dimanche 14 octobre 2018

Frère d'âme - David Diop


Frère d'âme

David Diop
 


Bonjour à toutes et à tous,
 
Aujourd'hui, septième livre et sixième roman de la rentrée littéraire avec le premier roman de David Diop.

Je vous présente le roman  Frère d'âme


A. Caractéristiques du livre


Titre =  Frère d'âme
Auteures = David Diop
Edition - Collection = Le Seuil

Nombre de pages = 175 pages

Date de première parution =  2018
 
Note pour le livre = 14 / 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième de couverture
Un matin de la Grande Guerre, le capitaine Armand siffle l'attaque contre l'ennemi allemand. Les soldats s'élancent. Dans leurs rangs, Alfa NDiaye  et Mademba Diop, deux tirailleurs sénégalais parmi tous ceux qui se battent alors sous le drapeau français. Quelques mètres après avoir jailli de la tranchée, Mademba tombe, blessé à mort, sous les yeux d'Alfa, son ami d'enfance, son plus que frère, Alfa se retrouve seul dans la folie du grand massacre, sa raison s'enfuit. Lui, le paysan d'Afrique, va distribuer la mort sur cette terre sans nom. Détaché de tout, y compris de lui-même, il répand sa propre violence, sème l'effroi. Au point d'effrayer ses camarades. Son évacuation à l'Arrière est le prélude à une remémoration de son passé en Afrique, tout un monde à la fois perdu et ressuscité dont la convocation fait figure d'ultime et splendide résistance à la première boucherie de l'ère moderne.


C. Mon avis sur le livre

Ce roman nous replonge (dans la première partie en tout cas) avec un grand brio dans l'enfer de la Première Guerre mondiale avec toutes les épreuves qu'elle a pu comporter : l'appel des armes, la mort des camarades, la barbarie, la folie...Un vrai roman coup de poing qui nous permet de ne pas oublier.

Au-delà de l'horreur de la guerre, ce qui frappe également, c'est l'exactitude des clichés véhiculés par les soldats blancs à l'encontre des soldats africains qui combattaient en 14-18 : les accusations de cannibalisme, de sauvagerie, de bêtise parfois, ainsi que le traitement réservé aux Africains enrôlés.

Dans la seconde partie, quand le héros est loin de cette guerre atroce, on respire davantage, les détails scabreux ayant complètement disparu. Cependant, l'intérêt est moindre, à mon goût, même si l'introspection du personnage est plutôt intéressante.

Question style, il faut surtout passer au-dessus du style très répétitif, des nombreux mots qui comptent de nombreuses occurrences, ce qui peut bénéficier d'une double lecture : d'un sens, cela confère une certaine oralité au texte, mais d'un autre côté, ces répétitions intempestives peuvent parfois énerver le lecteur. Il faut également passer au-delà de certains détails assez scabreux et qui peuvent dégoûter ceux qui, comme moi, s'imaginent facilement le tableau de ce qu'ils lisent. Cependant, je concède que ces détails scabreux sont nécessaires si l'on veut faire un tableau réaliste de la vie de tranchée.

Bref, un roman à conseiller à ceux qui sont attachés au souvenir de la Première Guerre mondiale, même s'ils ne s'y retrouveront peut-être pas dans la seconde partie du roman.

D. Quelques bons passages du livre
Ah, Mademba Diop ! ce n'est que quand tu t'es éteint que j'ai vraiment commencé à penser. Ce n'est qu'à ta mort, au crépuscule, que j'ai su, j'ai compris que je n'écouterais plus la voix du devoir, la voix qui ordonne, la voix qui impose la voie. Mais c'était trop tard.  (p. 14)

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L'impensable est caché derrière les mots du capitaine. La France du capitaine a besoin que nous fassions les sauvages quand ça l'arrange. Elle a besoin que nous soyons sauvages parce que les ennemis ont peur de nos coupe-coupe. Je sais, j'ai compris, ce n'est pas plus compliqué que ça.  (p. 25)
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En observant les yeux bleus de l'ennemi, je vois souvent la peur panique de la mort, de la sauvagerie, du viol, de l'anthropophagie.  (p. 30)

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L'être humain cherche toujours des responsabilités absurdes aux faits. C'est comme ça. C'est plus simple.  (p. 48)
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Par la vérité de Dieu, ils pensent mal et très peu. Ils pensent que si je suis vivant après toutes ces attaques, si aucune balle ne m'a touché, c'est parce que je suis un soldat sorcier. Ils pensent à mal aussi. Ils disent que beaucoup de copains de guerre sont morts à cause de moi, pour avoir reçu des balles qui m'étaient destinées.  (p. 48)

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Il faut faire attention, quand on se pense libre de penser ce qu'on veut, de ne pas laisser passer en cachette la pensée déguisée des autres, la pensée maquillée du père et de la mère, la pensée grimée du grand-père, la pensée dissimulée du frère ou de la sœur, des amis voire des ennemis.  (p. 53)
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Penser par soi-même ne veut pas dire forcément tout comprendre.  (p. 55)
 
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Oui, j'ai compris par la vérité de Dieu, que sur le champ de bataille, on ne veut que de la folie passagère. Des fous de rage, des fous de douleur, des fous furieux, mais temporaires. Pas de fous en continu.  (p. 59)
 
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À la guerre, quand on a un problème avec un de ses propres soldats, on le fait tuer par les ennemis. C'est plus pratique.  (pp. 85-86)
 
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Par la vérité de Dieu, c'est plus facile d'être courageux quand on a une large poitrine et des bras et des cuisses aussi épais et forts que les miens. Mais les vrais courageux comme Mademba, ce sont ceux qui n'ont pas peur des coups malgré leur faiblesse. (p. 110)
 
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Je sais, j'ai compris que le souvenir de ma mère figeait toute la surface de mon esprit, dure comme la carapace d'une tortue.  (p. 136)
 
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Mon père est un soldat de la vie quotidienne qui n'a vécu que pour préserver ses femmes et ses enfants de la faim. Jour après jour, dans ce fleuve de durée qu'est la vie, mon père nous a rassasiés des fruits de ses champs et de ses vergers. Mon père, ce vieil homme, nous a fait croître et embellir, nous sa famille, comme les plantes dont il nous nourrissait.  (p. 146)

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Traduire, ce n'est jamais simple. Traduire, c'est trahir sur les bords, c'est maquignonner, c'est marchander une phrase pour une autre. Traduire est une des seules activités humaines où l'on est obligé de mentir sur les détails pour rapporter le vrai en gros. Traduire, c'est prendre le risque de comprendre mieux que les autres que la vérité de la parole n'est pas une, mais double, voire triple, quadruple ou quintuple. Traduire, c'est s'éloigner de la vérité de Dieu, qui, comme chacun sait ou croit le savoir est une.   (p. 166)
 
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mercredi 10 octobre 2018

Naissance d'un Goncourt - Yann Queffelec


Naissance d'un Goncourt

Yann Queffelec
 


Bonjour à toutes et à tous,
 
Aujourd'hui, sixième livre de la rentrée littéraire avec le nouveau récit de Yann Queffelec qui, après sa mère et son père, met à l'honneur sa première éditrice, la tonitruante Françoise Verny.

Je vous présente donc le récit  Naissance d'un Goncourt qui, il ne faut pas se méprendre ne raconte pas uniquement l'épopée de son roman primé Les noces barbares, mais raconte tout son itinéraire d'écrivain débutant entre sa rencontre avec Françoise Verny et l'attribution de son Goncourt.


A. Caractéristiques du livre


Titre =  Naissance d'un Goncourt
Auteures = Yann Queffelec
Edition - Collection = Calmann-Lévy

Nombre de pages = 227 pages

Date de première parution =  2018
 
Note pour le livre = 14 / 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième de couverture
Personne ne m'a présenté mon éditeur, sinon la mer, la fortune de mer, en mai 1978. Je l'ai ramassé sur la jetée comme un gros oiseau noir bousculé par le vent ou bien c'est lui qui m'a ramassé, oisillon dépenaillé, je ne sais plus.

Françoise Verny : ma Françoise Verny.
Ma Françoise.
Mon Yann.
Neuf ans d'amitié fantastique à la vie à la mort.

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C. Liens vidéo

Si certains veulent connaître Françoise Verny autrement que par ce récit, je vous propose, via ces liens vidéo de voir une vidéo avec une interview d'elle par Thierry Ardisson et une autre où Yann Queffelec, alors invité chez Frédéric Lopez, parle de sa rencontre Françoise Verny.

https://www.youtube.com/watch?v=o2lMGqTYA_w  (interview de Françoise Verny par Thierry Ardisson)

https://www.youtube.com/watch?v=oRea-SB4tsQ  (Yann Queffelec parle de Françoise Verny (entre 1h02'50'' et 1h05'50''))

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D. Mon avis sur le livre

Comme je l'ai dit dans l'introduction, dans ce récit, Yann Queffelec, après s'être épanché sur les liens qu'il entretenait avec sa mère dans Le Piano de ma Mère et ceux qu'il entretenait avec son père dans L'Homme de ma vie, s'attelle à redonner vie à sa première éditrice, la très fantasque Françoise Verny (qui nous a quittés en 2004).

Ce livre m'avait attiré, car il relatait une anecdote que Yann Queffelec avait racontée il y a quelques années lorsqu'il était invité dans l'émission de Frédéric Lopez La parenthèse inattendue. (voir vidéo au-dessus)

Concernant le livre en lui-même, Yann Queffelec redonne vie à Françoise Verny d'une telle manière que si je ne savais pas qu'elle avait existé, j'aurais pu croire que l'auteur l'eût inventée de toutes pièces, tellement le caractère qu'il décrit paraît hors du commun et fantasque à un point inimaginable. Françoise Verny était, si l'on en croit Yann Queffelec, un personnage héneaurme (ce n'est pas une faute d'orthographe, je parle du sens rabelaisien ou flaubertien du terme) et son écriture ne trompe pas : il nous décrit avec délice et malice une femme qui au-delà de manger une quantité énorme de nourriture, n'hésite pas à la lancer sur ses invités, une femme qui boit du champagne comme du petit lait, qui se permet d'être familière, voire parfois grossière avec ses amis. En somme, une écriture malicieuse pour une femme qui fait vraiment sourire, voire rire.

Le parcours de Yann Queffelec en lui-même et ses multiples rendez-vous (souvent ratés) avec Françoise Verny et ses difficultés d'écriture sont en général très intéressants à lire. De plus, quelques mini-chapitres explicatifs sur des éléments historiques (dont la création du prix Goncourt) sont un petit plus qui se déguste.

Mais, deux petits points négatifs : pour un non-initié à l'écriture de Yann Queffelec, l'agencement de certaines phrases, de certains paragraphes pourraient paraître lourd et de là découlerait une lecture peu fluide, mais c'est une question d'habitude. De plus, dans la deuxième partie, j'ai trouvé la digression sur les trajets en avion relativement inintéressantes, ce qui est dommage, car cela prend tout de même une bonne vingtaine de pages. Mais c'est le seul passage qui m'ait réellement ennuyé.

En bref, un bon récit destiné à ceux qui ont aimé les derniers récits de Yann Queffelec (même si le style est loin de celui de ses romans comme Les Noces Barbares) et au personnage de Françoise Verny (qui, toutefois, mérite d'être connu de tout le monde et pas que des initiés), malgré une légère tendance à la lourdeur dans l'écriture de certains passages et une vingtaine de pages peu intéressantes vers la fin.

E. Quelques bons passages du livre
 
Quand on attend trop, on répare trop, on oublie la mer, on ne part jamais.  (p. 17)

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"Hasard", "destin", "destinée", "chance", tous ces mots disent à peu près la même chose. Ils disent que la main humaine est une belle histoire en cours, une prédiction sibylline, et qu'il n'est pas sérieux de s'en imaginer le patriarche omniscient, le deus ex machina(p. 20)
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Qui n'est pas le convalescent d'un souvenir plus fort que les autres, auquel il ne repense jamais sans en raviver les délices ou la plaie ?   (p. 25)

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Et comment réagit l'individu sain d'esprit lorsque sa bonne étoile lui fait des risettes au vitriol ?  (p. 31)
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Avec tout ça, je ne vous ai pas dit, ou trop vite, à quoi elle ressemblait. J'ai lu, à sa mort, qu'elle avait "le physique ingrat". Non mais quel Adonis bidon, quel aigri du manuscrit refusé a pu concevoir et signer cette ignominie ! Ingrat, le physique de Françoise ? Il était comme son intelligence : hors du commun, dionysiaque, au-delà des critères, d'une beauté primitive de volcan ou d'aurochs. Il irradiait comme une allégresse - le seul diapason qui mit d'accord les sages et les fois, chez elle, au 46, on disait tous le "46".   (p. 52)

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Alors c'est qui, Françoise Verny ? C'est la maman des auteurs, pardi. Une indésirable maman. Chacun a la sienne. Elle n'aime pas trop l'idée : "Pas une maman, chéri ! Une mère maquerelle ! Une patronne de bordel !"  (p. 54)
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Pourquoi l'homme est ce qu'il est, à la fois bon et con.  (p. 79)
 
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L'amour, j'en pense du bien. L'amitié, du très bien. Et si l'on faisait l'amour comme on fait l'amitié, sur terre, il y a longtemps que Dieu n'aurait plus besoin des hommes, pour être heureux, et vice versa.  (p. 83)
 
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Si Françoise avait une bête noire, en mode whisky, c'était la femme d'écrivain, la plus "noire" étant la femme d'écrivain écrivain, catégorie montante au début des années 70. Les auteurs amenaient leur femme en confiance, et la femme souhaitait ne plus jamais revenir dîner au 46.  (p. 109)
 
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Citation de Françoise Verny : "La seule différence entre les femmes et les hommes, chéri, c'est que nous les femmes, nous avons des couilles !"  (p. 151)
 
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Je ne me voyais évidemment pas finir mes jours avant d'avoir sauvé mes personnages maudits - le comble pour des personnages en souffrance, pour leur auteur.  (p. 168)
 
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C'est un drôle d'oiseau, Les Noces barbares. Il marque le retour de la narration dans le roman français qui s'en croyait émancipé. Branle-bas de combat chez les missionnaires de l'écriture blanche. Il ne faudrait surtout pas que cette bluette fasse parler d'elle plus qu'elle ne le fait déjà : surtout pas qu'elle ait un prix d'automne, et surtout pas le prix Goncourt.  (p. 206)

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La vie ? Je ne sais pas ce que c'est, l'histoire humaine, sa destinée. Si la vie est un rêve, je veux bien rêver des milliers d'années, l'écrire indéfiniment. Si c'est un cauchemar, il me reste la violence et le sourire des mots pour l'amadouer. Si le temps doit se poursuivre ailleurs, je ne demande qu'à me réveiller sain et sauf, là-bas, chez les miens.  (p. 226)
 
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dimanche 7 octobre 2018

Sergent Papa - Marc Citti


Sergent Papa

Marc Citti
 


Bonjour à toutes et à tous,
 
Aujourd'hui, cinquième roman de la rentrée littéraire avec un premier roman d'un comédien connu pour ses seconds rôles à la télévision et au théâtre, Monsieur Marc Citti.

Je vous présente le roman Sergent Papa.


A. Caractéristiques du livre


Titre =  Sergent Papa
Auteures = Marc Citti
Edition - Collection = Calmann-Lévy

Nombre de pages = ... pages

Date de première parution =  2018
 
Note pour le livre = 9 / 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième de couverture
Comédien à la carrière essoufflée, Mathieu tente de renouer avec son fils Antoine, musicien prodigieux. Au rythme des tâtonnements de ce père absent se découvrent la tendresse prudente et la violence sourde des sentiments.


C. Mon avis sur le livre

Je suis au regret de le dire, mais ce roman est ma première vraie déception de la rentrée littéraire.

La personnalité du comédien Marc Citti, que j'ai pu voir dans beaucoup de fictions télévisées et au cinéma, ainsi que la très bonne idée de départ (les relations entre un père et un fils artistes) m'avaient attiré vers ce livre, que j'ai gagné grâce à l'opération Masse Critique de Babelio.

Malheureusement, après un départ tonitruant, la lecture de ce livre devient de moins en moins linéaire, à mesure de la progression de l'intrigue (en tout cas, en ce qui me concerne), malgré quelques bonnes idées sur le fond du récit. Peut-être est-ce dû aux multiples digressions, à la mise en page ou à l'agencement des mots en tant que tel ou n'étais-je tout simplement pas dans un bon jour ? Je ne saurais l'expliquer clairement mais j'ai vraiment eu du mal à arriver au bout du roman. Dommage !

D. Quelques bons passages du livre

Mathieu a lu dans un magazine qu'à la demande du syndicat des réalisateurs hollywoodiens, nombre de professeurs d'art dramatique californiens se sont reconvertis au coaching d'expression faciale pour redonner vue aux figures figées par le botox et charcutées par les scalpels.  (p. 20)

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Ils essaient à l'évidence de prolonger la magie de leur aventure, avant de replonger dans les angoisses que l'incertitude des lendemains ne manquera pas de charrier.  (p. 21)
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Il semble subsister tout au fond de son être une part d'enfance qui supplie qu'on la ranime, mais les épreuves et les déceptions paraissent l'avoir fait basculer du côté de l'abdication.  (p. 22)

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Pour beaucoup d'entre eux, la Roumanie ne saurait évoquer autre chose que les orphelinats où déambulent des gosses malnutris ou les lugubres cités de béton construites sous l'ère Ceausescu pour une population forcément vêtue d'anoraks marronnasses et de jeans mal coupés.  (p. 37)
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Que pouvait donc bien signifier l'expression "changer de vie" ? Abandonner un métier qui, depuis longtemps, ne voulait plus de lui ? Partir pour l'étranger ? Ecrire un roman ? Trouver refuge dans la foi catholique ? S'adonner à la pratique du golf ? Aimer encore quelqu'un ?  (p. 51)

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Combien de temps encore à tromper les ravages du temps ? Elle fait partie de ces femmes dont l'insubmersible misogynie de la société juge la sexualité agressive, quand elle n'est qu'affranchie des codes d'une bienséance édictée par des hommes paniqués à l'idée de devoir se colleter à la puissance du désir féminin.  (p. 55)
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Force était de reconnaître que la détestation des homosexuels était devenue une cause capable de réconcilier sous sa bannière, avec une ferveur qui ne se démentait pas, des populations d'ordinaire antagonistes.  (p. 64)
 
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vendredi 28 septembre 2018

Reviens - Samuel Benchetrit


Reviens

Samuel Benchetrit
 


Bonjour à toutes et à tous,
 
Aujourd'hui, quatrième roman de la rentrée littéraire avec le nouveau roman (très drôle) de Samuel Benchetrit.

Je vous présente le roman  Reviens.


A. Caractéristiques du livre


Titre =  Reviens
Auteures = Samuel Benchetrit
Edition - Collection = Grasset

Nombre de pages = 248 pages

Date de première parution =  2018
 
Note pour le livre = 16 / 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième de couverture
Son fils est parti, son ex-femme le harcèle, son éditeur le presse, des mariées de téléréalité le fascinent, Pline l'Ancien le hante, un canard le séduit, une infirmière bègue le bouleverse....Bienvenue dans le monde tendre et poétique d'un écrivain en quête d'inspiration et d'amour.


C. Mon avis sur le livre

Ce roman est le premier que je lisais de Samuel Benchetrit et vraiment, je ne le regrette pas. J'ai dévoré le livre en deux jours, ce qui est très rare.

L'auteur nous emmène dans l'univers un peu dérangé d'un écrivain en panne d'inspiration, drogué à l'émission Quatre mariages pour une lune de miel, coupé en deux entre son ex-femme quelque peu hystérique et son fils parti faire le tour du monde, qui doit se mettre en quête d'un exemplaire (introuvable) de son dernier roman pour le donner à un producteur qui, bien que ne l'ayant pas lu, souhaiterais en faire une adaptation pour la télévision.

De cette quête, certes un peu dérisoire, découlera une série de péripéties plus loufoques les unes que les autres, qui ont le mérite de surprendre et cueillir le lecteur à chaque fois. Parmi ces péripéties, on peut compter : la lecture forcée d'une œuvre de son pire ennemi littéraire dans une maison de retraite, la quête d'un canard mâle pour réenchanter le petit étang de cette maison de retraite ou encore le mail mystérieux d'un certain Blanchot.

Généralement, si on me présente une telle intrigue, je n'ai même pas envie de lire le livre, mais là, vraiment, l'écriture de Samuel Benchetrit est tellement drôle et efficace et le comportement du héros paraît tellement surréaliste, qu'on ne sent pas les pages défiler.

Bref, un roman très bien écrit qui fait passer une intrigue parfois un peu trop loufoque mais qui fait toujours rire. Un roman que je recommande.

D. Quelques bons passages du livre
Parfois même, je signais ces vœux. Signature solennelle adressée à je-ne-sais-qui à l'intérieur de ma tête (il devait bien y avoir quelqu'un, mais nous n'avions jamais été présentés).  (p. 9)

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Les rêves du matin n'étaient pas les mêmes que ceux de la nuit. Ils n'offraient pas vraiment de sujets de livres. Ou des livres ennuyeux et prétentieux comme il en paraissait chaque semaine. (p. 12)
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Pierre Lamberti sortait un livre par an. Une sorte de Big Mac littéraire. Et chaque année, on annonçait son nouveau style, qui n'était en fait qu'une tranche de cheddar en plus au sandwich.  (p. 47)

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Ils agrandissent les métropoles, le Grand Paris, le Grand Lyon, les métros, les tramways vont plus loin, mais ils continuent de dénigrer ces cités et leurs habitants pour arranger leurs affaires personnelles, les politiciens, les médias, chacun est dans son programme, d'élection, de rassemblement, de ventes...Ils refusent de voir l'espoir que représente cette jeunesse car c'est un engagement sur le long terme, en plus de l'individualité croissante, le temps de l'action a tout aussi changé : désormais, il faut agir seul et vite.  (p. 69)
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Et je lisais ces réponses, au milieu des nuits d'insomnie dans ma cuisine étroite en fumant et buvant du whisky anesthésiant l'ennui de ma propre vie.  (p. 91)

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Arrivé au pavillon bleu, je constatai que les noms des pensionnaires n'étaient pas inscrits sur les portes, juste le prénom sous une photo du locataire. Cela devait servir à humaniser un peu la condition de vie et le passage éphémère dans l'ultima casa.  (p. 99)
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Rien n'est plus détestable que les gens qui vous connaissent par cœur.  (p. 118)
 
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Je considérais les artistes que j'admirais comme des familiers, ou des amis très proches. Nabokov était l'un de mes oncles russes. Fellini, un oncle romain. John Fante et Vittoria De Sica, idem. Duras était ma tante chérie. Sagan, ma cousine adorée. Flannery O'Connor ma cousine d'Amérique. J'avais bu des whiskys avec Beckett. Dormi entre Cohen et Yourcenar, que je voulais réconcilier. Ma belle famille. Ma si belle et grande famille. Qui avait tant été là pour moi, et moi, si peu pour elle. Leur neveu, pas si doué, un brin couillon mais qu'ils aimaient tendrement.  (p. 139)
 
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En vérité, j'attendais que l'écriture me tombe dessus. Qu'un matin, elle me réveille. Qu'elle me sorte, qu'elle me soulève, qu'elle me parle, qu'elle m'enlève, qu'elle me caresse, qu'elle me frappe, qu'elle me brûle. J'attends que l'écriture me sauve la vie, qu'elle m'arrache à cette vie.  (p. 146)
 
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Je pensais juste que l'avancée de l'âge ne réduisait pas le mauvais goût.  (p. 149)
 
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On veut soigner ceux qui perdant la mémoire, mais pour ceux qui en ont trop, on fait quoi ?  (p. 160)
 
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Les gens heureux sont avant tout des gens gentils.  (p. 209)

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Je n'avais jamais été détendu devant une caméra. Les rares fois où l'on m'avait invité à la télévision pour parler de mes livres, j'avais réussi l'exploit de ne pas donner envie de lire les miens mais aussi de ne plus donner envie de lire de livres du tout.   (p. 229)
 
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