lundi 23 novembre 2015

La dernière leçon - Noëlle Châtelet



La dernière leçon 

 Noëlle Châtelet
 
 
 
Un jour, à la télévision, je suis tombé sur la promotion d'un film qui vient de sortir au cinéma et que je souhaite encore voir : La dernière Leçon de Pascale Pouzadoux avec Sandrine Bonnaire et Marthe Villalonga, qui a vraiment l'air d'un film, certes difficile émotionnellement, mais très réussi. J'apprends par la même occasion que ce film est adapté d'un roman d'une certaine Noëlle Châtelet.
 
Quelques jours plus tard, je vois Noëlle Châtelet dans l'émission La Grande Librairie pour son nouveau livre "Suite à la dernière leçon" et elle parle de ce combat que fut celui de sa mère pour pouvoir mourir dans la dignité, ce qui est le sujet du roman La Dernière Leçon, ce qui m'a instantanément donné envie de lire ce dernier.
 
 
 
 
 
 
A. Caractéristiques du roman
 
Titre =  La dernière leçon
 
Auteur =  Noëlle Châtelet
 
Edition - Collection = Editions du Seuil  (Collection Points)
 
Date de première parution = 2004
 
Nombre de pages =  162 pages

Ma note pour le roman =  17/20
 
 
 
B. Petit mot sur l'auteure (notice de la Société des Gens de lettres)
 

Noëlle Châtelet, née en 1944, est écrivain et universitaire.


Elle fut maître de conférence en communication à l’université Paris XI. Spécialisée dans les questions concernant la problématique du corps, elle multiplie sur ce sujet conférences et colloques en France comme à l’étranger.


Après avoir écrit quelques essais et quelques recueils de nouvelles, elle écrit son premier roman, intitulé La Courte Echelle en 1993. Elle écrira par la suite, une dizaine de romans dont La Dame en Bleu en 1996, La tête en bas en 2002 ou encore La dernière leçon en 2004 et sa suite en 2015. Plusieurs de ses romans sont adaptés par la suite au théâtre et au cinéma.

En privé, elle est la sœur de l'ancien Premier Ministre français, Lionel Jospin et est la veuve du philosophe François Châtelet.
 
 
C. Résumé de quatrième de couverture
 
Lorsque sa mère, à l'âge de 92 ans décide de mettre fin à ses jours, la narratrice est submergée d'effroi. Comment se prépare-t-on à une telle épreuve ? Elle accompagnera jusqu'au bout celle qui lui a donné la vie et partagera les derniers instants de tendresse et de complicité. Elle apprendra par amour sa dernière leçon : celle qui lui manquait pour apprivoiser la mort...
 
 

D. Mon avis sur le livre
 
La mort d'un proche est une sorte d'apprentissage auquel nous nous devons de nous adapter, surtout lorsque la mort dudit proche est volontaire, tel est je crois le message de Noëlle Châtelet dans ce roman.

L'auteure nous livre dans cet ouvrage, un récit poignant sur un sujet grave mais étrangement d'actualité, qui suscite la réflexion de tous. Dans ce roman, tous les éléments des derniers jours de vie semblent réunis, écrits avec une sorte de poésie, qui feraient presque oublier l'intensité, la gravité de l'évènement à venir : les souvenirs d'enfance, les objets de la maman et surtout un mystérieux petit carnet écrit également par la maman et que la fille lit et dont elle s'inspire pour écrire son histoire....

Le style est incroyablement juste et le récit nous donne à certains endroits envie de pleurer, même si la brutalité de l'évènement narré nous contraint parfois à nous arrêter. De plus, le parallèle entre la mort du proche et l'apprentissage est filé en permanence grâce au champ lexical de l'école et des leçons, qui peut prêter à sourire. Pour ceux qui connaissent, le sujet et le style d'écriture m'a très vite rappelé le style de l'écrivaine belge Nicole Malinconi, qui marque une progression pour un évènement tout à fait individuel qui finit par devenir un sujet universel.

En résumé, un excellent roman qui, au-delà de la forte émotion, suscite une profonde réflexion sur la fin de vie !
 
 
E. Quelques beaux passages du roman
 
* La date du 17 octobre m'a inscrite, de force, à l'école de ta mort. (p. 10)
 
* Il y a dix ans déjà, tu avais cru l'avoir atteinte, la limite, avoir outrepassé la ligne fatidique, et puis non, tu avais renoncé, tu t'étais octroyé le droit d'aller plus loin, faisant à nouveau confiance à ton corps, à ta tête, pour un surplus, un supplément de vie. Une sorte de contrat qui, à tout moment, pouvait se rompre, se résilier.
     Cette menace permanente, omniprésente du contrat m'a poursuivie. Il m'est arrivé de la vivre comme une torture, un poison lent. Je t'ai reproché à certains moments cette angoisse souterraine, cette inquiétude tenaillante à laquelle je me trouvais soumise. Elles te désolaient. Tu ne voulais ni de la torture, ni du poison... (p. 74).
 
* Tu ne seras pas le témoin impuissant de toute la souffrance qui, pour cet être si exigeant de sa dignité, accompagnerait inévitablement ce déclin forcé. Le cadeau, songe au cadeau. Tu garderas de ta mère l'image noble de celle qui a su choisir sa fin et regarder sa mort dans les yeux." Et je te remerciais avec ferveur avant de sombrer dans une torpeur confuse où toutes les voix de toutes les nuits se disputaient mon sommeil... (p. 90)
 
* Il ne s'agissait pas seulement, encore une fois, encore une fois, de mettre de l'ordre parmi les objets ou les vêtements, mais surtout de les inscrire dans le vécu, leur histoire commune avec toi. Tu notais parfois leur origine, leur lien avec ta vie et parfois, même, leurs destinations éventuelles. C'est à cela que servaient les dizaines et dizaines de petits mots-étiquettes pleins d'émotion, parfois d'humour qui accompagnaient les moindres empaquetages. (p. 114)
 
* Mais oui, il pouvait tuer, le sentiment atroce de l'impuissance liée à la vieillesse ! Donner l'envie de s'arrêter là, de ne pas s'infliger, et infliger aux proches, l'image humiliante de sa propre incapacité. Tu t'identifiais sans mal à ma Raymonde, tout comme à la vieille Indienne, s'éclipsant à la première neige, sentant le moment venu de dire adieu à la vie et aux siens pour ne pas peser... (Seule la violence du geste te choquait. Tu étais partisane d'une mort douce. C'est mourir en s'endormant que tu projetais pour toi, une mort plus proche possible du sommeil naturel.)  (p. 128)
 
* Nous en revenions donc toujours au même procédé : me faire vivre, avec toi, ce qui d'ordinaire s'accomplit après. Anticiper le rituel de deuil.
   Une fois de plus, il était clair que les cérémonies de la mort, tu n'en voulais pas post mortem. Mais pour qu'elles soient vécues avant, c'est à une toute autre grammaire du deuil que tu devais m'initier, à un effort particulier de la pensée, un travail philosophique, un peu à la manière socratique. Mais au fait, la mère de Socrate n'était-elle pas sage-femme ?   (p. 154)
 
 
 
 


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