jeudi 31 janvier 2019

Le Diable emporte le fils rebelle - Gilles Leroy


Le Diable emporte le fils rebelle

Gilles Leroy
 


Bonjour à toutes et à tous,
 
Aujourd'hui, un nouveau roman de la rentrée littéraire de janvier, qui est passé un peu inaperçu dans les médias, malgré la popularité de son auteur. Ce roman met en conflit, dans une Amérique puritaine une mère pauvre mais extrêmement croyante à son fils, délinquant et (prétendument) homosexuel.


A. Caractéristiques du livre


Titre =  Le Diable emporte le fils rebelle
Auteures = Gilles Leroy
Edition - Collection = Mercure de France

Nombre de pages = 139 pages

Date de première parution =  2019
 
Note pour le livre = 12 / 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième de couverture
Lorraine, son mari et leurs quatre fils vivent sur une ancienne friche d'une ville du Wisconsin. La jeune mère se tue à la tâche et n'a pour tenir, que Dieu et ses cachets. Elle doit aussi affronter sa bête noir, Adam, le fils aîné réfractaire. L'adolescent sort à peine de détention qu'une rumeur s'en prend à sa sexualité. Lorraine n'a plus qu'une obsession : sauver le reste de la famille.


C. Mon avis sur le livre

Je finis ce roman et demeure un peu déçu : certes, le roman est bien écrit, traduit très bien les états d'âme de cette mère ultra-catholique, besogneuse et attentive au "bien-être" de ses enfants, mais je trouve que l'intrigue du roman est très éloignée de l'idée que je m'en faisais au départ et qui m'a fait emprunter le livre.

En effet, je m'imaginais une confrontation entre cette mère et ses préceptes ultra-catholiques et son fils homosexuel (qu'elle a exclu de sa maison, par ailleurs) selon un double point de vue : d'une part, les pensées de la mère sur l'homosexualité de son fils et d'autre part, le destin de ce fils : savoir comment il se débrouille, ce qu'il pense de son exclusion..., ce qui aurait pu ouvrir le débat. Mais il n'en est rien.

Certes, le roman reste très intéressant avec les thèmes de la croyance à l'extrême, de la pauvreté et de l'adolescence difficile, mais je suis déçu du fait que l'exclusion du fils homosexuel ne soit qu'un prétexte pour commencer le roman qui ne soit pas plus étayé au fil du roman.

D. Quelques bons passages du livre

J'ai appris à me taire avec ces gens qui ont plus vite fait de vous dénoncer aux services sociaux que d'aller à confesse.  (p. 29)

 ----------------------------------------------------------------------------------------------------------
Ce téléphone, flambant neuf, on nous en avait farci le crâne depuis des mois, les gosses du monde entier l'attendaient, soi-disant, et il est arrivé comme un nouveau messie de plastoc, pile pour Noël. Le dernier cri et aussi la peau du cul.   (pp. 45-46)
------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Renvoyer son enfant, les Écritures stipulent qu'on en a le droit si le membre dépravé s'en va montrer le mauvais exemple aux petits qui sont sous le même toit. Notre Seigneur le permet, et même le recommande, a dit le père Fleurant, aussi j'ai ma conscience pour moi.  (pp 50-51)

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Comprendras-tu, Fred ? Il fallait que je protège nos plus jeunes.

C'est si influençable l'enfance, ça n'a pas l'idée du vice. Je devais penser aux trois qui restent, nos trois cœurs simples.  (p. 77)
---------------------------------------------------------------------------------------------------------

Quant à cette vie qui l'attendait, elle ne serait jamais pour lui une rampe vers le firmament mais une échelle pourrie aux barreaux sciés dès sa naissance, et cetera et je vous en passe, des jérémiades.  (p. 96)

----------------------------------------------------------------------------------------------------------


Croire que les choses vont arriver suffit parfois à faire diversion, à oublier que rien ne bouge. (p. 103)
----------------------------------------------------------------------------------------------------------
 
Les gens renonceraient bientôt aux belles choses même pour leurs bébés, riches ou pauvres, tout le monde emmailloterait sa marmaille dans les tissus empoisonnés de là-bas, made in China, made in Laos, made in India, made in merde, oui, des chiffons montés de traviole et qui durent moins longtemps qu'une couche.  (pp. 106-107)

------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Nous autres, on peut toujours avoir de l'or dans les mains, ce n'est jamais dans nos poches qu'il tombe.  (p. 107)

 
-----------------------------------------------------------------------------------------------------------

Les Français de chez Michelin nous ont rachetés et, à peine deux ans plus tard, ils fermaient l'usine après avoir mis la main sur le pactole. Et ça se dit nos cousins. Fieffés filous, oui, des prétentiards sans rien à foutre de nous, le cul au chaud dans leurs châteaux.  (p. 112)
 
------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Sacrifier la branche pourrie pour le salut de l'arbre, c'est ce que nous délivre la sainte Parole. (p. 135)
 
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------

À quoi bon s'accrocher si l'avenir ne veut pas de nous ?  (p. 137)
 
--------------------------------------------------------------------------------------------------------------
     



          
     

 
 
       
 
        
 

vendredi 25 janvier 2019

L'échappé belge - Alex Vizorek


L'échappé belge

Alex Vizorek
 


Bonjour à toutes et à tous,
 
Aujourd'hui, une bonne tranche de rigolade avec le plus français des humoristes belges : l'humoriste "France Inter", Alex Vizorek. Je vous présente son second recueil de ses meilleures chroniques radiophoniques. Des textes d'un humour grinçant et jubilatoire, entrecoupés de coupures de presse abracadabrantes et de dessins humoristiques d'un des deux plus grands dessinateurs de presse belges, Pierre Kroll.

Voici L'échappé belge.



A. Caractéristiques du livre


Titre =  L'échappé belge
Auteures = Alex Vizorek
Edition - Collection = Points Seuil 

Nombre de pages = 222 pages

Date de première parution =  2018
 
Note pour le livre = 18 / 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième de couverture
Après des mois d'allers-retours en Thalys, Alex Vizorek a finalement posé son baluchon et ses chroniques à Paris. Pour le plus grand bonheur des auditeurs français puisque tout le monde en prend pour son grade : Emmanuel Macron devient le Christian Gray des socialistes, Daniel Cohn-Bendit découvrent qu'il y a des activités de gauche et des activités de droite, et Caroline Fourest assiste à une conversion au "pastafarisme". Un savoureux mélange de chroniques décapantes et de brèves insolites du monde entier.


C. Mon avis sur le livre

Il faut dire, avant toute chose, qu'Alex Vizorek est un des seuls humoristes dont je parviens, avec le même plaisir à écouter et à lire les chroniques, ce qui n'est par exemple pas le cas avec Stéphane de Groodt ou Régis Mailhot dont les chroniques sont un délice à l'oreille mais un supplice à la lecture.

Revenons à Alex Vizorek. J'avais déjà acquis, il y a deux ans, son premier livre, Chroniques en Thalys, que j'avais trouvé génialissime...et ce deuxième volet est dans la droite ligne du premier.

Ceux qui aiment l'humour d'Alex Vizorek seront servis avec ce livre reprenant quelques-unes de ses meilleures chroniques de France Inter entre 2015 et 2017 où personne (dans le monde politique) n'est épargné : la gauche, la droite, le centre, l'extrême-gauche, l'extrême-droite, les Français, les Belges, Patrick Cohen...et j'en passe. Aucun thème, même les plus touchy comme la colonisation, Xavier Dupont de Ligonnès ou l'extrême-droite ne semble lui faire peur, ce qui rend le livre encore meilleur.

De plus, les petits commentaires de titres insolites de journaux ajoutent encore plus d'esprit, et d'hilarité à ce livre.

Ce livre, délicieusement iconoclaste et irrévérencieux, est une vraie bouffée d'air dans une actualité plutôt morose. Espérons que la carrière de Monsieur Vizorek (qui est par ailleurs un gars très sympa avec ses fans) continue encore longtemps.

D. Quelques bons passages du livre

Quimper : Ivre, il se rend au tribunal alors qu'il n'est pas convoqué.  (Ouest France)

C'est là qu'on voit que Marine Le Pen n'est pas une vraie bretonne. Même quand elle est convoquée, elle n'y va pas.  (Alex Vizorek)    (p. 11)

 ----------------------------------------------------------------------------------------------------------
Petite parenthèse, je ne critiquerai pas les chaînes d'info, je sais que c'est la mode alors qu'elles ont fait leurs meilleurs audiences ces derniers jours ! BFM ou iTélé, c'est le Nutella de l'information : tout le monde sait que c'est mauvais, mais on en consomme quand même abondamment.  (p. 22)
------------------------------------------------------------------------------------------------------------

J'ai découvert un nouveau groupe : les Prêtres, sorte de boys band spirituel qui rappelle les One Direction, sauf qu'en ce qui les concerne la "one direction" dans laquelle ils regardent, c'est le ciel, pour voir si leur patron ne les trouve pas ridicules.

La grosse différence tout de même, c'est le public. Là où un boys band normal, ce sont des jeunes chanteurs qui font transpirer des pucelles, à l'inverse ici ce sont des chanteurs puceaux qui font transpirer des ménopausées.  (p. 29)

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------

À Emmanuel Macron : Ce matin, vous êtes le cadeau de France Inter à ses auditrices en cette journée dédiées aux femmes. Il faut dire que l'équipe de programmation fait un super boulot : on avait reçu Nicolas Sarkozy le jour de la journée mondiale d'Alzheimer; pour la journée mondiale du sommeil, on avait eu Jean-Marc Ayrault et Marine Le Pen lors de la journée contre la rage.  (p. 65)
---------------------------------------------------------------------------------------------------------

Les 35 heures, c'est de gauche, sauf si on les passe en garde à vue, là c'est de droite.  (p. 70)

--------------------------------------------------------------------------------------------------------
À l'ancien PDG d'Air France : Il est vrai que ça a choqué beaucoup de monde, l'histoire de la chemise. Mais ça va, quoi ! C'aurait pu être pire : les salariés auraient pu forcer votre DRH à manger vos plateaux-repas.  (p. 77)
---------------------------------------------------------------------------------------------------------
 
Italie : une nonne souffre de douleurs au ventre, elle accouche d'un petit garçon. (20 Minutes)

Et ça, le bon Dieu fait le coup tous les deux mille ans !  (Alex Vizorek)   (p. 93)
 
-----------------------------------------------------------------------------------------------------------

Cette idée de sous-ministère annonçant les mauvaises nouvelles me semble une idée à creuser pour le reste du gouvernement. [...] Pour le Ministère de la Culture : il faudrait un ministère de l'Inculture. Fleur Pellerin devrait pouvoir gérer les deux.  (pp. 108-109)
 
-----------------------------------------------------------------------------------------------------------

Certains découvrent à l'instant BlaBlaCar : en gros, vous êtes la seule société à avoir l'Uber et l'argent d'Uber  (p. 137)
 
------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Notre histoire commence en 1815, la bataille de Waterloo - ne prononcez pas "Vaterloo", avec un V comme "victoire", non, prononcez "Waterloo" avec un "Oua" comme dans "Ouaouh ! Quelle sacrée branlée !"  (p. 146)
 
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Alors, évidemment; il est assez facile pour moi de la ramener, puisque nous, les Belges, nous sommes à l'aise avec nos colonies...ou plutôt devrais-je dire avec notre colonie, le Congo (la Costa Brava espagnole, n'étant pas directement une colonie, même si l'été, on y entend plus parler flamand que catalan).  (p. 163)
 
--------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Bref, le Congo qui, en superficie est soixante-quinze fois plus grand que la Belgique. Pour vous donner une idée, c'est comme si la Bretagne allait coloniser l'Argentine. D'ailleurs d'un point de vue climat, Bruxelles-Kinshasa et Quimper-Buenos aires c'est le même rapport. (p. 164)

------------------------------------------------------------------------------------------------------------

L'affaire des costumes après le Penelope Gate, c'est l'équivalent du médecin qui vous diagnostique un cancer généralisé, mais qui vous recommande de faire attention à la petite verrue qui pointe son nez sous votre pied gauche.  (p. 177)
 
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------

En conclusion, si François Fillon nous écoute, je voudrais lui dire ceci : c'est couillon de demander à un ami de dépenser 48.000 euros pour des costards, alors que moi, je reste disponible, comme ce matin, pour lui en tailler un gratuitement ! (p. 179)

--------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Nous les humoristes, on nous reproche de prendre tout à la légère et de décrédibiliser la fonction politique. Mais qui prend à la légère les convocations chez le juge ? Qui décrédibilise la fonction politique par des comportements de margoulin amnésique ?  (p. 188)

------------------------------------------------------------------------------------------------------------

 
     

          
     

 
 
       

jeudi 24 janvier 2019

Les petits garçons - Théodore Bourdeau


Les petits garçons

Théodore Bourdeau
 


Bonjour à toutes et à tous.
 
Aujourd'hui, au programme, un premier roman d'un auteur qui est également journaliste dans l'émission "Quotidien", Théodore Bourdeau. Pour ceux qui n'aiment pas le ton iconoclaste et irrévérencieux de l'émission, je les rassure : ce roman n'a pas du tout ce ton iconoclaste et retrace même avec une écriture maîtrisée et un certaine tendresse une histoire d'amitié très forte, de l'enfance à l'âge adulte, entre deux hommes aux caractères relativement différents.

Je vous présente le livre Les petits garçons de Théodore Bourdeau.


A. Caractéristiques du livre


Titre =  Les petits garçons
Auteures = Théodore Bourdeau
Edition - Collection = Stock  (Collection Arpèges)

Nombre de pages = 253 pages

Date de première parution =  2019
 
Note pour le livre = 15 / 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième de couverture
C'est l'histoire de deux amis qui traversent ensemble l'enfance, puis l'adolescence, et qui atterrissent à l'âge adulte le cœur entaillé.
C'est l'histoire d'un jeune homme maladroit, le narrateur, un peu trop tendre pour la brutalité du monde, mais prêt pour ses plaisirs.
C'est l'histoire d'un parcours fulgurant, celui de son ami Grégoire, et des obstacles qui l'attendent.
C'est aussi l'histoire d'une société affolée par les nouveaux visages de la violence.
C'est enfin une histoire de pouvoir, de déboires et d'amour.
Mais avant tout, c'est l'histoire de deux petits garçons.
 
C. Mon avis sur le livre
Voilà un livre de la rentrée littéraire de janvier qui est passé (quasiment) inaperçu dans les médias (ce qui est plutôt étrange quand on sait que l'auteur y travaille), et c'est bien dommage, car ce roman est extrêmement bien écrit, avec une grande tendresse et une grande sincérité. 
Dans ce roman, l'auteur nous plonge dans la vie de deux petits garçons, qui, bien qu'ils grandissent, deviennent étudiants, puis mènent leurs vies d'adultes et obtenir des responsabilités, se confrontent aux nouvelles violences qui rythment nos sociétés contemporaines, voient leur amitié rester intacte.
Certes, certains passages du roman (peu nombreux, je rassure les futurs lecteurs) peuvent paraître un peu longs et inutiles, car ils plombent quelque peu le fil de la narration, mais le reste du roman, écrit avec beaucoup de sincérité, donne, au final, un sublime premier roman, qui se lit avec beaucoup de plaisir et fait naître la tentation de la nostalgie de notre propre enfance.
De plus, les multiples références au monde qui nous entoure, comme le nouveau personnel politique, la digitalisation des médias ou les attentats terroristes, nous donnent l'impression que le roman s'inscrit vraiment dans l'actualité de notre monde.
Pour finir, j'attribue une mention spéciale à la conclusion du roman, sur les deux dernières pages du roman, qui est absolument sublime et émouvante.

D. Quelques bons passages du livre

Grégoire était mon ami. Aussi loin que je puisse me rappeler, dès l'école maternelle, Grégoire était là. Petit garçon rouquin, avec qui tout semblait facile. Jouer, faire des bêtises ou échanger des billes. Quand je voulais courir jusqu'à n'en plus vouloir respirer, voler un bonbon, faire peur à un camarade de classe, Grégoire se portait toujours volontaire. Nous n'étions qu'énergie.  (p. 13)

 ----------------------------------------------------------------------------------------------------------
Par définition, on ne se décide pas d'être cool. Un jour, on le devient. L'apprentissage est instinctif, comme celui d'une danse. On peut s'agiter longtemps, sans être dans le tempo, sans faire les bons mouvements. On peut observer les autres, ceux qui savent danser, sans effet immédiat. Et puis, à un moment précis, les choses se mettent en ordre, les pas s'agencent, le corps bouge enfin avec naturel. On est entré dans la danse.  (p. 31)
------------------------------------------------------------------------------------------------------------

C'était l'heure de mon interlude. Je formulais une phrase dans laquelle j'essayais de me montrer subtil, en glissant peut-être un mot érudit, parce que, finalement, c'était encore le seul moyen que j'avais de m'illustrer aux yeux du groupe : être un peu moins con que la moyenne.   (p. 59)

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------

On parle plus librement à l'étranger, sans trop se soucier d'être entendu ou compris.  (p. 78)
---------------------------------------------------------------------------------------------------------

Parfois, quand on improvise un propos, l'imagination d'un quart de seconde peut vous surprendre, dépasser toutes les projections que l'on aurait pu faire après des heures de réflexion.  (p. 87)

--------------------------------------------------------------------------------------------------------
C'est finalement maman qui avait tranché pour moi. J'aimais lire et j'épatais toujours mes grands-mères quand je leur envoyais des cartes postales qu'elles trouvaient "si bien écrites". Et puis, j'étais un garçon sensible, observateur. Je m'exprimais bien. Alors pourquoi ne pas essayer de devenir journaliste ? Maman m'avait inscrit, sans me laisser le choix, aux examens d'entrée dans les établissements formant au journalisme. Je me laissai guider, faute de mieux. Dans le fond, c'était un métier d'une redoutable simplicité : il s'agissait de s'intéresser à des choses, et de les raconter du mieux possible. Je pouvais me projeter, me sentir à la hauteur d'une tâche aussi basique.  (pp. 89-90)
---------------------------------------------------------------------------------------------------------
 
Grégoire avançait comme ça dans le savoir : il défonçait une porte à coup d'épaule, attrapait ce qu'il y avait derrière, et rangeait son butin le plus précisément possible dans l'une des cases de sa mémoire.  (p. 104)
 
-----------------------------------------------------------------------------------------------------------

Souvent, je me disais que les journalistes étaient des touristes : on se plongeait dans l'univers décati des autres, puis on rejoignait ses copains pour raconter les anecdotes de reportages, on ironisait sur les témoignages recueillis, même s'ils étaient tragiques, un peu comme après un safari quand on montre ses photos.  (p. 115)
 
-----------------------------------------------------------------------------------------------------------

C'était amusant de prendre un peu de recul et de nous voir tous, chics et privilégiés, parfaitement accoutrés et joyeux, alors que la ville continuait d'exister autour de nous, avec ses éléments de laideur, ses bus sales qui s'arrêtaient le long du trottoir, ses passants pressés et ses chiens qui pissaient sur les coins des murs. Nos tenues soignées marquaient la frontière entre la bulle sympathique qui nous réunissait et le monde extérieur.  (p. 161)
 
------------------------------------------------------------------------------------------------------------

N'oubliez pas que votre parcours académique ne vaut rien. Il ne vaut rien tant que vous n'avez rien accompli, tant que vous n'avez pas échoué, tant que vous n'avez pas découvert la valeur du compromis.  (p. 199)
 
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Enfant, Grégoire pensait souvent aux soldats des grandes guerres, rongés par les poux et par le froid, la vie suspendue au hasard des bombes. C'était grotesque, mais en sombrant dans le sommeil, il s'était dit qu'il était comme eux, volant un peu de repos avant que l'aube se lève sur la suite de d'une bataille incertaine  (p. 234)
 
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------



    
 
             
        
 
 
      
 
 
 
      

jeudi 17 janvier 2019

Emmanuel le magnifique - Patrick Rambaud


Emmanuel le magnifique

Patrick Rambaud
 


Bonjour à toutes et à tous et bonne année (puisqu'à la mi-janvier, on a encore visiblement le droit) 
 
Aujourd'hui, un premier roman de la rentrée littéraire de janvier. Nous retrouvons Patrick Rambaud et ses traditionnelles chroniques (au vitriol) du pouvoir. Mais cette fois-ci, la nouvelle cible de l'écrivain est (évidemment) Emmanuel Macron, après avoir flingué Nicolas Sarkozy et François Hollande...

Je vous présente le livre Emmanuel le magnifique de Patrick Rambaud


A. Caractéristiques du livre


Titre =  Emmanuel le magnifique
Auteures = Patrick Rambaud
Edition - Collection = Grasset

Nombre de pages = 195 pages

Date de première parution =  2019
 
Note pour le livre = 13 / 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième de couverture
Un soleil nouveau s'est levé sur la France. Est-ce Austerlitz ? Ou bien le sacre ? Au printemps de l'an de grâce 2017, Emmanuel le magnifique est entré dans l'Histoire, costume de banquier et sceptre à la main : jeune prince à la voix grêle, aux régiments start-up, annonçant un monde rénové...

Entre House of Cards et Game of Thrones, voici la chronique facétieuse et attendue d'un règne si neuf qu'il ressemble aux précédents.


C. Mon avis sur le livre

Depuis quelques années, j'attends toujours avec impatience la nouvelle chronique parodique sur le pouvoir sous la plume acerbe de Patrick Rambaud.

Cependant, moi qui avait adoré l'acidité de la chronique François le Petit (première chronique sur François Hollande), j'ai du mal à retrouver, dans la deuxième chronique et dans cette chronique sur Emmanuel Macron, l'humour caustique et l'acide qui faisaient le sel de François le Petit.

Certes, Patrick Rambaud nous décrit toujours avec la même facétie et la même ironie mordante l'enfance, le caractère, l'accession au trône et le début de "règne" de sa Majesté Emmanuel Macron (qu'il compare d'ailleurs à Louis-Napoléon Bonaparte, futur Napoléon III), n'oubliant pas bien sûr d'égratigner tout aussi sévèrement bien d'autres politiques au passage, tant du côté français, avec François Fillon (le duc de Sablé), Marine Le Pen (Mademoiselle de Montretout), Jean-Luc Mélenchon (La Méluche) et évidemment Nicolas Sarkozy et François Hollande, qu'à l'international avec Vladimir Poutine (Vlad le terrible) ou Donald Trump (Buffalo Trump), mais j'avoue ne pas m'être tordu de rire, contrairement au moment où je lisais François le Petit.

Un livre à recommander à ceux qui aiment se moquer de la politique et des hommes qui la représentent, qui veulent se souvenir avec humour de l'accession chaotique au trône de sa Majesté Macron, et qui apprécieront la description douce amère de ce début de règne (chaotique).


D. Quelques bons passages du livre

Qu'apprenait-t-on de si précieux chez le vieux philosophe ? Qu'il n'y a pas de vérité unique mais qu'il fallait accepter plusieurs interprétations en même temps. Qu'on devait s'adapter sans cesse à la réalité, laquelle est mouvante.  (p. 28)

 ----------------------------------------------------------------------------------------------------------
Comme d'habitude, il se sentait et de droite et de gauche. De droite car il répétait que pour être efficace il fallait connaître la grammaire des affaires; de gauche car il déplorait le cynisme croissant du capitalisme, et son défaitisme affiché qui dépeignait une France fichue.  (p. 35)
------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Le Prince déclamait un texte écrit, debout derrière le micro, enveloppé des notables du Loiret comme d'une cour. Par sa gestuelle et son phrasé, on avait l'impression d'entendre un roi. N'avait-il point dit que les Français regrattaient d'avoir guillotiné Louis XVI ? Que même en République, ils avaient l'âme monarchique et respectaient l'apparat, que l'Être suprême de Robespierre prolongeait d'anciennes cérémonies de la Couronne ?   (p. 50)

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Le Prince avait établi un constant clairvoyant. Ni le Parti Impérial (les Républicains) ni le Parti social n'avaient de chef, ou trop de chefs qui se détestaient entre eux, ce qui revient au même. (p. 54)
---------------------------------------------------------------------------------------------------------

Ce catholiques solitaire (ndlr. François Fillon) n'oubliait pas le scoutisme de sa jeunesse, quand il était chef de meute, et il espérait entraîner le peuple en lui présentant des mesures amères; cela n'avait pas bon goût mais c'était pour le bien commun, ainsi que l'huile de foie de morue qu'on avale en rêvant à un champagne.  (p. 55)

--------------------------------------------------------------------------------------------------------
Parlant de Marine Le Pen : Ceux qui la regardaient ce soir-là sentirent son incompétence et son ridicule. Elle se suicida en direct devant des millions de personnes.  (p. 89)
---------------------------------------------------------------------------------------------------------
 
À quoi ressemblaient les premières troupes disparates qui avaient porté Notre Succulence au pouvoir ? C'était un amalgame d'individus que reliait une envie de chambouler radicalement ce personnel politique devenu rance, lequel nous mitonnait depuis des lustres dans ses mêmes vieilles marmites les mêmes recettes fades. (p. 101)
 
-----------------------------------------------------------------------------------------------------------

Si Louis-Napoléon était intervenu pour modifier le cours des choses à l'aube de l'ère industrielle qui créa la clase ouvrière, le chômage massif et des révolutions sanglantes pendant un siècle, Emmanuel le Majestueux ouvrait l'ère de la Triomphante Technique à laquelle chacun devait se soumettre car il n'envisageait pas d'autre voie.  (p. 103)
 
-----------------------------------------------------------------------------------------------------------

Il croyait que le travail était une vertu à pratiquer joyeusement. Ceux qui oubliaient de s'y soumettre étaient déjetés sur le bas-côté. Qu'ils flemmardent et cueillent des renoncules dans les champs, qu'ils sirotent un vin frais sous le parasol, qu'ils se prélassent mais ne comptent pas sur les autres pour les sortir du marasme où les a menés leur périlleuse insouciance. Sa Majesté Électrique oubliait que les gens ne vivaient pas pour travailler mais qu'ils travaillaient pour vivre.  (p. 103)
 
------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Buffalo Trump était quasi analphabète et il peinait à lire un rapport qui dépassait cinq lignes : au-delà, son attention s'évaporait. Le Prince savait que ce pachyderme n'avait pas franchi l'âge de raison et qu'il était un produit parfait de la société spectaculaire marchande. Il prenait un risque avec ce businessman frelaté.  (p. 132)
 
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------

L'Homme est nuisible par nature. Depuis qu'il a jailli de la mer et que ses nageoires sont devenues de pattes, il s'est cru supérieur aux autres vivants. [...] Il tirait pareillement sa femelle par les cheveux et la postait devant le feu qu'elle avait la tâche d'entretenir pour cuire l'auroch du repas. Il la traitait moins bien que les singes, lesquels avaient des égards pour leurs guenons qu'ils protégeaient. M. Harvey Weinstein descendait en ligne directe de l'Homme des cavernes dont il avait retenu un goût immodéré du pouvoir et un aspect physique massif et brutal qu'il partageait au reste avec nombre de ses congénères que l'idée de civilisation laissait de glace.  (p. 154)
 
--------------------------------------------------------------------------------------------------------------

En France, dans l'univers masculin, la vulgarité était mieux partagée que la politesse, cette vertu oubliée.  (p. 159)

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------

M. d'Ormesson, vicomte d'ancienne facture, avait dû son succès à ses interventions bavardes sur les petits écrans, où il avait semblé s'incruster au fil des ans. Des professeurs affirmaient qu'il était le dernier à susciter l'émoi par son art de la conversation brillante, surtout cousue de citations plus ou moins appropriées. Il avait écrit des livres qui se vendaient à cause de sa réputation, et il déguisait des banalités faciles à saisir en pensées profondes (p. 163)

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------