vendredi 15 juin 2018

Lire ! - Bernard et Cécile Pivot


Lire !

Bernard et Cécile Pivot
 


Bonjour à toutes et à tous,
 
Aujourd'hui, un livre un peu particulier, car il est paru sous format "beau livre". Dans ce livre, le célèbre animateur d'Apostrophes et de Bouillon de culture, Bernard Pivot et sa fille Cécile nous livrent tous leurs petits secrets autour de la lecture : entre autres, leurs habitudes de lecture, les livres qu'ils lisent, leurs livres d'enfance, leurs habitudes dans les librairies, les livres prêtés ou donnés, la bibliothèque...

Je vous présente le roman Lire ! de Bernard et Cécile Pivot


A. Caractéristiques du livre


Titre =  Lire !
Auteures = Bernard et Cécile Pivot
Edition - Collection = Flammarion

Nombre de pages = 186 pages

Date de première parution =  2018 
 
Note pour le livre = 18 / 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième de couverture
Bernard Pivot, lecteur professionnel ("Apostrophes", Lire, JDD) et sa fille Cécile, ardente lectrice amateur, confrontent leurs raisons, plaisirs et manières de lire, leur usage des livres, dans des textes très personnels, joliment illustrés, où le public des librairies et des bibliothèques retrouvera ses émotions, et celui qui n'ose pas en pousser les portes découvrira stimulations et conseils. Un tonique et savoureux éloge des écrivains, des livres et de la lecture.


C. Mon avis sur le livre
Ce livre est un véritable petit bijou !

Au fil des chapitres, Bernard et Cécile Pivot nous livrent toutes leurs petites anecdotes autour du livre et de la lecture, en n'éludant absolument aucun sujet, ce qui nettement durer le plaisir et donnent également plein de bons conseils que leurs lecteurs peuvent suivre.

Chaque chapitre, alternant le point de vue de Bernard Pivot, puis celui de sa fille sur un sujet donné, est émaillé de petites formules qui sont un véritable paradis pour les amateurs de lecture comme nous (voir citations).

En outre, tous ces petits chapitres sont entrecoupés de reproductions de peintures ou de photos ayant la lecture comme dénominateur commun, ce qui rajoute encore du plaisir et de la valeur à ce beau livre.

Pour conclure, je dirais que c'est un livre à vraiment avoir dans sa bibliothèque, à ranger notamment à côté de l'Histoire de la lecture d'Alberto Manguel. Cet essai est vraiment le chef-d'œuvre complet entre textes et illustrations sur un sujet universel : la lecture et le plaisir qu'elle nous procure.

D. Quelques bons passages du livre

Les gens qui lisent sont moins cons que les autres, c'est une affaire entendue. Cela ne signifie pas que les lecteurs de littérature ne comptent pas d'imbéciles et qu'il n'y a pas de brillantes personnalités chez les non-lecteurs. Mais, en gros, ça s'entend, ça se voit, ça se renifle, les personnes qui lisent sont plus ouvertes, plus captivantes, mieux armées dans la vie que les personnes qui dédaignent les livres.   (p. 13)

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Beaucoup trop d'hommes politiques, de chefs d'entreprise, de hauts fonctionnaires, de manageurs, de responsables de tout poil ne lisent que des livres utiles à l'exercice de leur profession. La littérature ? Perte de temps. Les romans ? C'est pour les femmes. Pauvres types ! (Pas sûr qu'au même niveau de responsabilités les femmes lisent plus et mieux.)  (p. 13)
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Lire des romans, c'est prendre des nouvelles des autres.   (p. 16)

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Lire n'est pas se retirer du monde, c'est entrer dans le monde par d'autres portes.   (p. 16)

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Lire, c'est avoir de l'esprit jusqu'au bout des doigts.   (p. 18)

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Il est un passeport que chaque être humain se doit de posséder : le passeport littéraire. Il abolit les frontières, permet de voyager à travers le monde, de traverser les siècles et d'aller à la rencontre des hommes. Avec lui, nous sommes libres, nous sommes livres.  (p. 19)
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Amis randonneurs et médecins m'ont souvent reproché de ne pas assez marcher. Mais je n'ai pas arrêté ! Toute ma vie, j'ai marché ! Sur mes chemins balisés et les sentiers escarpés de la littérature. Accompagnant des milliers d'hommes et de femmes dans leurs déplacements romanesques. Mettant mes pas dans ceux de grands écrivains, de chefs d'État ou de guerre, d'artistes de légende, de criminels patentés, de dieux et demi-dieux des mythologies...Arpentant les territoires des sciences humaines, explorant des pensées magiques, flânant dans la poésie, courant jusqu'à la lice où le pamphlet triomphe. Les lecteurs sont d'increvables marcheurs.  (p. 25)

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Mais c'est vivre par procuration ? Eh bien, oui. Mieux vaut vivre de temps en temps par procuration les aventures romanesques des personnages réels ou imaginaires que de ruminer dans son fauteuil sur le morne train-train de l'existence ou de regarder d'audimateuses émissions de télévision.   (p. 26)
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Lecteur, je suis comme ces voyageurs qui espèrent autant de jolies surprises du voyage que de satisfactions de la terre promise.  (p. 36)
 
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Lecture dans une baignoire ? L'horreur ! Soit, ennuyeux,  le livre vous tombe des mains dans l'eau, soit, passionnant, il vous conduit dans l'eau froide à la congestion pulmonaire.  (p. 46)
 
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Lecture dans tous mes déplacements en train et en avion. Les sièges sont durs et on dispose d'une tablette pour poser le livre et le stylo. Les longs trajets en train sont des invitations à emporter du copieux. Le TGV est un crime contre la lecture.  (p. 46)
 
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C'est cela qui est formidable avec les rituels de lecture, personne n'a raison ni tort, chacun est libre de faire comme il l'entend, ils ne sont là que pour créer un lien unique entre le lecteur et le livre.  (p. 59)
 
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Votre libraire ne vous aide pas vraiment ? Devant lui, vous vous sentez un peu complexé ? Changez de crèmerie !  (p. 74)
 
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J'ai ce problème avec les livres : il me faut en reposer trois avant de passer à la caisse, alors que j'en ai encore six dans les bras et douze qui m'attendent sur ma table de chevet.  (p. 79)

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Mon conseil : explorez, de temps en temps, des contrées littéraires qui vous sont inconnues ou qui, de prime abord, ne vous tentent guère. Vous ne lisez jamais de poésie ? Jamais de théâtre ? C'est le moment d'essayer et peu importe si vous n'y connaissez pas grand-chose. On n'est jamais à l'abri d'un coup de foudre.  (p. 90)
 
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Les parents , oh qu'ils sont nombreux aujourd'hui, à souhaiter que leurs enfants s'isolent avec un livre et non avec un smartphone, un ordinateur ou une tablette ! Échapper à la tyrannie des images et à l'appel des réseaux sociaux apparaît comme un acte de résistance, de bravoure. (p. 94)

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Hélas ! Les livres n'ont jamais été un remède à ma tristesse. Quand je suis d'humeur mélancolique, je jauge avec une certaine indifférence le destin de mes héros, les affres qu'ils traversent - les miens sont bien plus terribles - ou le bonheur qui les submerge - tout cela n'est que du bluff, ils le payeront tôt ou tard, la vie est une chienne. (p. 109)
 
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La littérature est mon baromètre sentimental. Elle attend que je recouvre mes esprits, fait montre à chaque fois d'une patience infinie. C'est elle qui m'avertit des tempêtes que je vais devoir affronter avant de jouir d'un temps ensoleillé.  (p. 110)
 
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Lire, c'est vrai, donne souvent envie d'écrire. Réflexe immodeste parce qu'on se croit capable de prolonger soi-même des plaisirs ou des bénéfices de lecture et de les proposer un jour aux autres lecteurs. Logique et heureuse réactivité, le plus bel éloge en somme qui puisse être rendu à l'auteur qui vient d'être lu. L'admiration assoit chaque année des milliers de jeunes gens devant leurs ordinateurs.  (p. 139)
 
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Curieusement, l'excellence des écrivains classiques et la créativité des auteurs modernes issus du monde entier ne semble pas décourager les vocations. Pas plus que le vertigineux amoncellement des livres dans les librairies et les bibliothèques ne dissuade quiconque d'en ajouter un. On reste convaincu que tout n'a pas été dit et, le serait-ce, on se fait fort de le dire d'une manière qui n'a pas de précédent.  (p. 140)

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Au début de ma vie de journaliste, je gardais beaucoup trop de livres. Tous les nouveaux romanciers me paraissaient avoir un avenir. Le temps a douché mon optimisme. Quitte à me tromper, j'ai appris à éliminer, à sélectionner, à parier sur celui-ci de préférence à celui-là. Le temps a confirmé ou infirmé mes intuitions. Pour faire de la place aux nouveaux arrivants, il faut bien se séparer d'anciens qui ne tiennent pas la distance. Le temps est impitoyable.  (p. 148)
 
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Le livre est un cadeau doublement flatteur. Il valorise autant celui qui l'offre que celui qui le reçoit. Il est une invitation à entrer dans un savoir et à connaître un plaisir que l'un a déjà apprécié et que, par amour ou par amitié, il veut mettre sous les yeux de l'autre. C'est un pari sur l'intelligence plus risqué que des fleurs ou du vin.  (p. 155)
 
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Offrez des livres ! Ils s'ouvrent comme des boîtes de chocolats et se referment comme des boîtes à bijoux.  (p. 156)
 
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Le temps est un bien précieux. Pourquoi le perdre avec des livres qui sont des migraines ou des purges ? C'est justement parce qu'elle est une activité inestimable qu'il ne faut pas dévaloriser la lecture en en faisant une autopunition.  (p. 163)
 
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dimanche 10 juin 2018

L'homme idéal existe : il est Québécois - Diane Ducret


L'homme idéal existe : il est québécois

Diane Ducret
 


Bonjour à toutes et à tous,
 
Aujourd'hui, un roman un peu particulier : un roman relevant du genre de la chick-lit, écrit par une romancière très drôle tant dans ses écrits, qu'à l'oral (on a l'occasion de l'entendre de temps en temps à la radio) : Diane Ducret.

Je vous présente le roman L'homme idéal existe : il est québécois de Diane Ducret


A. Caractéristiques du livre


Titre =  L'homme idéal existe : il est québécois
Auteures = Diane Ducret
Edition - Collection = Albin Michel

Nombre de pages = 185 pages

Date de première parution =  2015  (sorti en format poche en 2017)
 
Note pour le livre = 15 / 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième de couverture
Bonne nouvelle : l'homme idéal existe ! Il ne parle pas : il jase. Il n'embrasse pas : il frenche. Il ne se déshabille pas : il se criss à poèlle. Vous l'aurez deviné : il est Québécois.

Diane Ducret rhabille le mythe du Prince Charmant. L'homme idéal ? Satisfaite ou remboursée !


C. Mon avis sur le livre
Si vous voulez lire un livre drôle, léger et sans prise de tête, je ne peux que vous recommander ce livre.

Diane Ducret manie avec un certain brio l'humour nécessaire à ce genre littéraire, avec des petites phrases bien senties, disséminées par ci par là. Mais le plus drôle dans cette histoire, c'est la fameuse "barrière de la langue", entre deux personnes qui sont tout de même censées parler la même langue. L'incompréhension de la jeune femme face au vocabulaire fleuri de son chéri fait tout le sel du roman.

De plus, les multiples indécisions de la jeune femme face à sa vie d'amoureuse, sa vie de "future belle-mère" rendent ce roman encore plus distrayant.

Un roman très drôle, qui me donne envie de découvrir le reste de l'œuvre de Madame Diane Ducret et que je ne peux que vous recommander si vous voulez découvrir son œuvre.


D. Quelques bons passages du livre

Evidemment, il est canadien. Pire, québécois ! Pour un québécois bien dans pompes fourrées au castor, c'est normal de faire traverser l'Atlantique à une jeune femme que l'on connaît à peine pour l'emmener faire des courses au supermarché avec son rejeton. Pour une phobique du couple comme moi, en revanche, une péteuse de l'engagement, c'est comme foncer sur le seul iceberg de l'océan, comme venir déguisé en SS à une fête de Kippour, ou avec une kippa à un meeting d'Al-Qaida. Il y a des choses que l'on ne fait pas, comme dire à un aveugle qu'il vient de vous éborgner avec sa canne, ou à un cul-de-jatte que le monde marche sur la tête.   (p. 11)

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Comment une intello de la capitale se retrouve-t-elle sur le parking d'un supermarché entouré de neige à chercher un char, avec un Canadien derrière elle ? Parce qu'elle a eu LA révélation, celle que toutes les femmes espèrent : sous une chemise à carreaux, faussement élimée, elle a découvert le graal, l'homme idéal. Sauf qu'il ne se trouve pas sur les boulevards de Paris, il est québécois. Et ça complique un peu les choses.  (pp. 15-16)
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Dans les contes, le prince risque sa peau pour prouver sa vaillance et mériter l'amour de sa belle. Dans la vraie vie en revanche, les femmes ne sont pas que des grosses feignasses qui passent leur temps à dormir dans une robe qui coûte un bras, enfermées dans un cloaque humide en attendant qu'on les délivre. Elles votent, conduisent, pilotent des avions et dirigent même des pays.   (p. 16)

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Dans mon Pays basque natal, au milieu des années 1990, il faut dire que pour les hommes, on n'avait pas une grande diversité de produits. En dehors de la saison estivale qui déversait en masse sur les côtes de l'Atlantique des touristes du monde entier, il fallait consommer local. Et les spécialités régionales se résumaient au surfeur, au rugbyman et au berger. Ces trois-là laissaient aux Parisiennes aux épaules rougies par le soleil et au nez pelé des souvenirs impérissables, mais pour les femmes du cru, cela manquait cruellement d'exotisme.  (p. 18)

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Mais le pire, c'est que le connard, au fond, n'en est pas souvent un. Il se comporte comme tel, c'est tout. C'est pour cela qu'on l'excuse, qu'on lui pardonne, qu'on l'aime. Justement parce qu'en réalité, il souffre, il se sent perdu, mais ne le fait pas exprès - il ne manquerait plus que ça ! On le plaint, et on veut le racheter. Pourquoi ? Parce qu'il a besoin de nous, croit-on.  (p. 30)

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Le problème c'est que je suis provinciale. Et la séduction des Parisiens exige des qualités de stratégie, un déploiement d'énergie que je n'ai pas et qui me fatiguent rien que d'y penser !  (p. 31)
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Après Monsieur Ouvre-bouteille, j'avais décidé de me vouer à l'attente de l'homme idéal. Dès lors, c'était le désert des Tartares du slip, le trou noir de l'érotisme. Mais vie était devenue un triangle des Bermudes pour types potables.  (p. 32)
 
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Quand vos voisines de soixante-dix ans se font picorer le bonbon plus souvent que vous, vous savez que vous êtes en train de rater votre vie.  (p. 32)
 
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C'est bien connu, le poil indélicat reste la meilleure ceinture de chasteté qui soit pour celle qui ne veut pas aller trop vite, le dernier garde-fou quand l'alcool, le romantisme, le manque et toutes les hormones de son corps s'emballent pour pousser au vice.  (p. 46)
 
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L'Italien, c'est le casque bleu de l'amour, toujours prêt à rendre service quand il y a une crise humanitaire dans une petite culotte.  (p. 49)
 
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Cela ne m'est jamais arrivé à Paris. Les hommes y ont leur téléphone greffé à la main. Ils ne sont pas forcément infidèles, ils sont juste prévoyants.  (p. 97)
 
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Avant, c'était plus simple, il n'y avait qu'à faire les poches du présumé coupable. Un petit mot, un numéro noté sur une serviette en papier, il était cuit. Maintenant, il faudrait un expert à la DGSI - Direction générale de la suspicion d'infidélité - pour scanner en un temps record son téléphone, tout en ayant l'air totalement normale à la minute où le chéri rentre dans la pièce.  (p. 98)

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Le point commun entre les règles et les enfants, c'est qu'on les a toujours entre les pattes quand il ne faudrait pas.   (p. 101)
 
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C'est pathologique, j'ai un besoin viscéral et cruel de dire la vérité. Impossible de jouer au poker, mon visage, c'est le mime Marceau, je suis plus lisible qu'une notice de micro-ondes, tout est écrit dessus.  (pp. 102-103)

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Une robe qui n'en dit pas trop vaut mieux qu'un long discours. Là, c'est fichu. J'en suis même à me demander si je lui plais encore à force de ressembler à l'abominable femme des neiges.  (p. 120)
 
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Si Venise était peuplée de Québécois, les gondoles seraient à moteur, on s'entendrait plus se rouler des pelles !   (p. 126)
 
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Énerver un Parisien, c'est très facile : s'immobiliser devant lui dans un escalator, conduire lentement sur la file de gauche, lui demander où sont les autres pièces de son appartement, ou de vous prêter quelque chose. Au Québec, le conflit ouvert provoque au contraire chez l'homme une réaction de malaise.  (p. 128)
 
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Ca tombe bien, j'aime bien licher des coupettes, soiffer du pinard, m'imbiber de nectar, chopiner de la cervoise, lipper du champagne et m'ivrogner de raisin, et même je suis pas contre pictancher le dimanche midi à l'heure du brunch. Bref, je suis française, pire, je suis basque, et une Basque, ça s'hydrate convenablement.  (p. 131)

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Au menu : fèves au sirop d'arable et tarte au sirop d'érable. C'est la fête de la glycémie dans mon corps, le Noël des diabétiques.   (p. 134)
 
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T'as les foufounes gelées ? me demande-t-il.
J'ai dû mal entendre, je me raidis. En fait, il parle de mes fesses. La grossièreté n'est pas parfois qu'une question de fuseau horaire.  (p. 140)
 
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Quand je vous disais que Cendrillon doit rentrer chez elle tôt...Sinon elle se réveille en ménagère de moins de cinquante ans.   (p. 146)
 
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On peut avoir un travail de rêve, être brillante et reconnue, quand l'ex a de plus gros seins que nous, en une seconde on ne vaut plus rien.   (p. 152)
 
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Je claque la portière en me sentant bien française d'être aussi faux-cul.  (p. 155)
 
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À force de fréquenter des Parisiens, j'en ai oublié qu'un homme, ça peut parler de fidélité, et c'est mignon.  (p. 163)

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Ils ne sont pas programmés pour les rapports de séduction, les Québécois, ils ne savent pas faire. Cela a certes des bons côtés. On peut passer devant un chantier sans avoir l'impression d'être un steak exposé sous le nez d'une rangée de chats maigres. Le Québécois respecte trop la femme pour aller mettre sa main là où il ne faut pas, sauf si on le lui demande. Là, il la mettra où l'on veut, mais on ne sait pas trop si c'est pas par politesse ou par désir. En revanche, les fleurs et les poèmes, faut oublier, ça n'arrivera pas. Il nous parle comme à un de ses chums, et c'est déroutant.  (p. 173)
 
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Je crois que je viens de percer à jour le secret du demi-sourire de Mona Lisa. Un type vient de lui dire "Je suis pas prêt".  (p. 180)
 
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dimanche 3 juin 2018

Un si beau diplôme - Scholastique Mukasonga


Un si beau diplôme

Scholastique Mukasonga
 


Bonjour à toutes et à tous,
 
En ce début juin, toujours aussi caniculaire, je vous présente un livre d'une auteure que j'avais très envie de découvrir depuis qu'elle a obtenu le Prix Renaudot en 2012 pour son roman Notre-Dame du Nil, Mme Scholastique Mukasonga.

Dans ce roman, paru il y a quelques mois, l'auteure nous raconte son propre parcours, centrée autour de son fameux diplôme d'assistante sociale, obtenu au Burundi, après être partie du Rwanda, pour se protéger (car elle est Tutsi). Elle nous raconte son parcours scolaire, sa quête tumultueuse pour trouver un emploi et un logement au Burundi, son exil (volontaire cette fois) à Djibouti, son parcours (chaotique) en France où elle fut forcée de repasser son fameux diplôme d'assistante sociale, car celui du Burundi n'était pas valable en France et enfin le retour dans son Rwanda natal pour les commémorations du 20ème anniversaire du génocide. Une véritable odyssée, en somme.

Je vous présente donc le roman Un si beau diplôme de Scholastique Mukasonga.


A. Caractéristiques du livre


Titre =  Un si beau diplôme
Auteures = Scholastique Mukasonga
Edition - Collection = Gallimard

Nombre de pages = 186 pages

Date de première parution =  2018
 
Note pour le livre = 15 / 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième de couverture
Comment sauver son enfant d'une mort certaine ? Faut-il, comme le croit le père de l'auteur, faire confiance à l'école afin qu'elle obtienne un "beau diplôme" ? Ainsi elle ne serait plus ni hutu ni tutsi : elle atteindrait le statut inviolable des "évolués".

C'est justement pour obtenir ce certificat que l'auteur sera obligée de prendre le chemin de l'exil. Elle passera de pays en pays, au Burundi, à Djibouti puis en France. Tantôt les chances que lui promettait ce précieux papier  apparaissent comme une certitude, tantôt elles se volatilisent tel un mirage. Comme le lui avait dit son père, ce "beau diplôme" sera le talisman, toujours source d'énergie, qui lui permettra de surmonter désespérance, désillusions et déconvenues.


C. Mon avis sur le livre
J'ai beaucoup aimé ce livre. Malgré quelques longueurs par endroits, notamment dans les chapitres concernant sa formation initiale d'assistance sociale et la courte période qui a suivi, Scholastique Mukasonga nous livre ici un roman passionnant, très bien écrit, nous livrant un parcours absolument exemplaire et qui peut être un véritable exemple et un vrai message d'espoir pour ceux qui, comme moi, dans une moindre mesure, éprouvent des difficultés sur le marché de l'emploi, malgré un "si beau diplôme". Le livre en lui-même est si bien écrit qu'on a sans cesse envie de découvrir quelle sera la prochaine étape de ce que l'on pourrait appeler un vrai "voyage initiatique".

La seule chose que je pourrais reprocher à l'auteure, c'est le peu de pages consacrées à ses difficultés sur le sol français (une vingtaine sur 185). J'aurais aimé qu'elle rentre peut-être plus dans les détails, à l'instar de ce qu'elle a fait pour son parcours (chaotique) au Burundi.

Un livre que je recommande chaudement et qui peut être un vrai message d'espoir.


D. Quelques bons passages du livre

J'ai passé la moitié de ma vie à courir après un diplôme. Ce n'était pourtant pas une thèse de doctorat, de celles qui restent en chantier toute une vie et couronnent enfin une brillante carrière universitaire : non, ce n'était qu'un modeste diplôme d'assistante sociale.  (p. 11)

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"En tout cas, concluait papa, c'est ce papier, si tu l'as un jour et il te le faudra, idipolomi nziza, un beau diplôme, c'est ce qui te sauvera de la mort qui nous est promise, garde-le toujours sur toi comme le talisman, ton passeport pour la vie."  (p. 12)
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Sœur Mariette, la supérieure, exerçait sur l'école, élèves, professeurs, cuisinières, boys et boyesses, jardinier, gardiens de nuit, une autorité absolue. Elle n'avait pas besoin de parler pour se faire obéir - il me semble que je ne l'ai jamais entendue donner un ordre -, il lui suffisait, derrière le masque d'un sourire à jamais figé sur son visage, de diriger sur l'une ou l'autre des élèves ses petits yeux inquisiteurs pour que celle-ci se sente aussitôt coupable d'une faute qu'elle ignorait jusque-là avoir commise mais que, sans son omniscience, la sœur supérieure n'avait eu aucune peine à déceler. Nous étions prêtes à accepter sans protester toutes les remontrances tant nous étions persuadées que sa justice était infaillible.  (pp. 16-17)

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Ce livre, c'était Le Comte de Monte-Cristo. Je le lisais et le relisais. Je le gardais caché sous mon matelas comme le plus précieux des trésors. Les malheurs du pauvre Edmond Dantès me fascinaient. Reviendrai-je comme lui au pays ? Mais faudrait-il comme lui, devenu comte de Monte-Cristo, exercer vengeance ? Ces questions me dépassaient, mais, en attendant, l'école d'assistantes sociales devenait mon château d'If et il ne me restait plus qu'à trouver un abbé Faria et son trésor. Comment aurais-je pu deviner que mon trésor serait de pouvoir écrire ?    (p. 18)

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Pour un Rwandais, même en exil, le mariage est une chose trop sérieuse : cela ne concerne que secondairement sa personne, cela met en jeu toute sa famille et elle est nombreuse, tout son lignage.  (p. 33)

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Le jour tant désiré de la remise du diplôme arriva enfin. J'allais vraiment le posséder, ce fameux papier, ce serait le mien, à mon nom, rien qu'à moi, je pourrais le toucher, le déplier, le déployer sous les yeux des incrédules qui douteraient un instant de mes capacités. Ce serait ma sauvegarde, mon sauf-conduit dans les périls de cette vie, mon véritable passeport : la seule preuve que, quelque part dans le monde, j'existais.  (p. 47)
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Nous nous sommes séparées, la Mère rwandaise persuadée que l'étalage de ses richesses m'avait convaincue de la réalité et de l'efficacité de ses dons, et moi indignée des supercheries dont ses pauvres clients étaient victimes.   (p. 78)
 
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Ainsi, pendant cinq années - c'était le temps imparti au projet -, j'ai parcouru les collines de la province pour contribuer à améliorer les conditions de vie des mères et de leurs enfants. Ce fut pour moi une période heureuse pendant laquelle j'exerçai pleinement la profession que j'avais choisie. J'en ai gardé jusqu'à aujourd'hui la nostalgie.

J'avais retrouvé une foi indéfectible en mon diplôme.  (p. 100)
 
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Mes enfants grandissaient, leurs petits copains étaient français,  l'aîné entrait à l'école française. Je me refusais à leur parler en kinyarwanda. Ils me le reprochent amèrement aujourd'hui : "Maman, pourquoi ne nous as-tu pas appris le kinyarwanda ? Ne sommes-nous pas nous aussi rwandais ? Nous avons honte quand nous allons au Rwanda voir nos cousins et nos cousines. Que pensent-ils de nous ? Que nous méprisons leur langue ?" À cette époque  j'avais peur pour mes enfants. La langue est une identité, et cette identité, on me l'avait niée. Elle était devenue une menace de mort. Je voulais leur épargner cette menace qui semblait planer sur eux comme elle planait sur moi. Je voulais les éloigner de mes cauchemars. Je ne voulais pas qu'ils soient tutsi.    (pp. 105-106)
 
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Djibouti n'était peut-être pas un morceau détaché d'une autre planète, mais c'état pour moi un tout autre monde, une Afrique comme je n'aurais jamais pu l'imaginer.  (p. 113)
 
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Que le colonisateur français ne se soit pas employé à convertir les indigènes à la vraie religion me plongea longtemps dans le plus grand étonnement. Comment ! Les Djiboutiens ne sont pas catholiques, ils ont pourtant été colonisés comme tout le monde ! Au Rwanda comme au Burundi, le colonisation allait de pair avec l'évangélisation. Les croyances, les rites religieux traditionnels avaient été discrédités puis éradiqués. Leurs derniers adeptes avaient été persécutés en tant que sauvages, sorciers et empoisonneurs. Pour entrer à l'école, le certificat de baptême, emblème de l'homme civilisé, était obligatoire. La plus grave injure que l'on pouvait endurer était d'être traité de païen. [...] Comment les Djiboutiens avaient-ils fait pour ne pas être tous catholiques ? Il me fallut du temps pour comprendre l'islam et la laïcité à la française.  (p. 114)
 
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Je cherchais un poste d'assistante sociale ? Cette profession ne lui disait rien non plus. À Djibouti, on n'en avait pas vraiment besoin. Les femmes étaient toutes dévouées à leur mari, savaient faire la cuisine, élevaient correctement les enfants. Qu'est-ce qu'on pouvait leur apprendre de plus ? C'est vrai, quelques jeunes filles avaient été envoyées à Dakar pour une formation de six mois. Qu'est-ce qu'on leur avait appris de plus ? À faire le ménage ? Cela n'avait pas été très utile pour la République. Non, décidément, il ne voyait pas, même avec la meilleure volonté, comment m'employer.  (p. 117)

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Hélas, j'ai vite compris que la France des vacances, la France ensoleillée de juillet et août que nous parcourions de la Normandie à la Côte d'Azur, n'était pas la France du quotidien, celle de la recherche d'emploi : je n'avais pas réalisé que ce diplôme qui, au Rwanda et au Burundi, m'avait coûté tant d'efforts n'avait en France aucune valeur.  (p. 125) 

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Ecrire ne m'a jamais fait peur. J'ai toujours eu une préférence et une grande faculté pour ce mode d'expression. Face à u la feuille blanche, c'est une invitation à "vider son sac", comme un devoir accompli.  (p. 134)
 
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Je n'ai jamais supporté d'avoir à me dire "j'aurais dû". Je pensais que je n'avais rien à perdre, le seul risque, c'était de gagner.  (p. 135)
 
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En octobre 1993, j'entrai donc comme élève à l'IFTS d'Hérouville-Saint-Clair. J'étais la seule Africaine de ma promotion et la seule de l'établissement. Mes camarades avaient pour la plupart vingt ans de moins que moi et j'avais un peu honte, à la veille de mes quarante ans, de reprendre les cahiers, de me conformer au règlement scolaire, de me retrouver sur les mêmes bancs que celles qui auraient pu être mes enfants. Mais, malgré mon âge et en dépit ou à cause de mon exotisme, je n'eus aucun mal à m'intégrer. Au vu des résultats de la première année, on me propose de réduire mon temps de formation et de passer directement à la troisième et dernière année. Mais je refusai cet avantage : je voulais être titulaire d'un diplôme français à part entière, indiscutable. Je n'avais certes pas oublié le Rwanda, et il n'allait d'ailleurs pas tarder à se rappeler à moi dans l'horreur et le désespoir du génocide. (p. 142)
 
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Aujourd'hui encore, je déplie le carton jauni de mes diplômes d'assistante sociale, le burundais, le français, qui n'en font plus qu'un dans ma mémoire, ce diplôme que j'ai tant désiré et haï, ce diplôme que je croyais enfin posséder et qui m'échappait toujours, qui disparaissait pour réapparaître telle une grossesse nerveuse.
Et je n'ose pas me poser la question : n'y avait-il pas mieux à faire que de m'entêter à courir après un bout de papier ?  (p. 145)

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Moi qui croyais, grâce à l'écriture, avoir pris le dessus et le contrôle de mon histoire, la souffrance m'a ressaisie soudain, aussi vive, me semble-t-il, que vingt ans plus tôt, lorsque j'avais reçu  cette lettre qui me donnait la liste de trente-sept noms, ceux des membres de ma famille qui avaient été assassinés. Alors j'avais été incapable de pleurer, mais au milieu des miens, de cette foule porteuse d'un deuil qui est le contraire de l'oubli, j'ai pu pleurer avec les autres, avec tous ceux qui occupaient les gradins au-dessus, au-dessous de moi, avec le stade tout entier, j'ai pu pleurer en silence, laisser mes larmes couler, couler sur mes joues, ne pas les essuyer, les laisser mes caresser, me consoler, me laver de l'intérieur, de tout ce remords d'être encore là, vivante, m'appuyant sur tous ceux qui étaient là, à mes côtés, qui me soutenaient dans la même douleur pour ne pas s'effondrer.  (p. 152)
 
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Franchir le Nyabarongo, c'était quitter le monde des humains pour entrer dans celui où vous n'étiez plus qu'un inyenzi, un cafard.   (p. 155)
 
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