jeudi 17 janvier 2019

Emmanuel le magnifique - Patrick Rambaud


Emmanuel le magnifique

Patrick Rambaud
 


Bonjour à toutes et à tous et bonne année (puisqu'à la mi-janvier, on a encore visiblement le droit) 
 
Aujourd'hui, un premier roman de la rentrée littéraire de janvier. Nous retrouvons Patrick Rambaud et ses traditionnelles chroniques (au vitriol) du pouvoir. Mais cette fois-ci, la nouvelle cible de l'écrivain est (évidemment) Emmanuel Macron, après avoir flingué Nicolas Sarkozy et François Hollande...

Je vous présente le livre Emmanuel le magnifique de Patrick Rambaud


A. Caractéristiques du livre


Titre =  Emmanuel le magnifique
Auteures = Patrick Rambaud
Edition - Collection = Grasset

Nombre de pages = 195 pages

Date de première parution =  2019
 
Note pour le livre = 13 / 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième de couverture
Un soleil nouveau s'est levé sur la France. Est-ce Austerlitz ? Ou bien le sacre ? Au printemps de l'an de grâce 2017, Emmanuel le magnifique est entré dans l'Histoire, costume de banquier et sceptre à la main : jeune prince à la voix grêle, aux régiments start-up, annonçant un monde rénové...

Entre House of Cards et Game of Thrones, voici la chronique facétieuse et attendue d'un règne si neuf qu'il ressemble aux précédents.


C. Mon avis sur le livre

Depuis quelques années, j'attends toujours avec impatience la nouvelle chronique parodique sur le pouvoir sous la plume acerbe de Patrick Rambaud.

Cependant, moi qui avait adoré l'acidité de la chronique François le Petit (première chronique sur François Hollande), j'ai du mal à retrouver, dans la deuxième chronique et dans cette chronique sur Emmanuel Macron, l'humour caustique et l'acide qui faisaient le sel de François le Petit.

Certes, Patrick Rambaud nous décrit toujours avec la même facétie et la même ironie mordante l'enfance, le caractère, l'accession au trône et le début de "règne" de sa Majesté Emmanuel Macron (qu'il compare d'ailleurs à Louis-Napoléon Bonaparte, futur Napoléon III), n'oubliant pas bien sûr d'égratigner tout aussi sévèrement bien d'autres politiques au passage, tant du côté français, avec François Fillon (le duc de Sablé), Marine Le Pen (Mademoiselle de Montretout), Jean-Luc Mélenchon (La Méluche) et évidemment Nicolas Sarkozy et François Hollande, qu'à l'international avec Vladimir Poutine (Vlad le terrible) ou Donald Trump (Buffalo Trump), mais j'avoue ne pas m'être tordu de rire, contrairement au moment où je lisais François le Petit.

Un livre à recommander à ceux qui aiment se moquer de la politique et des hommes qui la représentent, qui veulent se souvenir avec humour de l'accession chaotique au trône de sa Majesté Macron, et qui apprécieront la description douce amère de ce début de règne (chaotique).


D. Quelques bons passages du livre

Qu'apprenait-t-on de si précieux chez le vieux philosophe ? Qu'il n'y a pas de vérité unique mais qu'il fallait accepter plusieurs interprétations en même temps. Qu'on devait s'adapter sans cesse à la réalité, laquelle est mouvante.  (p. 28)

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Comme d'habitude, il se sentait et de droite et de gauche. De droite car il répétait que pour être efficace il fallait connaître la grammaire des affaires; de gauche car il déplorait le cynisme croissant du capitalisme, et son défaitisme affiché qui dépeignait une France fichue.  (p. 35)
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Le Prince déclamait un texte écrit, debout derrière le micro, enveloppé des notables du Loiret comme d'une cour. Par sa gestuelle et son phrasé, on avait l'impression d'entendre un roi. N'avait-il point dit que les Français regrattaient d'avoir guillotiné Louis XVI ? Que même en République, ils avaient l'âme monarchique et respectaient l'apparat, que l'Être suprême de Robespierre prolongeait d'anciennes cérémonies de la Couronne ?   (p. 50)

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Le Prince avait établi un constant clairvoyant. Ni le Parti Impérial (les Républicains) ni le Parti social n'avaient de chef, ou trop de chefs qui se détestaient entre eux, ce qui revient au même. (p. 54)
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Ce catholiques solitaire (ndlr. François Fillon) n'oubliait pas le scoutisme de sa jeunesse, quand il était chef de meute, et il espérait entraîner le peuple en lui présentant des mesures amères; cela n'avait pas bon goût mais c'était pour le bien commun, ainsi que l'huile de foie de morue qu'on avale en rêvant à un champagne.  (p. 55)

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Parlant de Marine Le Pen : Ceux qui la regardaient ce soir-là sentirent son incompétence et son ridicule. Elle se suicida en direct devant des millions de personnes.  (p. 89)
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À quoi ressemblaient les premières troupes disparates qui avaient porté Notre Succulence au pouvoir ? C'était un amalgame d'individus que reliait une envie de chambouler radicalement ce personnel politique devenu rance, lequel nous mitonnait depuis des lustres dans ses mêmes vieilles marmites les mêmes recettes fades. (p. 101)
 
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Si Louis-Napoléon était intervenu pour modifier le cours des choses à l'aube de l'ère industrielle qui créa la clase ouvrière, le chômage massif et des révolutions sanglantes pendant un siècle, Emmanuel le Majestueux ouvrait l'ère de la Triomphante Technique à laquelle chacun devait se soumettre car il n'envisageait pas d'autre voie.  (p. 103)
 
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Il croyait que le travail était une vertu à pratiquer joyeusement. Ceux qui oubliaient de s'y soumettre étaient déjetés sur le bas-côté. Qu'ils flemmardent et cueillent des renoncules dans les champs, qu'ils sirotent un vin frais sous le parasol, qu'ils se prélassent mais ne comptent pas sur les autres pour les sortir du marasme où les a menés leur périlleuse insouciance. Sa Majesté Électrique oubliait que les gens ne vivaient pas pour travailler mais qu'ils travaillaient pour vivre.  (p. 103)
 
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Buffalo Trump était quasi analphabète et il peinait à lire un rapport qui dépassait cinq lignes : au-delà, son attention s'évaporait. Le Prince savait que ce pachyderme n'avait pas franchi l'âge de raison et qu'il était un produit parfait de la société spectaculaire marchande. Il prenait un risque avec ce businessman frelaté.  (p. 132)
 
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L'Homme est nuisible par nature. Depuis qu'il a jailli de la mer et que ses nageoires sont devenues de pattes, il s'est cru supérieur aux autres vivants. [...] Il tirait pareillement sa femelle par les cheveux et la postait devant le feu qu'elle avait la tâche d'entretenir pour cuire l'auroch du repas. Il la traitait moins bien que les singes, lesquels avaient des égards pour leurs guenons qu'ils protégeaient. M. Harvey Weinstein descendait en ligne directe de l'Homme des cavernes dont il avait retenu un goût immodéré du pouvoir et un aspect physique massif et brutal qu'il partageait au reste avec nombre de ses congénères que l'idée de civilisation laissait de glace.  (p. 154)
 
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En France, dans l'univers masculin, la vulgarité était mieux partagée que la politesse, cette vertu oubliée.  (p. 159)

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M. d'Ormesson, vicomte d'ancienne facture, avait dû son succès à ses interventions bavardes sur les petits écrans, où il avait semblé s'incruster au fil des ans. Des professeurs affirmaient qu'il était le dernier à susciter l'émoi par son art de la conversation brillante, surtout cousue de citations plus ou moins appropriées. Il avait écrit des livres qui se vendaient à cause de sa réputation, et il déguisait des banalités faciles à saisir en pensées profondes (p. 163)

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mercredi 26 décembre 2018

Top 20 et Flop 5 des lectures de 2018


Année 2018 : Tops et flops
 
 

Bonjour à toutes et à tous,
 
En cette fin décembre, comme l'an dernier et comme bon nombre de mes confrères et consœurs blogueurs et blogueuses, il est temps pour moi de vous faire part des mes divers coups de cœur et d'autres livres qui n'ont pas laissé un goût amer, mais disons plutôt un goût de trop peu...sur mes 57 lectures de l'année.

A. Mes coups de cœur  (Top 20)
 
 
 
 
 
 
 4) Prête-moi ta vie pour t'écrire là-haut de Françoise Dorin  
 
 
 
 
 
 
 
5) Un si beau diplôme de Scholastique Mukasonga
 
 
 
   
 
 
6) Le champ de bataille de Jérôme Colin
 
 
 
 
 
 
 
7) Un écrivain de Laure Arcelin
 
 
 
 
 
 
8) Lire ! de Bernard et Cécile Pivot
 
 
 
 
 
 
 
9) Aucun de nous ne reviendra de Charlotte Delbo
 
Pas d'article sur le blog mais une petite opinion tout de même : J'ai rarement lu un livre aussi dur mais aussi réaliste et aussi direct au niveau de l'écriture sur les camps de concentration (pour exemple, j'avais déjà lu des livres de Jorge Semprun sur le sujet).

Ce livre est tellement bien écrit qu'il nous semble vivre l'expérience morbide en même temps que l'auteur. À vraiment recommander à ceux qui s'intéressent à la problématique des camps de concentration nazis et qui souhaitent vraiment se représenter l'horreur qu'étaient ces camps et les traitements inhumains qui s'y opéraient.
 
 
 
 
 
10) Kot & Coeur de Céline Noël
 
 
 
 
 
 
 
11) Sauver Noël de Romain Sardou
 
Pas de papier sur le blog, mais tout de même une petite critique :

Romain Sardou nous signe, avec ce livre, un conte malicieux qui réunit tous les ingrédients d'une histoire de Noël réussie : les lutins, les enfants, l'ambiance hivernale et, surtout, le grand méchant qui en veut au Père Noël.

Un conte absolument fantastique, que l'on peut partager avec ses enfants et qui plaira sans nul doute à toutes les générations de lecteurs.
 
 
 
 
 
12) En voiture, Simon ! d'Aurélie Valognes
 
 
 
 
 
 
13) T'en souviens-tu mon Anaïs ? de Michel Bussi
 
                          
 
 
14) Raphaël de Karine Langlois
 
 
 
 
 
 
 
15) Comme d'habitude de Cécile Pivot
 
 
 
  
 
 
B. Mon classement Flop de l'année  (Flop 5)
 
Ce classement recouvre les livres que je considère comme les moins bons lus en 2018. Non pas qu'ils soient mauvais, mais ce sont des livres qui ne m'ont pas fait vibrer autant que ceux ci-dessus.
 
 
1) Don Camillo et ses ouailles de Giovanni Guareschi
 
Étant fan de la série de films Don Camillo avec Fernandel, j'ai pensé que trouver ce roman dans un vide-grenier était une aubaine, mais je crois m'être vraiment planté sur ce coup-là : une série de petites histoires sans vrai lien, si ce n'est les disputes entre Don Camillo et Peppone qui finissent par être vraiment ennuyeuses. Donc, aux fans de Don Camillo, un conseil : contentez-vous des films.
 
 
 
 
 
 
2) Mes étoiles 1980 d'Olivier Kaefer
 
En recevant ce livre via l'opération Masse Critique Babelio, je pensais voir un ouvrage sur les coulisses de la tournée Stars 80 qui m'intéresse vraiment. Mais les coulisses de cette tournée ne prennent vraiment que quelques pages dans ce qui s'avère être finalement une biographie du producteur Olivier Kaefer.
 
 
 
 
 
3) Sergent Papa de Marc Citti
 
 
 
 
 
 
 
4) Entre les murs de François Bégaudeau
 
J'avais adoré le film de Laurent Cantet tiré de ce roman de François Bégaudeau, qui a d'ailleurs reçu la Palme d'Or à Cannes et, généralement, les romans dont l'action se passe en milieu scolaire m'intéressent. Mais là, j'avoue que je me suis un peu ennuyé à la lecture du roman.
 
 
 


 
5) Le roi, Donald Duck et les vacances du dessinateur de Patrick Roegiers
 
 
 
 
 
 
Et voilà pour le bilan de lecture 2018 ! À l'année prochaine (peut-être) pour de nouvelles lectures que j'espère aussi palpitantes que celles de cette année !
 
Merci à ceux qui me suivent encore, même si je remarque que, depuis quelques mois, la fréquentation du blog est en chute libre, passant d'une fréquentation d'environ 150 vues par article à une moyenne de 30 vues pour les trois derniers articles. Donc, vais-je continuer, vais-je arrêter ? Je me pose la question et la fréquentation des prochains articles sera déterminante.
 

vendredi 14 décembre 2018

Un écrivain - Laure Arcelin


Un écrivain

Laure Arcelin
 


Bonjour à toutes et à tous,
 
Aujourd'hui, un dernier roman de la rentrée littéraire 2018 avec un roman qui est passé complètement inaperçu, à cause des best-sellers de cette rentrée, mais qui est un premier roman extrêmement bien écrit sur le monde de l'édition, des prix littéraires et surtout sur l'emprise d'un personnage sur son créateur.

Je vous présente le livre Un écrivain de Laure Arcelin.



A. Caractéristiques du livre


Titre =  Un écrivain
Auteures = Laure Arcelin
Edition - Collection = Robert Laffont

Nombre de pages = 241 pages

Date de première parution =  2018
 
Note pour le livre = 15 / 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième de couverture
Alexandre Maigine est un écrivain discret. Il préfère l'ombre à la lumière.

Alors comment supporter cette attention soudaine, brutale, de la presse, du public, des jeunes loups de l'édition et des femmes ?

Et pourquoi ne cesse-t-on de le confondre avec Alexis, le héros de son roman, un écrivain superficiel et mondain ? Celui-ci n'est qu'un personnage de papier, une chimère ! Ils n'ont rien en commun ! Qu'on le laisse enfermé dans son livre !


C. Mon avis sur le livre

Voilà un livre de la rentrée littéraire de septembre, dont on a très peu entendu parler dans les médias, et c'est dommage, car c'est un très bon moment de littérature !

Laure Arcelin nous emmène dans l'univers (parfois) sombre d'un écrivain dont le personnage principal du premier roman, qui lui vaut le prix Goncourt, empiète peu à peu sur sa propre vie, et ce dans tous les éléments de sa vie, privée et professionnelle, faisant vivre à l'auteur une véritable (mais insidieuse) descente aux enfers.

Même si, par endroits, la construction syntaxique peut sembler lourde de par des constructions parfois complexes, la construction de la trame narrative, elle, est absolument fabuleuse : l'auteure nous fait suivre étape après étape, cette déconstruction progressive de l'auteur au profit d'une fusion auteur-personnage avec un suspense à la hauteur et des rebondissements d'un bout à l'autre du roman.

En somme, un excellent premier roman qui dépeint avec assez de justesse (du moins, je le suppose) le monde de l'écriture, celui l'édition et celui des prix littéraires, teinté d'un petit goût de thriller qui rehausse encore un petit peu plus le goût du roman.

À recommander, d'une part, aux amateurs de personnages tourmentés et d'autre part, à ceux qui aiment les livres sur le monde littéraire.

D. Quelques bons passages du livre

Le talent ne se mesure pas à la seule surface de l'aune médiatique, pas plus qu'au nombre de lecteurs ou à la santé florissante d'un compte bancaire. Ce sont des données empiriques qu'il faut regarder pour telles. In fine, il n'y a qu'un seul juge au talent : le temps. Il est sans pitié. (p. 15)

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Un renifleur de talent. Chien truffier qui regardait ses lecteurs comme une meute à l'affût. Remuer, gratter cet humus que sont les manuscrits, n'en laisser aucun de côté. Traquer la tournure révélatrice, celle qui valait promesse d'un don, fût-il seulement en germe, à l'éclosion encore incertaine, mais qu'il ne fallait surtout pas laisser se perdre. Et encore moins passer à la concurrence. C'était la consigne.  (p. 23)
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Essaie de sourire, tu as la mine constipée d'un porteur de cercueil.   (p. 35)

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Je répondis à des centaines de questions, croisai des centaines de visages, serrai des centaines de mains. Et me découvris beaucoup d'amis dont j'ignorais l'existence.  (p. 37)
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Que veux-tu, me disait parfois LG, des lettres, mon fils ne connaît que les chiffres. Les seules lignes qui lui racontent des histoires sont celles de nos livres de comptes. Être à la tête d'une maison d'édition, d'une usine de production automobile ou d'une charcuterie, pour lui il n'y a pas de différence. Sa méthode se résume à deux mots et s'applique à tout : business et marketing. Les livres sont des produits comme les autres. Il faut lui reconnaître en cela un certain talent. C'est un excellent gestionnaire dont notre petite maison d'édition aurait tort de se priver.  (p. 43)

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Assurer le service après-vente d'un roman qui n'en avait absolument plus besoin, son bandeau rouge valant à lui seul tous les arguments et packaging, voici ce qui était attendu de moi. VRP, tel était désormais mon rôle.  (p. 43)
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Je fleurais bon l'esprit français, plutôt que la naphtaline. J'avais gagné ma place sur la devanture aux côtés de la baguette croustillante, des grands crus classés, du saucisson sec, du camembert normand, du 5 de Chanel et du béret basque. Je devenais fréquentable.   (p. 46)
 
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Une part de moi était en train de s'éteindre. Ou plutôt de se dissoudre, dans une communauté beaucoup plus vaste, celle du public, échappant au champ de ma seule volonté.  (p. 55)
 
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La vérité, a fortiori quand elle est évidente, prend souvent des chemins de traverse avant de s'imposer à l'esprit. Le pire de ces chemins-là étant celui des sentiments.  (p. 89)
 
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Au départ amusant, flatteuse même, l'assimilation à mon personnage me devenait chaque jour plus pesante. Je n'en pouvais plus de devoir sans cesse rappeler mon prénom, d'avaler des Old fashioned à la chaîne, d'entendre ou de lire par le menu les parties de tennis des uns et des autres, de justifier ma tenue devant l'étonnement de me voir arriver toujours vêtu de noir plutôt qu'en jean et chemise blanche, et le reste à l'avenant. Il s'agit là de détails insignifiants mais à la longue, leur somme devient signifiante. (p. 95)
 
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L'écriture d'un livre est une période hors du temps. Suspendue entre deux dimensions. Celle de l'imaginaire et celle de la réalité. Connectée à une fréquence particulière, ténue, ne souffrant aucune interférence.  (p. 122)
 
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Souvent, je me suis cramponné à ma jeunesse dans les instants difficiles de mon existence, quand le présent me semblait en fuite, et l'avenir une perspective trop incertaine. Laisser mes pensées vagabonder sur les sentiers de mes années tendres m'apaise à la façon du siège sur lequel on retrouve son souffle après une longue marche. Je regarde mon enfance ainsi, comme un vieux banc de marbre veiné de mes rêves d'alors, sur lequel parfois mon esprit se pose. Étonnamment, j'associe cette époque à une seule saison, l'été.  (p. 129)

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Certaines réalités imposent leur loi. La seule marge de manœuvre qu'elles laissent réside dans la plus ou moins grande dignité avec laquelle on les affronte.  (p. 154)

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Tes romans ? Parlons-en ! Tu te caches derrière ta plume ! On ne sait pas qui tu es ! Ces mots que tu alignes, ce sont des lignes Maginot. Ce n'est pas la vraie vie, ça ! Alexis, lui, au moins, il jouit des plaisirs de l'existence, c'est ce qui le rend attachant, même dans sa chute. Alors que toi ? [...] Tu n'es plus qu'une ombre. Ne t'étonne pas que ta vie soit comme toi, un désert sans relief.  (p. 155)

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Glissement intéressant que le vôtre. Un écrivain qui coule sa destinée dans le moule de celle de son personnage. D'ordinaire, c'est l'inverse. Les auteurs plongent leur plume dans l'encre de leurs propres expériences. (p. 191)

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