plusieurs décennies de carrière, il nous aura ravis en jouant dans des dizaines de films comiques qui demeurent encore cultes de nos jours comme (liste non exhaustive) :
 
** La série des Gendarmes de Saint-Tropez où il interprétait l'adjudant Gerber, aux côtés de Louis de Funès, Jean Lefebvre, Christian Marin, Grosso et Modo...
 
** Papy fait de la Résistance, où il incarnait Papy, aux côtés de la Troupe du Splendid, de Jacqueline Maillan, de Roland Giraud ou de Jacques Villeret...
 
** La cage aux folles (I et II) où il incarnait le député Simon Charrier aux côtés de Michel Serrault et Ugo Tognazzi...
 
** Le Chasseur de chez Maxim's où il incarne M. Julien, le chasseur aux côtés de Jean Lefebvre, Francis Perrin et Claude Gensac.
 
** Le Viager où il incarnait le docteur Léon Galipeau aux côtés notamment de Michel Serrault, Rosy Varte, Jean-Pierre Darras, Odette Laure, Jean Carmet ou encore Claude Brasseur....
 
** Les sous-doués passent le bac où il interprète le Commissaire aux côtés de Daniel Auteuil, Maria Pacôme, Hubert Deschamps et Tonie Marshall.
 
** Astérix et Obélix contre César où il incarne le chef du village Abraracourcix, aux côtés de Christian Clavier, Gérard Depardieu, Claude Piéplu et Sim.
 
** Bienvenue chez les Ch'tis où il incarne le grand-oncle de Julie (Zoé Félix), qui a pour marotte "C'est le Nooord"
 
** Mais aussi dans quelques nanars mémorables comme Poussez pas grand-père dans les cactus, Le trouble-fesses, Arrête de ramer, t'attaques la falaise !, En cas de guerre mondiale, je file à l'étranger ou Le plumard en folie.
 
 
* Il aura également joué des rôles tragiques (certes beaucoup moins nombreux) qui ont tout autant marqué les esprits :
 
** Le Juge et l'assassin, où il incarne l'assassin en série Joseph Bouvier aux côtés de Philippe Noiret et Jean-Claude Brialy  (Rôle qui lui valut le seul César de sa carrière)
 
** L'été meurtrier où il incarne le père handicapé d'Isabelle Adjani
 
 
* Il fut également acteur dans plusieurs dizaines de pièces de théâtres. Citons, entre autres, parmi les classiques :
 
** Au sein de la Comédie Française : Othello de Shakespeare - Madame Sans-Gêne de Victorien Sardou - Donogoo de Jules Romains - La Reine Morte de Montherlant - Le mariage de Figaro de Beaumarchais - Les précieuses ridicules, George Dandin ou encore Le Bourgeois Gentilhomme de Molière.
 
** Hors Comédie-Française : Don Juan de Molière - Les Rustres de Goldoni - La femme du Boulanger de Marcel Pagnol - Le voyage de Monsieur Perrichon d'Eugène Labiche - On purge bébé de Georges Feydeau - Tartarin de Tarascon d'Alphonse Daudet...
 
** Deux autres pièces notables, non classiques : Les chaussettes, opus  124 (qui lui valut son unique Molière de sa carrière) et son one-man show intitulé On nous a menti !
 
 
Une carrière bien remplie en somme ! Merci M. Galabru !
 
 
 
Mais ce n'est pas pour faire un panégyrique de cette si grande carrière que j'écris ce papier : c'est avant tout pour parler du dernier livre sorti sous son nom et dont je viens de finir la lecture.
 
Cet ouvrage s'intitule Tout est comédie ! Il s'agit d'un recueil alphabétique de souvenirs et de pensées du comédien, écrit en collaboration avec sa petite-fille, Sophie Galabru.
 
 
A. Caractéristiques du livre

 

Titre =  Tout est comédie !

 

Auteur =  Michel Galabru, en collaboration avec Sophie Galabru

 
Edition - Collection = Editions du Cherche-Midi
 
Date de première parution = 2013
 
Nombre de pages =  235 pages

Ma note pour le livre =  19/20
 
 
B. Petit mot sur l'auteur
 
Voir Mini-biographie du début d'article !
 
 
C. Résumé de quatrième de couverture
 
Une existence bien remplie, six décennies de présence sur scène et plus de deux cent cinquante films : Michel Galabru a acquis une solide expérience du spectacle et de la vie. Des années sur les planches et les plateaux, des compagnons de route légendaires, une gourmandise de tous les instants lui ont en effet permis de se forger une philosophie intime, à la fois originale et irrésistible.
 
C'est une avec une véritable jubilation qu'il nous la fait partager ici, nous confiant à bâtons rompus sa vision du monde en mélangeant sérieux et dérision. Il nous livre, avec la complicité de sa petite-fille, outre de nombreuses anecdotes inédites, ses conceptions toutes personnelles du métier de comédien et d'homme, deux univers qui finalement n'en font qu'un, puisque tout est comédie, et peut-être même un peu plus dans la vie que sur scène.
 
D. Mon avis sur le livre
 
Quand j'ai appris le décès de M. Galabru, je me suis tout de suite dit qu'il fallait que je me mette à lire ce livre que j'avais acheté sur une brocante l'an dernier. J'étais déjà habitué à sa gouaille inimitable, car j'avais déjà vu, étant plus jeune, son one-man show, On nous a menti ! qui était passé à la télévision et qui m'avait fait mourir de rire, notamment avec ses anecdotes sur ses congénères comédiens comme Saturnin Fabre, Sacha Guitry ou Arletty.
 
Donc j'ai commencé ce livre avec un a priori très favorable et je peux dire que j'ai été émerveillé par tout ce que j'ai pu lire !
Les anecdotes sur le métier sont très souvent intéressantes et souvent hilarantes ! De plus, elles ont pour qualité de rappeler à notre bon souvenir les comédiens et comédiennes de la génération de nos parents, voire de nos grands-parents (Louis Jouvet, Pierre Fresnay, Arletty, Michel Simon, Pierre Brasseur, Jean Carmet, Philippe Noiret, Louis de Funès...) qui revivent à travers ces témoignages. qui ont le mérité, je le dis encore une fois, d'être très drôles.
 
 
Quant à ses diverses pensées sur des éléments abstraits de la vie, elles sont également assénées avec un brio et une gouaille et un vocabulaire qui étaient propres à ce grand comédien, mais aussi parfois avec la sagesse et le sérieux d'un grand philosophe (pour plus de détails, cf. Citations). Tout cela agrémenté, à chaque entrée, de succulentes définitions.
 
Bref, un trésor de livre que je ne puis que vous conseiller et qui vous fera passer un excellent moment, au point parfois, je crois, comme moi, de devoir arrêter la lecture, car vous pleurerez de rire lors de la lecture.
 
 
E. Quelques citations marquantes du livre
 
1) S'absenter, c'est en quelque sorte courir le risque d'être remplacé. Il n'y a d'absent que parce que les gens l'ont décidé, et ce sont les autres qui vous éloignent parce qu'ils vous ignorent ou vous oublient. Vous faites l'indifférent et les gens vont voir ailleurs, vous vous retrouvez tout seul comme un con. Mais c'est un péril agréable. (p. 10).
 
2) Osons le dire, les hommes sont obligés d'avoir un alibi. Le mensonge est une évidence, voire une survie sociale. D'ailleurs, la nature toute entière et son créateur mentent. Il y a des fleurs magnifiques qui s'ouvrent pour attirer l'insecte, des fleurs qui, belles et accueillantes lui paraissent gentilles et aimables; mais à peine est-il à l'intérieur qu'elles se ferment sans pitié sur lui. (p. 15)
 
3) L'amour est une question d'éclairage. On voit d'abord le côté lumineux, et puis, avec le temps, les ombres apparaissent , les coulisses de l'autre se dessinent. Dans l'amour, et surtout à ses débuts, on ne voit pas le fond de l'affaire, l'autre n'apparaît pas tel qu'il est. Sa nature ou ses défauts, sa faiblesse ou sa trivialité apparaissent doucement, parfois accélérés par des évènements comme la maladie. Au fur et à mesure, la vulnérabilité se brise pour laisser découvrir quelqu'un d'autre (p. 18)
 
4) Définition du mot artiste : Comme une pute, l'artiste passe son temps à attendre près de son téléphone qu'on l'appelle (p. 25)
 
5) A propos de l'acteur Bernard Blier : Premier souvenir : lors d'un tournage, Blier devait me rouler une pelle . Mais à chaque fois qu'il s'approchait de moi, il avait un fou rire. Et le meilleur, c'est que je ne me rappelle même plus si nous avions réussi à conclure. (p. 44).
 
6) Pour une jeune femme désireuse de se faire connaître, il est préférable d'entrer légèrement vêtue dans le hall de l'hôtel Carlton  à Cannes plutôt que de jouer merveilleusement Phèdre à la Comédie-Française. Dans un cas, elle a sa photo dans Gala, dans l'autre, elle pourra espérer trois lignes dans le Figaro. (p. 54).
 
7) Définition de con : Curieuse façon de comparer un imbécile à un organe sublime. (p. 64)
 
8) Avant, on disait la messe en latin. On ne comprenait pas grand-chose, mais cela avait un petit mystère. On disait : "Ite missa est" et ces rituels bien réglés nous faisaient adopter plus de solennité. Depuis que l'on a compris que la voulait : "Allez, foutez le camp, la messe est dite !", les recettes baissent ! (p. 66)
 
9) Nous, les désordonnés, avons tellement de désordre que nous achetons des meubles de rangement pour tenter de nous offrir bonne conscience , la conscience du rangement. Car le type qui est ordonné, je le maintiens, ne le fait pas exprès. Il est impuissant face à son désordre que s'instaure pour lui cette bataille intérieure, cette lutte entre sa nature et l'ordre.  (p. 74)
 
10) Un deuil est à faire, que ce soit par la disparition des êtres chers ou par la rupture sentimentale avec eux. C'est une perte, une absence, un vide. Une douleur qui dure une vie, mais une douleur et une angoisse qui s'amortissent avec le temps. Les morts, j'en ai vu quelques-uns. Je les vois disparaître dans le ciel, comme ces nuages qui partent par grand vent, courent, vont s'évanouir et se perdre.        (p. 78)
 
11) Un dieu s'amusant et faisant ce pari de faire naître des hommes, sachant à l'avance qu'ils seront condamnés à l'enfer, cela me semble être un jeu débile. Il sait bien que ceux-là sont destinés à mourir, mais il les fait quand même naître. Je le répète, pour avoir trouvé et inventé le cholestérol, il faut vraiment avoir l'esprit mal foutu. Il aurait pu donner le bonheur, la justice, au lieu de cela, il préféra plutôt les hommes mesquins et mauvais, faibles mortels. Avec tant de grandeur, il aurait pu nous éviter la peste et le choléra, le sida et la mort, et bien non, il les rendit possibles. Comme le dit Mark Twain, bien avant moi, et en ce sens, Dieu "aurait pu faire ses enfants bons aussi facilement que mauvais", mais encore, "qui parle de justice et invente l'enfer". Tant de pouvoir et si peu d'humanité. Non, non et non, il faut sentir à quel point nous sommes snobés, dénigrés. On n'a rien demandé, nous, ni à naître, ni à mourir, ni à se battre, ni à se résigner. On est là. On s'est pourtant pas fait prier. On nous invite à implorer le salut, vous êtes bien aimable, mais que se passe-t-il ? Rien. Les prêtres et les Eglises sont les anesthésistes du doute.  (pp. 77-78).
 
12) Prenez les petites annonces  dans la rubrique "mariages" ou "rencontres" :
- Eh bien, la dame ne va pas écrire : "Femme de 65 ans, en paraissant 75, plissée de partout, sein gauche absent, emmerdeuse, cherche bel homme sympathique , belle situation, aisé et généreux.
- Non, elle peut pas ! Alors, elle va écrire : "Belle femme, 55 ans, paraissant moins, cultivée, aimant la musique et la littérature, franche et loyale, pour causerie au coin du feu."  (p. 82)
 
13) Définition de la flatterie : La flatterie, c'est dire aux gens ce qu'ils pensent d'eux-mêmes. (p. 89)
 
14) Définition de la gloire : La gloire n'est pas toujours aux talentueux, mais aux culottés, de sorte que montrer son cul rapporte toujours (p. 96)
 
15) Je crois que l'imitation est la meilleure façon d'apprendre et surtout de se trouver soi-même. [...] C'est là que j'ai pu découvrir quelque chose que je n'ai cessé de garder à l'esprit. Par l'imitation physique, on trouve la pensée. J'imite sa voix, son ton, son rythme et j'atteins son style de pensée, d'humour, tout vient. [...]  Il y a une liaison mystérieuse entre l'imitation et l'empathie. En imitant les gestes, le ton, tous les artifices de la personne, on atteint même son style de penser ou d'être comme s'il existait une interdépendance entre le mental et le physique. En mimant, on arrive presque à avoir sa gueule et, qui plus est, à choper son esprit. (pp. 111-113)
 
16) Nous, les comédiens, pour aller au travail, nous ne disons pas que nous allons travailler mais que nous allons jouer. Comprenez pourquoi la chose peut rapidement de devenir la passion des paresseux. (p. 124)
 
 
17) Propos sur Louis Jouvet :
 
* Il était redoutablement cynique : A une jeune élève ingénue qui passait Psyché et qui commençait ainsi : "Où suis-je ?", il laissa tomber : "Au Conservatoire et pas pour longtemps !"
*A un type qui bégayait et qui demandait : "Qu'est-ce que c'est que la prostate ?", Il répondit "C'est pisser comme tu parles !"
* Seul François Périer, qui fut son élève et qui avait beaucoup d'humour, lui cloua le bec. Comme Jouvet lui disait : "Si Molière te voyait jouer comme ça, il se retournerait dans sa tombe !", Périer lui répondit : "Vous jouez ce soir, il se remettra en place !" (p. 125)
 
18) Au moment de dire oui, si chaque prétendant avait pu imaginer la tête de sa promise ou de son promis quarante ans plus tard, il aurait dit non. Avant son mariage, qu'il soit célébré à l'église ou à la mairie, par honnêteté, on devrait présenter la tête qu'auront le fiancé ou la promise dans trente ans, pour être bien sûr qu'ils aient envie de se marier. Il faudrait faire circuler ces portraits , mais je crois qu'en prime il faudrait organiser un défilé de mecs et de nanas auxquels les deux devraient renoncer.  (p. 135)
 
19) Comment faire vendre ce produit ? Il faut donner cette impression. Il faut transmettre cette persuasion à tous. Et pourtant, je me demande encore comment une sensation, soit quelque chose de si subjectif, si irrationnel, peut donc convaincre tant de gens ? Comment peut-on parvenir à oublier que la fille superbe pour cette pub est déjà superbe avant d'utiliser ces produits ?  (p. 145)
 
20) Définition de la naissance : Débarquer sans accord, n'importe où, chez n'importe qui. On pleure sur soi et on a bien raison, car dès la naissance, on se trouve dans une merde définitive et inextricable.(p. 151)
 
21) Définition des paradoxes :
* Il était champion d'escalade en haute montagne et n'arrivait pas à grimper sa femme
* Elle était tellement bavarde qu'à sa mort, son silence a surpris.
 
22) Définition de Paris : Je trouve que l'on aurait dû conserver à Paris les jolis noms de rues comme il y en avait quand j'étais jeune. Ecoutez cela : quai du Pont-du-Jour, on dirait le titre d'un roman de Carco ou celui d'un petit poème d'Apollinaire; au demeurant, le pont Mirabeau est tout proche. Je trouve que cela a une autre gueule que ces noms de rues censés honorer quelques braves et curieux types, sans doute utiles à l'humanité, sans doute de mérite, mais qui ne subsistent dans la mémoire des hommes que sous forme d'artères ou de stations de métro. C'est la tentation "panthéonesque" des temps modernes, celle qui transforme les villes en cimetière. De la métropole à la nécropole, le pas est vite franchi.  (p. 161)
 
23) Définition de la théâtralité :
 
    La théâtralité est la substance de la vie. Ce fait que tout le monde joue, que tout le monde ait son rôle, que les croyances débutent dans l'illusion théâtrale, tout cela fait la théâtralité de la vie.
    Le théâtre existe partout. Sans lui, la vie impossible...
 
....
 
 
Voilà, j'espère que cet article vous aura mis l'eau à la bouche...et vous aura donné envie de lire ce livre merveilleux.

 
 
  
 
 
 



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